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 La Chronique de Pierre Villepreux

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gir3347
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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Mer 15 Déc 2010 - 23:16

15/12/2010 - 18:53 - Rugbyrama - La Chronique de Pierre Villepreux


Animation défensive






Nous avons interprété lors du dernier article certaines statistiques du match France Australie. Elles ont révélé des différences qui traduisent une capacité supérieure des Australiens pour réaliser plus de jeu mais aussi de le faire avec efficacité. A ainsi été mis en exergue une animation offensive plus riche que celle des Français. Le nombre de ballons touché, par les deux collectifs et comparativement celui touché par chaque joueur au même poste est significatif d’une participation au jeu avec ballon très nettement en faveur des Australiens. Cette participation plus grande dans le «jeu avec ballon» ne peut s’exprimer que si dans les séquences de jeu proposées, se développent une réelle l’intelligence collective ou chaque joueur comprend, où, quand, et comment il faut se distribuer dans le cadre d’une répartition optimale, en nombre et positionnement, soit dans la cellule d’action près du ballon soit dans les espaces latéraux ou profonds. Cette occupation d’un rôle en plein mouvement de l’espace de jeu, près, autour du ballon, et dans les zones plus excentrées assure la réussite de la continuité du jeu. C’est cette intelligence collective qui quand elle est à la portée de tous permet de jouer juste, mieux et plus vite.

Mais dans le même ordre d’idée et pour aller plus loin, l’analyse de l’activité défensive des deux collectifs ne manque pas d’intérêt.

Pour la France, le nombre d’actions défensives sur le porteur de balle (placages réussis ou manqués) fait apparaitre un nombre d’interventions qui varie beaucoup selon les postes. Plus particulièrement impliqués, les joueurs de troisième ligne (surtout Dusautoir). A un degré moindre les deuxièmes lignes, les autres très peu, voire pas du tout.

En revanche pour l’Australie l’intervention sur le porteur de balle est beaucoup plus homogène et équilibrée quels que soient les postes, autrement dit, du un au quinze, il y a peu de différence dans le nombre d’interventions défensives sur le porteur de balle. Il n’y a pas de joueur dominant dans ce secteur, ni d’ailleurs de maillon réellement faible.

L’animation défensive des Australiens semble montrer que chacun se replace en fonction de sa proximité ou non du ballon, utilisant le principe d’utilité qui veut que ce sont ceux qui sont les plus près du ballon qui assurent la défense sur la balle et dans la zone proche, les autres quel que soit leur poste assurant un repositionnement défensif dans l’espace large et profond. Précisons que cette logique défensive s’articule avec la logique d’animation offensive qui se met en place dès que le jeu bouge.

Pour les Français, il apparait que l’on retrouve souvent les mêmes joueurs pour assurer la défense immédiate près de la zone de blocage du ballon particulièrement les rucks. Rarement par exemple Dusautoir se retrouve en situation de défense différée dans les espaces larges où les défenseurs sont moins sollicités ; ce qui l’amène à être constamment impliqué dans des courses longues pénalisantes physiquement. C’est souvent aussi le cas, même si moins souvent, pour ses partenaires de 3e ligne et 2e ligne .

Ceci tendrait à montrer qu’il y a bien une différence dans la forme de l’animation défensive entre Français et Australiens, mais il faut rester attentif car pour le valider il faudrait certainement faire des analyses complementaires.

Il ne s’agit pas de porter un jugement sur la validité d’une animation défensive qui est, selon moi, la conséquence du style de jeu habituellement développé par les uns et les autres dans leur championnat respectif. Plus le jeu bouge et se déplace dans le terrain de jeu plus il s’agit bien d’avoir des joueurs capables, dans le cadre du rapport de force rencontré, de «suppléer» efficacement. Dans le rôle momentanée occupé, il s’agira alors de faire preuve de la compréhension utile et de la réactivité y compris physique qui va avec.

Ce jeu de déplacement tout terrain est beaucoup plus courant dans les compétitions du sud et les joueurs français ne semblent encore pas particulièrement à l’aise pour y répondre défensivement, car le jeu offensif beaucoup plus stratégique qui leur est proposé régulièrement dans le Top 14 y répond beaucoup moins en tout cas les amène pas à y être confronté régulièrement. Et ce n’est pas par hasard si les grosses défaites de ces dernières années ont été subies face à des équipes entreprenantes n’ayant pas peur de jouer un rugby tout aussi entreprenant.

Ceci pose le problème de la formation des joueurs de demain à un rugby où les capacités de «suppléance», traduite en terme de rôle momentané, prendront de plus en plus d’importance. Ceci est vrai particulièrement pour les avants, à qui il sera de plus en plus réclamé d’aller vers des tâches différentes et évolutives, dans le cadre de situations de jeu présentant un surplus d’incertitudes. Il s’agira bien, pour demain, de ne pas rester sur des compétences acquises à un poste mais bien d’en acquérir, d’en transférer, forcement d’en construire d’autres pour s’adapter, à la vitesse des situations mouvantes et fugitives, à d’autres problèmes, ceux qui naitront d’un jeu, pas seulement en mouvement, mais toujours plus mouvementé.
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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Jeu 13 Jan 2011 - 13:00

05/01/2011 - 17:50 - La Chronique de Pierre Villepreux - Rugbyrama -


Le temps de voeux...






Puisque c’est le temps des vœux, il est logique de souhaiter au rugby français et à l’équipe de France de retrouver des couleurs après le passage de la tornade venue d’Australie. Le Tournoi va en être l’occasion, à condition de ne pas s’empêtrer dans des objectifs de résultats qui, sans la manière, ne seraient pas porteur d’une dynamique collective réinvestissable pour la Coupe du monde qui approche à grand pas.

Tournoi–Coupe du Monde, les deux événements doivent plus que jamais être associés en terme d’objectifs de jeu. En effet, la meilleure chance des Tricolores pour réussir ce défi réside dans leur détermination à produire du jeu. Cette exigence va les obliger à ne pas être frileux, à oser entreprendre, à ne pas se raidir dès les premières erreurs. On progresse avec ce qui marche mais aussi avec les fautes si on sait en retenir les leçons. On ne se perfectionne pas seulement avec ce qu’il faut faire mais aussi grâce à ce qu’il ne faut pas faire. Ce qui veut dire qu’il conviendra que ce groupe se stabilise dans le désir de faire et non pas dans la peur de mal faire.

Produire du jeu , c’est lutter avec confiance contre le hasard en acceptant de profiter des occasions que celui-ci offre. Ce Tournoi peut permettre de prendre de la hauteur, de changer la grille de lecture que l’on a du jeu, mais pour cela, faut-il encore être capable de croire en son propre potentiel et en celui du collectif. Le potentiel français, selon moi, est réel mais comme le rappelle le professeur du Cercle des poètes disparus, il s’agira de "monter sur la table pour regarder autrement …non pas le monde… mais le rugby ".

Par chance, cet autre regard sur le jeu nous a été apporté, du moins en terme d’intentions, par les Australiens et les All Blacks. En choisissant d’autres lunettes, le groupe du Tournoi peut faire surgir du neuf à condition cependant d’accepter que tout en rugby ne peut pas être, programmé, ordonné, encore moins déterminé par la seule construction de réponses individuelles et collectives prévues à l’avance, répétées jusqu'à ce qu’elles produisent l’effet positive souhaité. Cette conception d’un jeu simpliste ne peut résoudre les problèmes posés par le jeu dans sa totalité – complexité. Ce choix réducteur génèrerait encore une fois des effets pervers donc de nouveaux problèmes.

Dans cet ordre d’idée, j’ai bien apprécié la dernière journée du Top 14. Tous les matchs n’ont certes pas été à la hauteur en terme d’intentions de jeu et de spectacle, mais pour n’en citer que quatre, j’ai particulièrement apprécié Montpellier/Racing, Toulouse/Castres, la Rochelle/Stade français, Toulon/Biarritz mais aussi Clermont/Bourgoin.

Le rugby produit en ce début d’année me semble beaucoup plus entreprenant donc moins calculateur. La volonté de préserver avant tout la possession du ballon est en train de s’installer, ce qui donne au jeu au pied sous toutes ses formes, offensives et défensives, toute sa pertinence. Ce jeu continuel qui tend a devenir en fonction de l’alternance des possessions du ballon, celui de l’un et de l’autre, libère les joueurs , les amène à prendre beaucoup plus d’initiatives, le jeu s’en trouve plus libéré donc devient du même coup spectaculaire.

Mais c’est encore Montpellier qui, me semble-t-il, développe dans l’instant le meilleur jeu collectif. La défaite contre le Racing, en ce sens, n’est pas inquiétante, bien au contraire. Leur mode de pénétration de la défense en allant la chercher loin des phases de recyclages du ballon (ruck) grâce à des joueurs placés dans l’axe du joueur passeur est bien au point. La cellule porteur de balle soutien profond apporte par le jeu juste des uns et des autres l’effet de pénétration utile et suffisant pour enchainer par le jeu de passes d’abord, ou par le passage au sol avec libération rapide. La vitesse d’intervention et de course des autres soutiens font le reste et permettent d’accentuer le déséquilibre du système défensif. C’est visible partiellement autour du ballon mais provoque tout en même temps un déséquilibre général.

L’autre volet intéressant concerne le jeu croisé développé par les Montpelliérains sur les contre attaques profondes. La course latérale du réceptionneur porteur de balle tend à attirer la défense en pointe sur l’axe du terrain vers l’une des touches. Cette attirance est suffisante en tout cas et cela a chaque fois marché, pour, en croisant avec un partenaire replacé latéralement, aller attaquer l’espace défensif le plus faiblement investi en nombre et positionnement. Une façon efficace de ne pas rendre la balle à l’adversaire par du jeu au pied mais surtout de recréer ipso facto une dynamique d’avancée favorable qui devient très cruciale pour les défenseurs obligés de parer au plus pressé. Cette arme offensive complémentaire pour Montpellier va devenir un souci supplémentaire pour ses adversaires. Ce volet contre attaque profonde est riche et demanderait bien sûr d’être développé plus longuement pour en comprendre toute sa richesse tactique.

J’espère que cette appétence du Top 14 à entrer dans un jeu plus libéré donc plus riche va perdurer, ce serait tout bénéfice pour le XV de France à l’approche des 6 nations.
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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Jeu 20 Jan 2011 - 15:52

La Chronique de Pierre Villepreux - 18/01/2011 - 17:00 - Rugbyrama


Retour sur Ulster-BiarritzDans la préparation d’un match, la stratégie de match élaborée par l’entraîneur est liée tout à la fois au contexte du match et aux enjeux de celui-ci. Est ainsi élaborée au départ une planification du jeu à faire qui tient compte des forces et faiblesses présumées de l’adversaire rencontré et des conditions atmosphériques. Autant d’opérations pré-programmées qui apparaissent adaptées à l’adversaire du jour.

Le risque d’une option trop stratégique, c’est de rester abusivement dans le jeu prédéterminé, y compris quand il ne s’avère pas efficace. Quand on veut en sortir, c’est trop tard. Le trop de respect pour des consignes, c’est aussi indirectement limiter la liberté du joueur et du collectif. Changer de cap et d’orientation en entrant dans une stratégie plus adaptative qui prendrait en compte les opportunités que proposent ou qui naissent dans le rapport de force Attaque – défense, n’est pas facile. La reconnaissance par le capitaine, d’abord que l’on fait fausse route, ensuite d’évoluer vers un autre plan d’action et le mettre ipso facto à la disposition de tous n’est pas évident. Trouver, efficacement et en réactivité, l’adaptation utile encore moins.

Lors de son match perdu contre l’Ulster, Biarritz est tombé dans ce panneau. Les Basques, sans aucun doute, avait un collectif globalement supérieur à leurs adversaires. La stratégie choisie en première mi-temps qui visait, avec l’appui du vent très favorable (fort et soufflant dans l’axe du terrain), à utiliser le jeu au pied pour "occuper le terrain adverse" pouvait être à juste titre retenue puisque associée à une bonne pression défensive, elle aurait permis de jouer dans le camp des adversaires contraints de regagner le terrain en utilisant le jeu à la main, puisque le jeu au pied contre un vent fort est très aléatoire.

Mais voilà , on sait que jouer au pied avec précision est tout aussi difficile quand on en bénéficie. Les nombreux coups de pied des Biarrots, tapés dès la conquête, dans un enchainement simple « gain de la balle- jeu au pied immédiat » par Traille le plus souvent, n’ont pas produit les effets attendus. Il s’ensuivit une succession de touches directes ou de coups de pied rendus trop facilement à des adversaires bien en place en nombre dans la zone réservée au dernier rideau défensif. Ce jeu permit aux blancs de l’Ulster non seulement d’imposer une domination territoriale en acceptant de provoquer les Biarrots en jouant a la main avec les ballons rendus. Pour eux, ce fut une bonne option, puisque, contre le vent, ils se créèrent ainsi deux occasions nettes d’essais.

Quelle variante adaptative auraient pu et du proposer les Biarrots ?

Peut-être celle qui est maintenant utilisée par les Néo-Zélandais et les Australiens qui consiste, non pas à se débarrasser vite du ballon , mais au contraire, d’abord, quel que soit l’espace de jeu où se réalise la possession du ballon (y compris avec des conditions atmosphériques normales), de chercher d’abord par le jeu à la main des brèches dans la défense. Autant d’actions offensives qui obligent les joueurs placés en rideau profond de délaisser celui-ci, créant des espaces libres facilement lisibles par les attaquants. Il reviendra, si le jeu offensif est en échec, alors à l’un d’entre eux de prendre l’initiative pertinente du jeu au pied dans les zones de moindre occupation sans pour autant rechercher la touche.

En s’appuyant sur le seul jeu au pied sans passer d’abord par un mouvement offensif collectif, la stratégie biarrote s’est trouvée en échec. Je reste convaincu qu’en évacuant mentalement la contrainte du vent, Biarritz aurait pu trouver, par le jeu à la main entrepris et éventuellement, en alternance par le jeu au pied, les moyens pour déstabiliser la défense adverse.

Je suis de ce fait complètement d’accord avec l’analyse du talonneur biarrot Benoît August qui déclare dans Midi Olympique :« Les vertus d’engagement, c’est bien … Mais il n’y a pas que ça en rugby. C’est aussi la maîtrise et l’intelligence de jeu qui font la différence. ».

La conduite du jeu des Biarrots changea contre le vent mais ne fut pas pour autant beaucoup plus pertinente. Il s’enferrèrent beaucoup trop dans un jeu sans passe de "pick and go" sans incertitude pour la défense de l’Ulster. L’impression d’efficacité que les petites avancées successives produisent, est trompeuse, surtout avec un arbitre qui ne manquait pas de déceler dans ce jeu au plus près les plus petites irrégularités.

Un jeu plus ambitieux y compris en seconde mi-temps aurait me semble-t-il créé les conditions pertinentes pour l’utilisation au bon moment d’une force physique supérieure des avants du BO.

Dommage que la stratégie et le combat tactiquement produit aient conduit à limiter le jeu des Biarrots. Cette réserve ne leur a pas permis d’exprimer leurs autres forces tactiques. Le réel potentiel de cette équipe doit lui permettre de dépasser l’effet pervers d’une stratégie de départ pas fausse, mais qu’il s’agissait d’adapter. Elever son niveau de jeu, le rendre plus ambitieux , quels que soient les conditions et le contexte , est un désir qu’il s’agit aussi, pour tout le collectif, de mentalement légitimer. Mais Biarritz n’est pas la seule équipe à être dans ce cas.

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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Jeu 24 Fév 2011 - 15:07

23/02/2011 - 14:29 - La Chronique de Pierre Villepreux


Les clés du Crunch







Bien sûr, à la veille du "Crunch", les dernières performances des Anglais en imposent. Je ne parle pas des résultats, mais de la manière qui a été développée pour les obtenir. Le pragmatisme traditionnel qui collait au jeu anglais et qui n’était pas notre tasse de thé puisque jugé trop rigoureux relativement à notre enthousiasme créatif, s’est transformé peu à peu au cours des dernières saisons. Il est quand même difficile de parler de métamorphose car le rugby anglais obéit encore à une "distribution en jeu " de son collectif qui reste encore rationnelle, et sans doute ce collectif aurait encore du mal à se passer d’un certain ordre. Mais les intentions sont bel et bien là et quand les opportunités se présentent, tout le monde est disponible pour les saisir. Cette volonté de jouer, sans crainte des conséquences, y compris quand le risque est maximal est quand même nouvelle et comme ils savent préserver l’intensité utile, la puissance, le spectacle tient de plus en plus la route.

Johnson, comme joueur était plutôt - pour ne pas dire totalement - issu d’un rugby programmé d’où était exclu le risque. Johnson, l’entraîneur a su évoluer. Ce n’a cerainement pas été facile pour lui d’accepter que le rugby a, et, est encore en train de changer. Face à cette mutation un peu imposée par le Sud et par les règles, il a su ne pas faire preuve de cécité. Réviser et adapter son propre " logiciel d’analyse du jeu" n’est pas simple pour un entraîneur contraint à obtenir des résultats avec un jeu plus ambitieux, celui qu’il n’affectionne pas.

C’est d’autant plus surprenant que quand les nouvelles règles ont été décrétées, les Anglais se sont opposés aux nations du Sud. Ils sont montés au créneau pour convaincre les autres Européens à ne pas adopter des règles qui apportaient un surplus de liberté via des options tactiques favorisant le jeu et le mouvement. Ils ont réussi dans leur entreprise mais je suis sûr qu’aujourd’hui, ils les évalueraient avec un autre œil et c’est tant mieux. En Angleterre, il y a encore peu de temps, on parlait d’occupation du terrain, d’affrontement frontal, de conservation abusive du ballon... On évoque aujourd’hui comme alternative un rugby adaptatif, des formes recherchant aussi l’évitement ou des pénétrations dans les intervalles défensifs ; on en oublie même de disserter sur les vertus d’un jeu abusivement structuré.

Très pragmatique au début de la prise de fonction de Johnson, le jeu anglais, depuis deux Tournois, a pris une dimension visible qui ne s’est pas démentie depuis les tests de novembre. Fidèle à leur nouveau défi, ce rugby tend à développer pour leur collectif des capacités nouvelles, dont certaines qu’ils ne soupçonnaient pas. Vont-ils, contre la France, comme je l’ai lu dans un quotidien anglais, adopter une stratégie plus prudente ? Penser que les Bleus vont leur proposer un solide jeu défensif articulé sur leur faculté à transformer les balles de récupération en munitions gagnantes est certainement à prendre en compte et on ne peut exclure cette crainte. J e crois que ce serait une erreur de leur part de se poser ce genre de questions. Ils ont à ce jour des joueurs capables d’animer avec pertinence le jeu de mouvement. Parmi ceux-ci, Flood l’ouvreur est la boussole capable de bien orienter mais il ne fait pas qu’animer, il saisit toujours les opportunités qui se présentent pour briser lui-même la défense. Ce n’est pas par hasard s’il est préféré à Wilkinson, d’autant que comme buteur il fait aussi la maille. Sincèrement, je ne vois pas les Anglais refuser le défi du jeu. Ce serait de leur part un manque de courage d’autant plus préjudiciable qu’ ils ont encore besoin, pour les échéances futures en Nouvelle Zélande (Coupe du Monde), de rôder leur système de jeu dans le cadre de l’animation tant offensive que défensive. Celle-ci peut encore s’améliorer à condition de ne pas être frileux pour tenter de l’imposer face à n’importe qui. Leur capacités à collectivement prélever les bonnes informations pour se situer là où on est utile, et trouver en course, en plein mouvement, la position adéquate qui permettra de répondre avec justesse à la situation momentanée, est loin d’être parfaite. En tout cas encore en devenir par rapport à leurs adversaires sudistes de Nouvelle-Zélande et d’Australie. S’imposer, avec leur nouveau style ne ferait que développer leur confiance, surtout qu’ils n’auront pas manqué de voir que quand les séquences de jeu s’enchainent de manière dynamique, les Tricolores se trouvent plus facilement en crise d’information, ce qui tend à briser la cohérence des actions entre les défenseurs qui sont près du ballon et les autres, dysfonctionnement qui tend à ouvrir des espaces exploitables.

Quelle stratégie pour les Bleus ? Le choix d’une défense de pression, haute, avec beaucoup de défenseurs dans la première ligne pour éviter les enchainements longs et épuisants me semblerait plutôt intéressante. Mais, si elle a des avantages , elle a également des désavantages. En effet, quand on cède sur les pénétrations ou quand le jeu au pied est bien utilisé, la couverture profonde devient le maillon faible.

Je crois quand même qu’il convient d’aller un peu plus loin et d'utiliser la fenêtre d’opportunités que propose ce match au sommet pour continuer à se lâcher. C'est la meilleure façon de ne pas subir, surtout que, comme je l’ai signifié, la maîtrise globale de leur jeu n’est pas encore au top, il devient alors plus facile de dérégler les automatismes.
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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Mer 30 Mar 2011 - 23:51

29/03/2011 - 17:33 - La Chronique de Pierre Villepreux

Style et compétitivité






A peine terminé le dernier match du Top 14 du week-end Monptellier/Stade français, nous avons été convié à nous déplacer jusqu’à Twickenham qui accueillait exceptionnellement un match du Super 15. Les Crusaders de Christchurch y recevaient les Sharks. Un événement délocalisé qui visait aussi à aider à la reconstruction de la ville de Christchurch durement frappée il y a plus d’un mois par un tremblement de terre.

Difficile de résister à l’envie, dans la foulée, de comparer le rugby produit dans les deux compétitions références. Mais très facile pour ceux, qui comme moi, aime le jeu avec un grand J. Ils n’ont pas manqué de remarquer, dès les premières images, le tonus offensif imposé par les Crusaders. Un état d’esprit par rapport au jeu qui ne s’est pas démenti tout au long du match grâce aussi il faut le dire aux Sharks, leurs adversaires, qui jouèrent en début de match dans leur style traditionnel, beaucoup plus direct, plus frontal peut-on dire, mais qui, contagion oblige, se sentirent porter à évoluer en se calquant sur le jeu enthousiaste et enthousiasmant des Crusaders mais il faut bien l’avouer avec moins de talent.

On sait que les Néo-Zélandais, en terme de jeu de mouvement, sont capables d’excellence mais certaines séquences de jeu et actions sont significatives de la confiance grandissante qu’ils sont en train d’acquérir quand le jeu bouge. Ce jeu n’est plus seulement celui de certains joueurs plus talentueux, mais bien celui de tout un collectif qui agit et réagit mieux et plus vite par rapport aux situations mouvantes rencontrées. Le jeu du porteur de balle, son autonomie décisionnelle exige qu’il puisse s’adapter aux éventuels changements qui se présentent dans l’évolution variable quelquefois très fine du rapport de force attaque-défense rencontré. Mais ce jeu individuel ne veut pas dire «individualisme». Il n’a de sens que s’il est proposé en partage aux partenaires, si, ceux-ci en «connivence», y donnent le même sens, auquel cas le jeu collectif devient efficace. La vie tactique, sa dynamique dans la séquence de jeu et actions, est assurée puisque chacun se rend utile pour assurer le jeu juste du moment et sa continuité. Les gestes techniques qui paraissent les plus sophistiqués voire osés et ambitieux trouvent alors toute leur place et ne relèvent pas seulement de la seule technique individuelle modélisée. Ces joueurs du sud semblent aujourd’hui manifestement à l’aise pour faire face aux aléas rencontrés, aux réponses attendues ou inattendues, incertaines que peuvent proposer les défenseurs. Pour que le jeu s’enchaine de manière cohérente et dynamique, il s’agit bien de préserver la vitesse utile qui seule permet d’entretenir le déséquilibre défensif. Ce qui veut dire qu’il faut être capable de prendre les bonnes informations, celles rencontrées, pourrait-on dire en cours de route, ceci oblige de savoir, derrière le lot de certitudes que le joueur a du jeu à faire, de les intégrer dans le lot des incertitudes qui peuvent naitre et surgir à tous moments.

Loin de nous de dire que nous avons vu un mauvais match à Montpellier mais il a été ni plus ni moins représentatif de ce que l’on voit et fait régulièrement dans le Top 14, ce qui comparé au spectacle développé à Twickenham ne peut manquer à six mois de la Coupe du monde d’interpeller si, comme on peut le penser, on sera amené à devoir faire face à ce style de jeu. Je ne vois pas les Sudistes surtout les Néo-Zélandais et Australiens sortir de ce style, mais je vois également mal comment, en si peu de temps, on pourrait y accéder. Chacun fera avec ses forces. «Yes we can», oui mais il faudra imposer cette divergente compétitivité.

J’espère que notre rugby de clubs, forcément avec ses habitudes et ses formes qui sont celles que les joueurs du XV de France ont logiquement souvent du mal à se sortir au plus haut niveau, suffira pour s’imposer au sud. Manifestement on ne joue pas le même jeu. Nous sommes européens toujours arc-boutés sur un modèle de jeu pragmatique, sur des priorités dans des domaines de jeu qui nous paraissent incontournables, particulièrement les «fondamentaux conquête» qui restent importants, mais, qui ne sont pas tout le rugby, fondamentaux sur lesquels on revient sans cesse quand on perd et que l’on loue beaucoup moins quand on gagne grâce à un jeu plein de vie.

Il ne s’agit pas aujourd’hui ni de craindre l’échec sous peine, irrémédiablement, de se planter, ni d’avoir trop de certitudes, on se confronterait alors à un désenchantement certain.

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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Sam 30 Avr 2011 - 15:42

28/04/2011 - 09:01 - La Chronique de Pierre Villepreux

Le rugby français "hors jeu" ?

Le verdict concernant les qualifiés du championnat 2010 – 2011 va bientôt tomber. Il reste encore un tour et les paris vont bon train. Le suspense va durer jusqu’au bout puisque seul Toulouse est assuré de sauter le barrage d’accès aux demi-finales. Les gros budgets sont, sauf le Stade français, peu compétitif cette saison, tous au rendez vous.

Ce qui me frappe, à cette époque de fin de championnat, c’est le comment on prépare en anticipation déjà la saison suivante. Une véritable communication s’instaure, mais les besoins et exigences sont analysés, et le plus souvent réduits à des termes quantitatifs :

- davantage de moyens financiers pour aller à la pêche des meilleurs

- davantage de spécialistes dans les staffs d’entraînement

- toujours plus d’informatique

- des stades toujours plus grands etc…

Certainement nécessaire, mais on en oublie de parler du jeu, une composante qui si, on a les moyens, ira de soi. On sait pourtant que le système rugby en France ne peut fonctionner que si l’ensemble des éléments qui le constituent est en interaction, en sachant justement, si la boule de neige de neige a grossi, c’est que tout s’est construit et développé en partant d’abord du jeu. Pour que l’état du l’état du système reste en équilibre, il ne faut pas qu’il y ait une trop grande dominance des facteurs économiques qui risquent d’être à terme la cause d’un dysfonctionnement difficilement récupérable.

Pourtant, la production du Top 14 est loin d’être en conformité avec ce que nous propose le Super 15, la compétition des sudistes, qui développe un style de jeu qui contraste dans ses intentions et formes avec ce qui est réalisé dans notre rugby. Bien sûr, tout le monde est conscient de cette différence de genres. Ce rugby dégage aussi une efficacité qui impose que l’on se pose des questions. Les champions étrangers qui vont, une fois la Coupe du monde passée, rejoindre notre championnat peuvent toujours nous laisser croire que c’est bien la seule qualité de notre rugby qui les intéresse. Mais jusqu’à ce jour leur présence n’a pas déclenché une évolution du jeu qui a permis aux joueurs sélectionnés dans notre équipe nationale de répondre au défi du jeu "made in New Zeland" ou "Australia".

Mais tant pis, on semble quand même se satisfaire de ce que l’on produit et on attendra sans doute que l’équipe nationale paie ce manque d’ambition au prix fort lors de la prochaine Coupe du monde. Le retard pris s’accroit. L’on refuse d’aborder le problème de la réalisation d’un jeu plus moderne qui est sans cesse remis à plus tard parce qu’il réclame des exigences qui font peur . De fait, ce rugby de demain pas assez pragmatique, le rend dans notre contexte forcément inaccessible.

Alors, à défaut d’être visionnaire, on tente avec d’autres moyens de s’armer autrement. On masque ainsi les problèmes majeurs , oubliant que l’évolution vers un beau et bon rugby prend quand même du temps. Si personne ne s’y lance avec envie, s’il n’ya pas une locomotive capable de prendre le risque, créant ainsi une dynamique qui s’imposera et deviendra pour tous progressivement incontournable, on se satisfera des objectifs résultats et pas d’objectifs de performance, ceux qui visent à devenir plus compétitifs mais aussi plus attrayants.

Qui mieux que les clubs les mieux nantis économiquement et les plus compétitifs sont à même de réaliser ce challenge et pourquoi pas oser le faire dans les phases finales ? Cette visibilité aurait le mérite de créer une dynamique qui rejaillirait sur tout le rugby, y compris celui de la base qui en a bien besoin. Pire, quand on regarde jouer les équipes nationales jeunes , non seulement elles gagnent peu mais la production est le reflet des mauvais côtés du jeu de leur aînés.

Mais bien sûr, il n’y a pas grand chose de rationnel dans cette façon de penser. Il ne s’agit pas de décrier le pouvoir du tout économique, qui prend il faut le dire de plus en plus les commandes, mais plutôt de croire et d’espérer que ces moyens financiers n’ont pas seulement pour objectifs les seuls résultats mais bien aussi des objectifs performance si l’on veut redonner au jeu sa vraie valeur. Peut-être qu’il convient aujourd’hui de réapprendre à penser les objectifs autrement et tout en même temps de former des joueurs capables d’aborder le jeu , ses aléas, ses incertitudes avec spontanéité et plaisir et pas avec crainte.... En fait leur apprendre à naviguer dans le mouvement autrement que dans une distribution tactique qui programme des certitudes.

En ce sens, la performance de La Rochelle avec des joueurs "non classés" comme on dit au tennis, tout au long de ce championnat, m’a parue être en adéquation avec cet état d’esprit. Il est fort dommageable que ce club qui a faibli en fin de parcours soit obligé de descendre. Si les descentes étaient décrétées par rapport à la qualité du jeu produit, La Rochelle, serait certainement encore en course... Vivre son jeu, celui qui permet aux joueurs d’apprendre de leurs propres expériences, les bonnes comme les mauvaises. Vivre son jeu , c’est pour le staff technique de permettre et /ou d’aider à apprendre à vivre le rugby dans une dynamique qui vise à exclure doutes et certitudes car dans les deux cas, on s’expose à pas mal de désenchantements.

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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Mer 8 Juin 2011 - 23:38

08/06/2011 - 14:49 - Rugbyrama
La Chronique de Pierre Villepreux


Reflexion sur la finale




Bien sur la tentation était grande de penser que nous allions avoir une belle finale. Je suis donc resté sur ma faim car globalement, la qualité du jeu produit par ces deux équipes tout au long de la saison pouvaient logiquement nous porter à penser que le spectacle attendu serait bien présent. De là à dire qu’il n’y a pas eu, d’ailleurs surtout coté toulousain, la volonté et l’ambition de produire du jeu serait faire preuve de mauvaise foi. Les Rouge et Noir n’ont pas été frileux, loin s’en faut, mais ils n’ont pas pu et su, tout à la fois, résoudre l’équation défensive posée par Montpellier.

Il s’agissait bien d’une équation dans le dialogue attaque-défense, dominé sans partage en terme de possession du ballon et d’occupation du terrain adverse par les Toulousains. La résolution du problème posé par une défense inversée toujours à la limite, après les quelques balbutiements en début de match, devait être possible. Avec ce type de défense, Montpellier a concédé des pénalités. Si David Skrela avait eu sa réussite habituelle, la prise du score par les Stadistes et la stratégie choisie par les uns et des autres auraient pris une autre forme, en tout cas cela aurait fait évoluer les choses. Ce n’était certainement pas la première fois que les Rouge et Noir étaient confrontés à cette défense qui vise à couper la circulation du ballon sur les extérieurs .

A priori, pour aborder la deuxième mi temps, on est resté sur la même stratégie. Pour répondre à cette menace, il existe bien d’autres solutions tactiques, mais le schéma global de jeu est resté peu ou prou identique. L’alternance grâce à des changements de sens pouvait être une solution. Mais le replacement programmé du bloc de joueurs dans l’espace de jeu, à contresens de la circulation du ballon, n’a pas permis à Doussain d’identifier clairement le joueur référent qui par sa direction de course et sa vitesse pouvait lancer le mouvement dans les meilleures conditions. L’incertitude recherchée ne fut pas au rendez vous. Les défenseurs même en sous nombre ne concédèrent que peu de terrain et bénéficièrent même de fautes de main dont Toulouse se serait bien passé surtout quand on court après le score. En mal d’adaptation, les joueurs du bloc se marchèrent un peu sur les pieds. Curieux car le «qui fait quoi» dans le désordre du jeu est une des compétences reconnues du jeu toulousain.

Ce n’est seulement en deux ou trois occasions, quand enfin, la vitesse d’enchainement des taches des uns et des autres autour du porteur de balle dans la zone de pénétration imposée par l’adversaire fut plus fluide et plus juste, que le premier rideau défensif concéda du terrain, mais les libérations du ballon, sur le jeu au sol successif, manquèrent elles aussi de vitesse, en tout cas, la latence fut suffisante pour ne pas trop déstabiliser les adversaires. Contraint alors d’avancer individuellement au plus près des rucks, on se retrouvait dans la situation précédente. avec les mêmes effets.

Dans un jeu manquant de vitesse, Toulouse s’est fait quelques frayeurs, mais n’a pour autant rien volé. Aucune équipe, aucun individu ne peut échapper aux enjeux d’une finale donc à la stratégie mise en place. Ne pas la respecter c’est sortir du jeu choisi, c’est désobéir. En persistant de pousser la porte, Toulouse a remporté un nouveau Brennus sans marquer d’essai, s’il avait choisi de la tirer, que ce serait-il passé ? On a pas vu davantage le vrai Montpellier, le Montpellier joueur , la stratégie défensive a pris le dessus. Un peu dommage , c’est en effet en fin de match, quand mené au score et à 14, qu’ils retrouvèrent la dynamique de jeu qui a fait leur reconnaissance et aussi qui leur a permis de monter à Paris.

Comment le club héraultais va-t-il vivre la saison prochaine ? Le club s’est en une saison implanté dans le gotha national et ne peut plus maintenant se dissimuler. Les joueurs comme le staff ne pourront se détacher de ce qu’ils ont vécu. Là aussi, comme en jeu, il s’agira de s’adapter à un environnement interne et externe qui du fait des résultats, va avoir d’autres ambitions et d’autres attentes.
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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Jeu 25 Aoû 2011 - 8:47

24/08/2011 - 13:25 - Rugbyrama

La Chronique de Pierre Villepreux



Satisfaction française


Voila une deuxième victoire contre l’Irlande qui est bonne à prendre avant le départ en Nouvelle Zélande. Certes, il serait indécent de la valoriser outre mesure, mais je la trouve intéressante tant les compétences actuelles, offensives que défensives, des Tricolores et leurs limites ont pu s’exprimer du fait de la volonté des deux collectifs de produire du jeu.

Le jeu réalisé, dans des moments distincts, par les uns et des autres, rythmé, engagé et entreprenant - le début de match pour les Irlandais et dans la foulée celui des Français - nous a permis, coté des Bleus d’assister à une production parfois bien coordonnée (essai d’Heymans traduisant le bon temps fort tricolore) indicatif d’un potentiel certain pour produire du jeu avec efficacité et intelligence. Certes, on est dans une production beaucoup trop par à coups, donc stratégiquement pas forcement repérable pour ceux qui attendent que la production soit toujours continuelle et coordonnée. On y est pas encore. Mais de temps en temps oui et pour qu’il en soit ainsi plus souvent, faut il encore tout au long du match de ne pas avoir peur de préserver voire d’accroitre volontairement cet esprit de jeu .

En ce sens la fin de match des Français m’a, je dirais, un peu gêné. En recherchant le seul résultat au lieu de continuer à provoquer les Irlandais ballon en main puisqu’ils n’avaient pas, compte tenu de l’écart au score, d’autres options, on leur a tendu la perche et permis de marquer un troisième essai, celui qui était de trop et qui n’est pas seulement le fait d’une erreur individuelle défensive. D’ailleurs il fut accueilli par les Verts comme s’il était l’essai gagnant. C’est cette mauvaise gestion mentale que Marc Liévremont a déploré et il a raison.

De fait, je regrette sincèrement que la France n’est pas eu davantage de matchs de préparation pour accéder ainsi et de mieux en mieux aux exigences tactiques qui sont recherchées. Les deux essais, celui de Clerc du premier match, celui avec Palisson à la baguette et dans le deuxième, celui d’Heymans, relèvent d’enchainement de taches qui valident la production coordonnée ambitionnée. La justesse de la production du jeu souhaitée, celle qui assure la cohérence de l’entreprise tant individuelle que collective, ne peut se mettre en place que dans la répétition des actions et phases de jeu qui amène son lot de succès et d’erreurs.

Pourquoi pas un match non-officiel contre un club néo-zélandais dès l’arrivée à Auckland. A méditer !

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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Lun 22 Oct 2012 - 19:55

La Chronique de Pierre Villepreux

18/10/2012 - 13:14 - Rugbyrama -


"Veiller à l’éthique des deux Coupes d’Europe"



La Coupe d’Europe nous propose chaque année une compétition particulièrement intéressante qui conjugue, qualité de jeu et incertitude jusqu’au dernier match pour connaître les qualifiés aux ¼ de finales. Cette qualification devient d’autant plus difficile que l’élévation du niveau de jeu, notons le, particulièrement défensif, a pour effet d’entraîner un resserrement des valeurs, comme en Top 14, entre les meilleurs et les moins bons. Il y a obligation de prendre tout le monde au sérieux et ne rien lâcher : surtout pas les éventuels bonus qui prennent une place déterminante dans le classement final des poules.

Il s’agit bien dans cette compétition d’être compétitif mais pour qu’il en soit ainsi il faut avant tout placer tous les clubs, dans toutes les compétitions (Top 14, Premiership, Ligue celte), dans les mêmes conditions et exigences de qualification.

Aujourd’hui se pose la question de savoir comment faire pour que l’éthique sportive, avec une "grande Coupe d’Europe" et une "petite" soit clairement respectée. Seulement, cette éthique est mise à mal puisque la désignation des clubs participant à la H Cup n’est pas identique pour tous.

En effet, les provinces irlandaises, les franchises galloises, écossaises et italiennes sont chaque année qualifiées sur des critères autres que ceux liés à leur performance dans la compétition qui les opposent.

L’objectif, au départ, était d'offrir aux équipes irlandaises, galloises et écossaises et plus tard aux Italiens une compétition de meilleur niveau en lieu et place des affrontements purement nationaux jugés trop faibles. C’est maintenant chose faite et le niveau de jeu de cette compétition est maintenant concurrentiel. Il devient donc logique de placer la Ligue celte dans les mêmes conditions que les clubs français et anglais qui utilisent leur compétition nationale et le classement qui en résulte pour qualifier les meilleurs en H Cup et les autres dans la seconde compétition européenne.

Cette facilité d’accession leur permet de se préparer dans les meilleures conditions aux exigences de la compétition européenne qui tend à devenir leur seule priorité. Une commodité plus difficilement praticable en France et en Angleterre où la formule utilisée du style "cut en golf ", désignant les qualifiés à l’issue de la saison légale, interdit les impasses sous peine de ne pas accéder aux phases finales.

La réflexion actuellement menée à l’ERC concernant une nouvelle formule de qualification me parait particulièrement pertinente. En terme d’éthique et de compétitivité sportive dans une compétition, il me parait logique de placer tout les participants sur les même bases d’accès à la qualification. S’il s’agit bien de considérer les douze équipes de la Celtique League et de faire accéder, via les mérites de compétitivité, les six premiers à la H Cup, on élèvera aussi et forcement le niveau de performance pour se positionner dans le haut du tableau.

Certainement dans un premier temps, les plus pénalisés seront les deux franchises italiennes. Dans cette compétition, il faut bien le dire, même s’ils sont de plus en plus performants, ils ne sont pas à leur place, ce qui tend à favoriser les clubs qui sont dans leur poules.

En ce qui les concerne, dans le cadre d’une nouvelle formule, leur éventuelle non qualification pour la compétition majeure provoquera certainement des soucis d’ordre économiques qu’un handicap sportif . Au contraire, je dirais même qu’ils trouveront dans cette deuxième compétition européenne, légèrement moins performante que la H Cup, un niveau de jeu plus adapté qui leur permettra de gagner plus souvent, d’élever leur niveau et de revenir plus fort et avec encore plus d’ambition la saison suivante en Ligue celte, et ainsi,se donner les moyens de leurs ambitions, à savoir rivaliser enfin au plan du jeu avec les meilleures équipes celtes.

L’assertion qui est tenue pour les deux équipes italiennes peut être, certes à un degré moindre, déclinée pour l’une des deux franchises écossaises.

Enfin, dans ce cadre compétitif , il conviendrait, pour demain, de ne pas oublier de mettre en place une troisième compétition pour les clubs européens de niveau inférieur. A part la Roumanie et l’Espagne, aucun autre pays via un club ou franchise ne sont invités à participer. La visibilité d’une telle mesure influencerait favorablement le développement du rugby dans leur pays. Mais bien sûr, cela à un coût.
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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Jeu 1 Nov 2012 - 10:15

La Chronique de Pierre Villepreux

29/10/2012 - 15:42


"Un final fabuleux entre l'Australie et la Nouvelle-Zélande"



Australiens et Néo Zélandais doivent bien s’apprécier puisqu'ils se rencontrent souvent. A peine finie la compétition majeure du sud, ils se sont de nouveau affrontés pour un match amical. Ce match s’inscrit maintenant de manière pérenne avant la visite en Europe imposée par l’IRB à ces deux nations. On connait la rivalité qui existe entre ces deux pays. En conséquence, ce match n’a rien eu d’amical et les adversaires n’ont pas manqué de rivaliser jusqu’au bout. Le score (18-18 ) dans les dernières minutes, a même rendu la fin de match très indécise. Le désir de s’imposer à l’autre est devenu palpable pour ne pas dire plus provocateur. On aurait pu "à l’amiable" accepter de s’en tenir à ce score et de gérer gentiment la fin du match. Mais manifestement, aucun des deux antagonistes ne souhaitaient se satisfaire d’un résultat nul.

D’un coté, les Australiens, pas transcendants dans les Four-Nations et en plus battus par les Blacks deux fois lors de leurs dernières confrontations, auraient pu considérer positivement ce match nul et ainsi reconquérir une certaine confiance même si celle-ci, on le sait, est bien plus développée quand elle est construite et alimentée par le succès. Ce match nul en tout cas pouvait être acceptable pour ne pas avoir peur d’un lendemain pas évident qui les attends en Europe avec trois test-matchs à la clé, dont un capital contre les Français.

De l’autre, les Néo-Zélandais, auréolés de leur récent grand chelem dans les Four-Nations auraient pu, à la 74e minute, 18-18 dans le "money time", considérer qu’un match nul n’écornerait pas leur image de marque d’autant qu’il s’agissait bien d’une rencontre sinon mineure du moins un peu marginale dans le contexte international. Mais on connait l’orgueil néo-zélandais. Préserver un résultat qui ne leur donnait pas la victoire ne pouvait les satisfaire.

Comme les Australiens étaient dans le même état d’esprit, cette fin de match nous a gratifié d’un final fabuleux. Il n’était pas dans l’esprit ni des uns, ni des des autres, d’attendre la sirène. La stratégie des Australiens choisissant d’avancer par le plus court chemin avec un minimum de risque et de passes s’avéra efficace. De la 78e à la 84e minute, la séquence de jeu australienne initiée dans leurs propres 22m amena les Blacks à subir le jeu simpliste de "rushs" individuels successifs. Soit une séquence de 15 rucks consécutifs. Refouler dans leur camp à coup de boutoir les "McCaw boys" ne pouvaient plus concéder la moindre pénalité. Les avancées individuelles et la bonne conservation du ballon des Aussies les repoussèrent progressivement au niveau de leurs 22. Je dirais plutôt facilement puisque les Noirs ne pouvaient concéder la moindre faute et surtout ne pouvaient oser la faute utile, celle que l’on peut faire en fin de match quand on mène au score et que les trois points sont insuffisants pour donner un avantage décisif à l’adversaire. Les Australiens attendaient cette erreur qui leur aurait permis de tenter la pénalité gagnante. Mais la maitrise était chez les défenseurs, pas de faute pour les habiles All Blacks bien arc-boutés en défense et justement suffisamment lucides pour abuser les Australiens en les obligeant à s’engager illicitement dans le dernier ruck. L’adage "est pris qui croyait prendre" illustrait cette longue séquence et avec elle la fin d’un match, car il ne faisait de doute pour personne que le ballon enfin récupéré par les Blacks allait être balancé dans les tribunes.

Le choix les All blacks en demandant à la 85e minute une mêlée relève d’une bravade qui bien sûr me séduit. Un tel défi implique que sous la responsabilité du capitaine, le collectif soit disponible pour prendre ce risque. Aversion au non-risque, ce qui ne peut se faire que si "l’estime de soi" de tous est au top, ce qui traduit une force mentale supérieure pour accepter, avec l’attrait que procure une telle situation, de mettre à disposition toutes ses compétences pour réussir sans à aucun moment douter du choix.

Cela n’a pas suffi aux Néo-Zélandais pour gagner le match puisque la vague noire, après avoir balayé le terrain sur 80 mètres, s’en remit à Dan carter pour concrétiser un moment de rugby et certainement tout autant un moment de contentement hors norme si son drop était passé.
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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Sam 10 Nov 2012 - 0:13

La Chronique de Pierre Villepreux


09/11/2012 - 15:10 - Rugbyrama

Villepreux: "Le projet doit rester la pierre angulaire"


En ce début de saison internationale, les objectifs du XV de France s’inscrivent à la fois dans le long terme et le court terme. Tout d’abord dans le présent, des "objectifs de résultats", à savoir gagner les trois matchs de la tournée automnale pour accéder à une place permettant d’entrer dans le Mondial 2015 à une place limitant les risques de tomber en poule sur un, voire deux adversaires, de qualité.

Pour ce faire, il s’agit bien de faire face à trois défis non dérisoires. Au classement IRB, l’Australie, placée en deuxième position, est la plus redoutable, les Argentins et Samoans occupant respectivement les huitième et dixième places, semblent, à priori, beaucoup plus abordables. Ceci pour dire qu’il aurait été sans doute préférable de se roder (mais le terme est-il approprié ?), d’abord contre les plus mal classés. Rien de mieux que deux victoires pour à la fois engranger de la confiance et pour mettre en place un jeu qui a eu du mal à émerger lors de la saison précédente.

Mais bon, pas le choix: le calendrier a imposé cette chronologie. Il faudra donc faire un premier tour de chauffe avec les Australiens sans avoir vraiment de repères pour aborder les "objectifs de performance" qui devraient être premiers car ils concernent la mise en place et œuvre du projet de jeu choisi et recherché. Pas évident puisque parmi les 23 joueurs choisis, il n’est pas sûr qu’entre pensionnaires incontournables, nouveaux et revenants, que le collectif tourne à plein régime et que les automatismes, pas toujours simples à mettre en place au niveau de l’équipe nationale, fonctionnent sans ratés. Mais tous les joueurs sélectionnés sont des habitués du haut niveau, ce qui logiquement devrait leur permettre de s’adapter vite et bien à tous les systèmes de jeu.

Le troisième objectif concerne les "objectifs de processus": comment créer, en quatre ans, le climat favorable à la performance pour amener avec le style de jeu choisi, l’organisation et la bonne communication pour que s’installe durablement organisation et coopération. Ceci demande de cadencer les différents objectifs et de les mesurer avec impartialité. Faut-il encore que ces objectifs apparaissent réalisables pour ceux qui, dans ces trois années préparatoires à la Coupe du Monde seront amenés, derrière le jeu choisi, à être partie prenante dans la mise en œuvre de cette dynamique à long terme. Logiquement, une telle dynamique devrait drainer des comportements partagés plus ou moins implicitement par l’ensemble des membres. C’est ce qui progressivement donnera du sens à l’engagement des uns et des autres, à la fois dans le projet de jeu et dans le projet sportif.

Trop souvent, les meilleurs projets sportifs et de jeu montrent leurs limites quand les objectifs de résultats ne suivent pas. Les acteurs entrent dans une zone d’incertitude déstabilisante qui les amène à s’éloigner, de manière plus ou moins significative du rôle qui était le leur. Les meilleures stratégies de communication, et les explications les plus pertinentes n’y changent malheureusement rien. Chaque échec provoque une phase de déstabilisation qui est logiquement suivie d’une phase de reconstruction qui, elle-même, provoque forcément l’obligation d’acquisition d’autres compétences et des résistances qui vont avec.

Je suis convaincu que le projet de jeu doit rester de toute façon la pierre angulaire qui, quand il est bien compris et accepté, permet d’accepter et de comprendre tous les enjeux. C’est le projet de jeu qui doit être fédérateur. Accepté et validé dans le temps, il va mettre de l’ordre dans le système. Il permettra de faire face aux désordres en terme de conflits et résistances qui pourraient sournoisement surgir dans les moments critiques.

L’articulation entre les objectifs n’est pas simple. Le XV de France est aujourd’hui plus que jamais confrontée à une obligation de résultats immédiats et tout en même temps à la mise en place d’un jeu (et pas n’importe lequel) qui vise à les obtenir. Mais, celui-ci ne se décrète pas, il se met en œuvre dans le temps à condition que le staff ne renie pas au premier accroc ses convictions et en même temps que les joueurs ne soient pas trop sensibles au poids des contraintes générées par l’environnement.
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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Sam 8 Déc 2012 - 13:34

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27/11/2012 - 16:14 Rugbyrama -


"Les Bleus ont fait preuve d'une grande solidarité"


La dernière production gagnante du XV de France contre les Samoa n’a pas eu la même saveur que les victoires précédentes. La performance d’une équipe dans une continuité de construction, comme c’est le cas des Bleus, ne peut pas toujours être en adéquation avec le style et la qualité du jeu développé lors des deux matchs précédents. Les raisons qui contribuent à une performance de moindre qualité n’est pas facile à expliquer et encore moins à analyser.

Une des raisons essentielles concerne, bien sûr, la prestation de cette équipe samoane qui présente un jeu culturellement ancrée sur la puissance physique de ces joueurs et avec cette dimension le mental guerrier qui va avec. Deux facteurs qui bénéficient d’une germination d’autant plus prégnante que les Iliens se sont présentés au stade de France dans un contexte favorable, celui des deux victoires enregistrées contre le Canada et le pays de Galles. De fait, une victoire contre la France aurait été historique pour cette nation. Malgré la défaite du stade de France, elle est maintenant classée 8° nation au classement IRB, ce qui ne peut que satisfaire l’institution internationale qui, dans son plan stratégique, vise à voir en Coupe du Monde (je dirais enfin) des équipes compétitives pour faire plus que rivaliser avec les pays (toujours les mêmes) qui accèdent aux quarts de de finale. Ces deux facteurs, le physique et le mental du collectif samoan, il n’y a pas si longtemps, pour une équipe redoutable mais pas encore redoutée par les meilleures nations. Si, comme cela semble être le cas, elle devient compétitive contre les meilleures, c’est aussi qu’elle sait maintenant y ajouter un volume de jeu et une production tactique qui n’est pas négligeable, rendant du même coup le jeu défensif des ses adversaires diablement plus difficile.

La France dans ce match en a fait les frais. Il ne suffit plus aujourd’hui devant les maillots bleus des Iliens samoans de s’opposer seulement avec courage à un jeu physique et puissant qui avaient des limites tactiques. Ce collectif a aujourd’hui à sa disposition particulièrement, dans le jeu à la main, des armes tactiques et les habiletés gestuelles qui vont avec, qui rendent l’exercice défensif de ses adversaires d’autant plus difficile. Les Gallois n’y avaient pas résisté, les Français y ont échappé en s’arc-boutant pour ne pas céder, faisant preuve de ce fait d’une grande solidarité. L’indiscipline des agresseurs (dans le bon du terme) leur autorisant une victoire bien malaisée.

Je ne crois pas que dans ce match, il convient d’invoquer une quelconque fatigue physique des Tricolores. Leurs adversaires avaient eux aussi joué deux matchs physiquement contraignants. En allant plus loin dans l’analyse, ils surent se créer les meilleures conditions d’avancer, parfois certes par leur seule puissance au contact, mais aussi par leur capacité, par des appuis d’évitement près du défenseur, à sortir de l’affrontement direct créant, soit une avancée suffisamment déséquilibrante pour enchaîner le jeu avec efficacité, soit la traversée de la ligne de défense adverse. C’est bien ce qu'ils surent faire en plusieurs occasions et particulièrement en fin de match par leur numéro 9 quand il se glissa en bord de touche dans un trou d’aiguille pour rendre possible un troisième essai qui aurait scellé le sort de ce match.

A l’inverse, le jeu collectif des Français ne les déstabilisèrent que très rarement. L’affrontement individuel proposé est resté trop frontal. Les Bleus végétèrent sur la ligne d’avantage et pour avancer, ils ont dû logiquement, pour renverser le rapport de force, se servir davantage du jeu au pied.

Cette tournée d’automne a permis de placer la construction du jeu français sur une double polarisation :

- une créatrice, derrière la mise en œuvre d’un jeu dynamique, entreprenant qui lui a permis d’imposer son jeu.

-l’autre forcément régressive du fait d’un jeu subi plus qu’imposé qui a forcé à revenir à un rugby plus pragmatique, mais pas restrictif pour autant.

En tout cas ,une expérience intéressante pour ce collectif qui saura pour le Tournoi s’en servir pour rebondir sur les bases du rugby total qui a été le sien contre l’Australie et l’Argentine, la parenthèse Samoa restant, avec la victoire, sans incidence sur le moral des troupes.
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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Sam 8 Déc 2012 - 13:38

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04/12/2012 - 12:08 - Rugbyrama


"Le jeu anglais est plus cohérent que celui des Sudistes"


La tournée automnale a permis d’opposer les meilleures nations du monde et de se faire une idée des forces respectives et donc de la qualité du rugby dispensé par les uns et les autres. Chaque Coupe du Monde installe un classement que la saison successive dans les compétitions diverses ne valident pas forcement. A cela différentes raisons: pour certaines nations, le changement de staff, mais aussi l’essoufflement mental qui s’installe dans des collectifs un peu usés par les efforts concédés pour rester au top , dans la continuité de la compétition majeure du rugby. La saison post-Mondial reste souvent une année qui permet de faire un état des lieux avec des dynamiques variées allant de préparation (voire de reconstruction) que de recherche de résultats. Ceci, bien sûr, à des degrés différents selon les contextes. Les retrouvailles entre sudistes et européens ne manquaient donc pas d’intérêt pour évaluer le jeu et les potentialités des uns et des autres.

Comment appréhender la victoire des anglais contre les Néo-Zélandais ? A priori, elle a de quoi surprendre puisque les Blacks, sans pour autant dégager une grande sérénité, avaient fait logiquement un sans faute respectivement en Ecosse, Italie et au pays de Galles. La victoire anglaise a donc de quoi surprendre, d’autant plus qu’elle survient après deux défaites, pas forcément attendues, contre les Australiens et les Sud-Africains.

Mais ces deux résultats négatifs sont trompeurs. En effet, j’avais plutôt bien apprécié dans ces deux matchs les deux productions anglaises. La victoire n’aurait jamais dû leur échapper. Le jeu qu’ils ont développé s’est avéré beaucoup plus cohérent, ambitieux que celui de leurs adversaires du Sud. Un rugby en phase avec le jeu moderne dans lequel il s’agit de ne pas être frileux pour entreprendre. Ce fut le cas et il a été dommageable pour le rugby que le succès ne récompense pas les nombreuses initiatives prises. Ces initiatives, l’esprit qui va avec, les conduisent à produire un jeu plus débridé, générant une activité adaptative qui n’a pas toujours été leur tasse de thé. Cependant, pour que ce jeu s’impose efficacement, la marge de perfectionnement est encore grande. Nul doute qu’il va leur falloir encore vivre souvent ces situations où il s’agit de répondre vite et bien à l’imprévu. Trop souvent, quand le porteur de balle a réalisé une percée significative au-delà du premier rideau défensif, les soutiens offensifs sont en retard. Il conviendra, pour ne plus "vendanger" quelques occasions qui auraient mérité un meilleur sort d’accéder à une meilleure qualité de lecture du jeu, à la prédiction du jeu successif donc à la réactivité optimale qui va avec. Ce facteur de progression devient déterminant pour l’efficience du jeu anglais. Leur rugby en deviendra alors encore plus redoutable.

Il est plutôt bien que la France et l’Angleterre aient choisi dans cette tournée automnale de défier les Sudistes par un jeu entreprenant. Le prochain Tournoi n’en sera que plus captivant. Mais les Anglais, à Twickenham, rassurés par cette victoire ne seront pas une proie facile. Ils ne manqueront pas de persévérer, voir d’aller encore plus loin dans le jeu choisi.

Une défaite anglaise contre les Blacks aurait été acceptable mais elle aurait certainement, après les deux revers précédents, sérieusement remis en question le choix d’un tel jeu. Cette victoire et la manière confortent joueurs et staff que c’est bien la bonne option. On peut d’ores et déjà les placer en concurrence directe avec les Français pour remporter le prochain tournoi. La victoire dans cette confrontation pourrait bien s’assortir d’un grand chelem pour le vainqueur.

Les Gallois auront bien du mal à revenir au niveau qui était le leur lors de la Coupe du Monde et du dernier Tournoi, mais ils ont le potentiel pour se refaire une santé. Seuls les Irlandais confiants dans les vertus de leur rugby me semblent être à même de se positionner comme arbitres du duel franco-anglais que tout le monde attend déjà.

Je ne miserai pas sur les Italiens, mais il faut reconnaître qu’ils se rapprochent un peu plus tous les jours de l’excellence des meilleurs équipes des 6 Nations. Plus que jamais, il s’agira, pour tous leurs adversaires, de se méfier de la douceur romaine.

En revanche l’Ecosse va de nouveau devoir reconstruire. Avec qui et comment ? Le départ d’Andy Robinson après la défaite contre le Tonga ne leur donnera pas pour autant la potion magique qui leur permettrait de rivaliser.

Un mot sur les Sud-Africains qui rentrent à la maison avec trois victoires sur leurs adversaires européens (Ecosse, Irlande , Angleterre). Fidèles à leur culture de jeu, ils ont gagné sans pour autant arriver à faire évoluer leur rugby trop englué dans l’affrontement systématique. Un jeu où la seule surpuissance de ces joueurs près de la ligne de but adverse leur a permis de gagner les matchs au rabais. Dans le jeu tout terrain, l’affrontement individuel ayant des limites, l’utilisation excessive du jeu au pied a masqué les carences offensives qui sont les leurs dans le jeu à la main. Des matchs gagnés petitement, mais il n’y a pas, dit on, de petite victoire et sans aucun doute, les Springboks et leurs fans sauront s’en satisfaire.

L’Australie n’a, en revanche, pas convaincu, leur style de jeu maintenant parfaitement décodé par les adversaires, s’essouffle. Ils peuvent se satisfaire de trois victoires sur quatre matchs et croire ainsi que la défaite contre la France fait partie d’un accroc sans conséquence. A voir !
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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Mer 19 Déc 2012 - 16:40

La Chronique de Pierre Villepreux


18/12/2012 - 17:53 - Rugbyrama


"Le jeu derrière la défense est complexe"


L’analyse du jeu du haut niveau national ou international met en évidence les difficultés rencontrées par les attaquants pour rendre efficaces les actions de jeu qui font suite au franchissement de manière nette du premier rideau défensif. Autrement dit la finition est en cause.

Dans le rugby actuel, le premier rideau défensif est de plus en plus étoffé sur toute la largeur. Beaucoup de travail à l’entrainement est réalisé collectivement pour être toujours plus efficace dans le jeu offensif "devant et dans cette défense". L’objectif, c’est de créer dans l’espace successif à un rapport de force particulièrement favorable pour le porteur de balle. Quand celui-ci déchire sans ralentissement préalable cette première ligne, il est confronté à un déséquilibre qui présente peu de défenseurs en mesure de freiner sa progression et, en même temps, tous ses partenaires ou une majorité sont en soutien proche ou plus lointain Ce type de jeu situationnel peut aussi, bien sûr, être réalisé en utilisant devant la défense le jeu au pied court, ce qui, en cas de récupération, crée le même avantage, à savoir un rapport de force particulièrement intéressant pour l’attaquant récupérateur et ses partenaires.

Ce jeu situationnel derrière la défense peut logiquement faire penser que le plus facile reste à faire. Si ce contexte favorable de jeu apparaît plus simplifié, il n’en est pas pour autant simpliste. J’ai pu noter, ne serait-ce que le dernier week-end, mais on peut le vérifier régulièrement dans le top 14 que bons nombres de situations à priori faciles à jouer devenaient, du fait d’un mauvais choix du porteur de balle ou du soutien, soudainement plus complexes et échouaient. On entend alors parler de "détails à régler".

Ce jeu derrière la défense mérite un travail d’entrainement tout aussi pointu que celui qui est fait dans le jeu "devant et dans la défense". Mais il me semble qu’il est trop souvent négligé dans les entraînements car on considère que cette "finition" va de soi. Dans les entraînements nécessairement en opposition, le jeu est arrêté après le franchissement :


soit parce que le porteur de balle ne juge pas utile d’aller plus loin car il a fait l’essentiel, le reste il sait le faire. On passe arbitrairement par le sol pour pouvoir relancer le jeu sur une énième phase, avec une défense replacée.

soit les défenseurs ne jouent pas le jeu et ne font pas l’effort nécessaire pour contrecarrer le jeu en cours. Ne sont pas ainsi crées les conditions de perfectionnement nécessaires pour arriver à une maîtrise toujours plus grande de ces situations plus complexes qu’elles n’en ont l’air.


L’analyse vidéo des erreurs en match sont insuffisantes même si intéressantes. Elle apporteront un bonus de compréhension sur ce qu’il aurait fallu faire mais ne remplaceront pas le vécu. .

Ce jeu derrière la défense est complexe, car engagé dans une nouvelle phase, le porteur de balle, va devoir appréhender et saisir à la fois cette action :

dans l’ensemble du contexte (la distribution dans l’espace de jeu des deux collectifs impliqués dans le mouvement général du jeu)


- dans l’urgence situationnelle qui l’amène à devoir détecter et traiter grâce à une bonne lecture "ce qui se présente en face de lui".

Il s’agit bien pour le porteur de balle de prendre en compte, à la vitesse du jeu, le positionnement de ce ou ces derniers défenseurs et en même temps de gérer leur réaction sans oublier de donner du sens au jeu de ses partenaires les plus proches qui sont censés d’assurer, en ajustant leur course, le soutien utile et pertinent. Le choix de son jeu successif, donc le "comment jouer" va devenir déterminant et va s’inscrire, à la fois, dans le rapport espace temps disponible avant d’affronter le ou les premiers défenseurs en barrage. Mais en même temps, son jeu sera guidé en interaction par la réponse des autres joueurs. Tout à la fois, les autres défenseurs, qui éventuellement pourront intervenir en repli dans la continuité du mouvement et ses partenaires en soutien. A l’instant, il existe une marge d’imprévu évaluable mais rapidement variable. L’évolution de cette marge d’incertitude renvoie directement à la dimension informationnelle, celle mise en jeu par tous les joueurs des deux collectifs, l’offensif et le défensif, mais prioritairement par les joueurs engagés dans l’action proche du porteur de balle.

Compte tenu du rapport de force favorable, c’est bien sûr les attaquants qui ont un avantage mais celui-ci ne reste qu’éphémère. Ils doivent tout mettre en œuvre pour préserver, voire amplifier l’avantage acquis qui n’a de chance de se révéler efficace que si la coopération (partenaires les plus proches) surgissent "à hauteur" en soutien latéral mais aussi en soutien profond.

Les bons joueurs ont dans ce contexte le "regard scanner", celui qui explore tout en même temps la zone centrale et périphérique pour y détecter les indices utiles qui vont guider leur jeu successif, ces mêmes indices qui d’ailleurs vont ou devraient guider le jeu des soutiens.

Il s’agit bien d’être, face à la variabilité rapide du rapport de force, d’être réactivement opérationnel tant offensivement que défensivement pour apporter les réponses adéquates.

Beaucoup de situations, y compris au plus haut niveau, ne se concrétisent pas par manque de justesse dans le jeu des uns et des autres. On est bien obligé de mettre en cause la capacité collective des joueurs attaquants à saisir l’action de jeu et donc de lire dans l’espace de terrain concernée les décisions réciproques. L’activité adaptative pour les uns et les autres, quand le premier rideau est clairement déchiré, est alors totalement sollicitée et elle est prépondérante .

Aucune situation, du fait de leur variabilité, ne sont exactement identiques, même si on peut les caractériser en simple (du 1 contre 0 voire du 2 contre 1) ou, en plus ou moins complexes en fonction du nombre de défenseurs à même d’intervenir sur le porteur de balle dans l’espace de jeu.

Les All Blacks, par la capacité des soutiens latéraux à surgir prés du porteur de balle et à assurer en même temps un soutien axial (ressource utilisable si le jeu latéral n’est plus la bonne option), sont certainement le collectif qui "rate" moins que les autres ces opportunités de scorer. En s’engouffrant dans le même espace de pénétration sans retard et en collant au ballon, le soutien sait se rendre immédiatement utile au porteur de balle. Cette anticipation favorise les choix de jeu du ou des différents porteurs de balle, quelque soit le degré d’incertitude créée par la réaction défensive.

La continuité du jeu et son efficacité ne doivent pas s’arrêter au travail "devant et dans la défense". Ce jeu de finition doit capitaliser la qualité du jeu précédent. Seul un travail équipe contre équipe est à même de recréer et de se confronter aux exigences qui fluctue dans la complexité, exigences qui sont celles que l’on rencontre dans la compétition.

Des contenus de travail avec des effectifs d’opposition partiels, plus simples, sont très intéressants mais ne recréent qu’insuffisamment les caractéristiques fluctuantes des rapport de force rencontrées dans le jeu total.

Le Toulon d’aujourd’hui, d’abord, par la volonté de produire du jeu, se donne dans la compétition, du fait du volume de mouvement produit et de la répétition des expériences rencontrées, les moyens de résoudre toujours mieux les problèmes liés aux fluctuations du jeu dans toutes ses phases et forcément aussi dans le jeu derrière la défense.
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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Jeu 3 Jan 2013 - 0:17

La Chronique de Pierre Villepreux


27/12/2012 - 16:28 - Rugbyrama


Le jeu pénétrant groupé a un véritable avenir"


Où est passé le jeu groupé pénétrant ? Existe-t-il encore ? N’a-t-il pas été transformé et conçu autrement dans le jeu actuel ? A-t-il pris une autre forme ? Est-il encore d’actualité?

Acceptons de définir le jeu groupé pénétrant en lui donnant du sens par rapport au lien de réciprocité qui l’unit avec le jeu déployé. L’un se doit d’être conjugué avec l’autre.

Le jeu groupé pénétrant est à comprendre comme une forme collective de jeu à la main privilégiant l’axe profond du terrain. Pour être efficace, ce jeu de passes courtes doit prendre une orientation à dominante rectiligne vers l’en-but adverse. L’objectif, grâce à l’avancée et à la réelle pénétration provoquée au cœur de la défense adverse, tend à attirer suffisamment de défenseurs vers le ou les différents porteurs de balle, créant ainsi les conditions d’utilisation du jeu déployé (forme de jeu qui privilégie le jeu de passes sur l’axe latéral du terrain). Le jeu déployé ne génère pas d’avancée immédiate mais tend à étirer sur la largeur les défenseurs, créant ainsi les conditions du jeu pénétrant sous la forme décrite précédemment.

La relation entre ces deux formes sont en relation évidente sous certaines conditions. Dans le jeu actuel, la vitesse avec laquelle les défenseurs sont capables de renforcer sur toute la largeur le premier rideau défensif impose le plus souvent la forme pénétrante. Elle ne sera opérationnelle que si la pénétration génère un gain de terrain rapide déstabilisateur pour la défense et en même temps une capacité collective à assurer par le jeu de passe la continuité pour attirer et rassembler suffisamment de défenseurs sur l’axe de pénétration donc, vers le ou les porteurs de balle successifs. Alors le jeu déployé prendra toute sa pertinence dans l’espace de jeu de moindre densité défensive. Quand cet effet d’attirance vers l’axe de pénétration ne se produit pas, il s’agira de battre la défense en persévérant dans l’avancée dans la même forme pénétrante grâce à la dynamique de passes. Le jeu des soutiens proches sera déterminant. C’est bien l’effet produit sur la défense qui va induire s'il faut poursuivre le jeu pénétrant ou si cet effet autorise la transformation en jeu déployé. Bien sur, ainsi conçu, l’ alternance jeu groupé pénétrant - jeu déployé peut se réaliser soit directement (sans avoir eu à subir pour les joueurs engagés dans le jeu groupé pénétrant de placage), c’est l’idéal, soit indirectement suite à un placage, à condition d’avoir, par une libération rapide du ballon, préservé les mêmes effets de concentration de défenseurs.

On ne voit que très rarement dans le jeu actuel le jeu groupé pénétrant. Il est remplacé par des tentatives de pénétrations individuelles qui finissent le plus souvent au sol mais peu de défenseurs sont concernés. Le porteur de balle à tendance à rechercher l’avancée sans utiliser la passe. On affronte le rideau défensif sans créer d’incertitude sur le système défensif Il faut généralement en remettre plusieurs couches pour essayer de «fixer» des opposants qui s’organisent autour du placage et sur la largeur. On repart à l’assaut face à une défense en ordre. Les points de fixation ne fixent personne. Les mauls ballon porté ont les mêmes objectifs. Ils «rassemblent» un peu plus les défenseurs mais ils manquent souvent de dynamisme et ne s’avèrent efficaces en terme de regroupement défensif que près de la ligne d'en-but adverse.

Le jeu au pied reste une alternance intéressante pour créer de bonnes conditions, mais il faut faire face à une plus grande incertitude quant à la récupération du ballon.

Face aux limites des pénétrations individuelles, il faudra de plus en plus trouver un jeu pénétrant qui implique dans une dynamique de passes plusieurs joueurs. D’autres automatismes et une autre distribution plus réactive dans l’espace de jeu du porteur de balle deviendront nécessaires. Les formes de travail à l’entraînement devront impliquer les joueurs sur la question du comment pénétrer ensemble dans des situations de forte concentration défensive et non plus individuellement (sans pour autant le rejeter). Ce travail va poser d’autres problèmes, tactiques, techniques, athlétiques mais aussi forcement de positionnement et de distribution.

A ce jour, le placement ou replacement d’un joueur axial placé dans le dos du porteur balle se généralise. La course de fixation du porteur de balle vise à ouvrir la porte pour le joueur pénétrant qui se retrouve, après le franchissement, souvent isolé par manque de soutien. Ce jeu est une amorce intéressante mais il s’agira de rendre cette action plus collective en formant des joueurs capables de «travailler» les défenseurs y compris dans des zones de forte concentration en défenseurs, avant, pendant et forcement après le contact.

L’exploitation positive de ce jeu pénétrant ne peut se révéler efficace, pour ceux qui y sont interactivement impliqués, que si l'on ne construit pas les situations artificiellement, de manière stéréotypée. Au contraire, dans l’action de jeu et le désordre qu’il génère, l’investissement des joueurs doit se réaliser de manière adaptative. Dans ce cadre, ceux qui sont de suite concernés par la mise en œuvre du jeu pénétrant ne peuvent être que ceux qui sont proches du porteur de balle, ce qui constitue déjà l’acquisition d’une véritable connaissance tactique qu’il s’agira de développer dans le cadre de références communes. Les situations de «souplesse et facilitations adaptatives» mises en places dans les contenus de travail seront à la mesure des exigences de prises de risques qui surgissent justement dans la variabilité de toutes les situations de jeu.

Le jeu pénétrant est à repenser dans un cadre plus collectif qui permettra de jouer dans une dynamique de passes qui est à construire ou à reconstruire. Le jeu pénétrant groupé (mais peu être faut-il lui donner un autre nom)a, plus que jamais, du fait de la maîtrise défensive qui s’installe sur la largeur, un véritable avenir.
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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Sam 12 Jan 2013 - 20:59

03/01/2013 - 19:11 - Rugbyrama

La Chronique de Pierre Villepreux



Le Boxing Day à la française est-il recevable ?


Le Boxing Day à la française est il recevable ? En France, l’Anglais est très souvent décrié mais cela ne nous empêche pas d’utiliser ses traditions et de s’en servir en justifiant le choix de jouer pendant la période des fêtes, profitant ainsi de l’engouement populaire généré. Pêle mêle on peut accepter cette "non trêve rugbystique", pour de nombreuses raisons : rentabilité pour les clubs, ciblage d’un autre public, système professionnel qui ne peut offrir de vacances à ses champions, calendrier surchargé, vente optimales dans les boutiques et bien sûr… audimat télévisuel.

Autant de raisons qui peuvent justifier l’utilisation de ces fêtes de fin d’année pour caler des matchs du Top 14 dans une période habituellement réservée et perçue comme un temps de relâche permettant le resserrement familial (Noël) et celui de retrouvailles festives entre amis (nuit de la Saint Sylvestre).

En revanche, le Boxing Day anglais s’inscrit dans une vieille et longue tradition, installée maintenant dans la culture british et tout ce qui va avec : habitudes, valeurs construites dans un cadre de référence social. Autant de facteurs qui dans ce pays, en ont fait un événement identitaire qui, de façon logique, a progressivement touché le sport, permettant ainsi d’en faire une date importante dans le calendriers sportif. Tout un environnement a été mobilisé et disponible pour vivre de manière communautaire un événement sportif dont la pertinence ne saurait être remise en cause. A contrario, en France, les matchs du Top 14 programmés ont suscités pas mal d’interrogations.

Coté français, une acculturation est- elle envisageable ? Est-il possible que la culture dominante, en l’occurrence la forme anglaise, s’impose sans qu’un vrai travail de réinterprétation soit fait pour transposer le Boxing Day anglais en créant des événements festifs et rugbystiques perçus comme appropriés pour tous les acteurs, sur le terrain, en coulisses et dans les tribunes.

A mon avis, les fortes affluences enregistrées dans les stades lors du dernier match de l’année sont liées uniquement à intérêt sportif que suscite le Top 14 , mais bien sûr aussi, à la période d’inactivité et de détente accordée pour les fêtes à un public plus disponible. Profiter de cet engouement pour donner à ces fêtes une visibilité rugbystique différente me parait essentielle. Apporter au "French Boxing Day" un relookage, une connotation "franchouillarde" ne serait pas pour me déplaire. Il s’agirait de créer cette habitude et à terme une véritable culture de cet événement. Ce n’est pas simple, mais aucune culture, surtout sportive, n’est figée. Utiliser la génialité du Boxing Day anglais et procéder par différentiation me parait intéressant.

Cette dynamique reste à créer aussi pour que les joueurs vivent ces événements autrement que dans le cadre d’un match de championnat qu’ impose le calendrier mais qu’ils en deviennent les acteurs motivés parce qu’ils auront donné un autre sens à ces fêtes de fin d’année.
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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Sam 12 Jan 2013 - 21:02

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10/01/2013 - 14:17 - Rugbyrama


"L’art du cadrage-débordement"


Ce dernier week-end rugbystique nous a gratifié de deux essais qui sont la conséquence de prises d’initiatives individuelles particulièrement intéressantes. Il s’agit des deux cadrages débordements osés et réussis lors des matchs Clermont-Montpellier et Toulon-Racing respectivement par Wesley Fofana et Fabrice Estebanez. Savoir utiliser avec pertinence cette arme tactique n’est pas si habituel dans le rugby actuel qui tend davantage à assurer l’avancer par l’affrontement direct en gagnant, au jeu des impacts, l’opportunité de conserver le ballon au moindre risque.

Le cadrage débordement est une habilité tactique et technique qui était, il n’y a pas si longtemps très utilisée. Les frères Boniface et beaucoup d’autres, même certains avants, ne manquaient pas de s’en servir. Il est vrai que le "bien jouer" s’inscrivait alors beaucoup plus dans l’évitement que dans le "rentre dedans". La distribution défensive a aujourd’hui bien évolué et ne permet que plus rarement d’utiliser habilement et avec à propos cet argument de déstabilisation d’une défense. En effet, il s’agit bien de gérer une situation de un contre un mais l’organisation du soutien défensif à l’intérieur du défenseur directement impliqué dans le un contre un lui permet en général de conserver une marge de sécurité pour ne pas se laisser "cadrer" et intervenir sur l’extérieur, annihilant ainsi le jeu de débordement de l’attaquant.

Pour gagner ce dialogue "attaquant défenseur", le cadrage optimal du porteur de balle par une course rentrante sur le défenseur est incontournable. Elle crée les conditions de la réussite. C’est le porteur de balle qui, dans ce cas, se doit d’imposer son jeu à l’adversaire, d’abord en lui donnant justement par l’orientation de sa course une fausse information sur son intention de jeu. Le cadrage est d’autant plus efficace qu’il se fera près de l’adversaire. Fragilisé par le cadrage, le synchronisme course de cadrage/appuis/course de débordement permettra difficilement au défenseur de rattraper le retard concédé. Cependant la réussite n’appartient pas au seul porteur de balle. La rupture du premier rideau n’est pas suffisante, il convient dans la continuité d’avoir le soutien utile pour que le jeu continue de s’enchaîner avec vitesse et efficacité par le jeu de passe.

La richesse créative de cette initiative nécessite une connaissance à la fois du jeu à faire dans l’instant mais aussi de posséder des compétences individuelles. La lecture du jeu est essentielle et l’analyse du rapport de force momentanée permet de déduire si ce choix est possible ou non. La justesse et la rapidité de cette lecture, si l’on espère avoir une réponse adaptée et efficiente, devient alors déterminante.

Pour un joueur, l’enrichissement de son jeu passe par la "saisie de l’action à faire" dans, à la fois, le système total et dans la situation plus singulière spatialement plus réduite qui logiquement va à un moment devenir décisive. L’idéal c’est bien sur que l’intention tactique du porteur de balle soit tout en même temps comprise par les soutiens les plus proches qui pourront ainsi anticiper le jeu successif et se placer ou se replacer en conséquence, ce qui a été parfaitement réalisé par les partenaires des deux créateurs.

Tenter et oser un cadrage débordement en bout de ligne contre un ultime opposant dans un contexte épuré de défenseurs est une chose, le faire dans une zone plus centrale de forte concentration défensive est plus délicat. La marge d’incertitude est beaucoup plus grande. La prise de risque n’en sera plus une si le joueur a l’habitude dans les entraînements d’être confronté à des situations d’opposition collective où il s’agira de gérer tout en même temps les turbulences et l’imprévisibilité qui surgit dans le jeu total, et celles tout aussi mouvantes dans les espaces autour du porteur de balle.

Le perfectionnement du joueur de haut niveau n’est jamais terminé faut il encore qu’il s’y exerce à la fois dans la compétition et dans les entraînements. Il s’agira d’apprendre à prendre les bonnes informations et de faire ce tri sélectif par lequel passe l’enrichissement du jeu personnel et indirectement celui du collectif. L’acte de cadrage débordement considéré n’est qu’un exemple mais on pourrait ainsi disserter sur tous les domaines du jeu qui font appel à l’imprévisibilité et ils sont difficilement comptabilisables.
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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Mer 23 Jan 2013 - 9:38

La Chronique de Pierre Villepreux


15/01/2013 - 17:54 - Rugbyrama


"Le Racing a du mal à garder une cohérence stratégique et tactique"




Globalement, bon parcours des clubs français en H Cup. Clermont, Toulon qualifiés, Toulouse et Montpellier en attente. Pour les autres, pas ou peu d’espoirs d’accéder au graal.

Parlons d’abord de ceux qui auraient pu et n’ont pas su.

On ne peut que regretter l’auto-crucifixion du Racing contre les Saracens. Les Anglais en seconde mi-temps ont su troubler pour ne pas dire embrouiller le rugby parfaitement déroulé par les Ciel et Blanc durant la première période (3 essais). En cause, essentiellement à priori l’indiscipline. Est-ce suffisant pour autant pour que soudainement, le jeu se délite et qu’il perde de sa généreuse dynamique ? Qu’est-ce qui fait que la bonne alchimie d’une période se transforme et que "le dominant devienne le dominé" ? Chercher les raisons dans la seule indiscipline n’est pas recevable. Le Racing, cela s’était aussi vérifié sous l’ère de Pierre Berbizier, a du mal à garder une cohérence stratégique et tactique tout au long d’une saison, il y arrive ponctuellement comme ce fut le cas en Top 14 contre Toulon mais dans la foulée, peut complètement se "rater" tout ou partie d’un match. C’est la contrepartie d’un jeu encore incomplètement en place, pas encore identitaire et forcément pas identifié. Celui d’un collectif trop à la recherche du jeu défensif sur lequel il a eu du mal à se concentrer intelligemment. Il ne fallait, bien sûr, rien céder dans ce domaine. Logique vu le score acquis en première mi temps (25-18), mais il s’agissait que ce choix ne soit pas pour autant un frein pour oser entreprendre comme en première mi-temps. Le défi défensif ne peut pas être dissocier du défi offensif et ce d’autant plus dans ce match que l’objectif tout aussi logique était d’aller chercher le bonus offensif, le sésame pour une éventuelle et future qualification.

Dans le même registre, Castres a perdu un match gagnable même s’il n’est pas aisé de s’imposer à Northampton. Le collectif castrais avait un potentiel. Il l’a montré en début des deux mi-temps. Mais à l’image de Dulin, frileux dans la contre-attaque, ce qui ne correspond pas à son style, les Tarnais rendirent mal au pied des ballons à leurs adversaires qui eux, plus ambitieux, n’ont pas été frileux pour les provoquer chaque fois qu’ils en eurent l’occasion. Le jeu collectif castrais dans ce match a globalement failli.

Notons à cette occasion que la recherche de la fameuse occupation du terrain (jeu au pied long visant le gain de terrain) est souvent stratégiquement parlant "un faux ami". Elle est un frein à la prise d’initiative tant individuelle que collective et souvent, ce jeu n’atteint pas son objectif, à savoir un gain de terrain substantiel et/ou la récupération du ballon. Le ballon botté loin est récupéré par l’adversaire souvent sans difficulté (les touches vite jouées y contribuent efficacement). Il s’en suit, soit une contre-attaque favorable, soit le renvoi du ballon à la case départ. En terme d’efficacité de ce jeu, il convient d’analyser, non pas l’action initiale, mais bien les effets qui en résultent. A savoir vérifier où se finit l’action dans l’échange ou les échanges successifs en jugeant en gain de terrain où et comment se termine le dernier arrêt de jeu. Il n’est pas question de dire qu'il s’agit de tout jouer à la main mais la recherche trop systématisée du jeu dans le camp adverse ne se traduit pas, loin s’en faut, par un avantage évident pour ceux qui l’utilisent trop systématiquement.

Justement, si on parle de ceux qui ont déroulé un parcours exemplaire à la fois dans la H Cup et en Top 14, Toulon et Clermont, il n’est pas inintéressant de voir que ces deux clubs sont ceux qui entreprennent le plus et imposent leur capacité à produire du jeu, et de fait, ne font pas ou moins du jeu au pied d’occupation un facteur stratégique. S’il s’agit bien aujourd’hui de créer d’autres modèles de joueurs qui ont du jeu actuel une autre représentation, ces deux collectifs ont à ce jour un peu d’avance sur leur rivaux.

Dans ce cadre, on peut certainement y connecter Toulouse. Certes, les Rouge et Noir sont actuellement cruellement en manque de jeu en terme de quantité et qualité. Ils vont devoir retrouver les repères utiles qui étaient, il y encore peu de temps, les leurs. Je parle de la juste mise en œuvre de l’activité adaptative qui est nécessaire pour gérer et performer dans la complexité des mouvements collectifs. Ils auront bien sûr besoin de retrouver toutes leurs ressources mentales, techniques et physiques pour affronter Leicester, un dernier obstacle difficile pour accéder à la qualification. Mais pour cette équipe, le potentiel existe, le jeu n’est pas à créer, il a déjà existé. Il convient donc plus simplement de le recréer.
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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Mar 26 Fév 2013 - 15:07

La Chronique de Pierre Villepreux


"Il fallait se méfier de l'euphorie des tests de novembre"


L’image porteuse de la mise en oeuvre d’un rugby réussi par les Tricolores contre l’Australie et l’Argentine, lors de la tournée d’automne, avait fait l’unanimité tant médiatique, que publique. En outre, pas un technicien averti n’avait discuté les vertus d’un jeu plutôt léché en terme d’intentions et de mouvement. Ce taux de reconnaissance n’a jamais été entamé par la victoire plus étriquée, en tout cas bien moins probante, contre les Samoans. Elle aurait pu servir d’alerte mais s’est inscrit dans la continuité de l’objectif final à savoir gagner les 3 matchs pour obtenir un classement IRB favorable lors du tirages des poules Coupe du Monde 2015.

J’avais alors écrit qu’il fallait se méfier de l’euphorie ambiante. Le bon jeu a besoin de temps pour s’installer de manière durable et cela ne peut se faire que si on maintient le cap des exigences qualitatives à atteindre. L’Italie était une bonne occasion. La défaite romaine entraîna dans les medias beaucoup plus d’analyses qui touchaient des raisons externes au jeu que la production elle même.

On sait que la tendance médiatique, elle est logique, c’est de présenter ce beau rugby gagnant, comme un modèle qui, puisque l’on vient d’y accéder, ne peut que se pérenniser. Dans la continuité, il se développera voire s’imposera encore plus. La gloire des gagnants est assurée momentanément d’autant que les émotions engendrées par ces victoires apportent considérations respect et assurances aux acteurs (ceux qui sont sur le terrain et ceux qui les gèrent).

Les traces mentales laissées par les belles victoires sont tout autant dangereuses que celles qui surgissent dans la défaite. Perdre pousse à abandonner le jeu précèdent, du moins et à le recaler différemment en plaçant le collectif à la recherche d’une résurrection sur des dimensions de jeu plus restrictives forcement plus rassurantes. L’impact du succès acquis et la manière rendent alors encore plus déplaisante la visibilité de l’échec d’autant que sont exacerbés et montrés du doigt non plus facteurs de réussite et le comment de leur maitrise mais bien ce qui à été raté et avec, comme conséquences momentanées, les manques constatés qu’il s’agira bien sûr, pour le match successif, de corriger en urgence, mais à quel prix ?

En ce sens les deux matchs contre l’Italie et le pays de Galles méritaient d’être présentés comme des défis largement surmontables et bien moins comme des obstacles plein d’embuches. Faire de ces deux étapes un vrai tremplin pour retrouver, en se servant du passage à vide samoan, l’ambition d’un jeu réalisable puisqu’il a existé avec bonheur le temps de deux match réussis, ceci pour donner aux causes un autre sens et ainsi modifier dans le psychique de chacun, les conséquences.

Le rugby restrictif à souhait des Français contre le pays de Galles s’est inscrit dans une logique de révolte passant par le seul affrontement au près des conquêtes et des rucks et en alternance au pied. Il a des limites évidentes. Ce rugby dilue la prise de risque, celle qui, quand elle amène la réussite , devient une preuve de compétences (voir tournée d’octobre) et celle qui, à contrario absente du débat lors du dernier match, est alors considéré comme de l’incompétence.

Il suffit de regarder le nombre des ballons touchés par Michalak en octobre contre les Argentins ou les Wallabies et ceux qu’il a eu à négocier contre Galles pour toucher in fine, la pauvreté de l’animation.

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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Mar 26 Fév 2013 - 15:10

La Chronique de Pierre Villepreux


21/02/2013 - 15:42


Wayne Smith: “Le flair français est devenu un conte de fées”



Intéressante réflexion concernant le jeu actuel des Français qui m'a été envoyée par l’ex-entraîneur des All Blacks, Wayne Smith. Il attendait visiblement autre chose d’un match opposant à priori deux équipes qui, par le passé faisaient référence en termes d’ambition de jeu.

Selon Wayne, "Ce France-Galles, côté français, a été complètement cadenassé à la fois par les options de jeu restrictives et par les choix faits à certains postes. Particulièrement au niveau des lignes arrières les joueurs clés ne présentent pas les garanties utiles pour développer, du fait de leur poste, un rugby créatif qui puisse enfin permettre d’ouvrir les portes du jeu sur "le monde extérieur". (Il faut entendre par là de rendre opérationnels et efficaces les options offertes par le choix d’un jeu au large ). Pour qu’il en soit ainsi il faut des joueurs qui comprennent le jeu et possèdent les habiletés techniques qui vont avec. En Nouvelle Zélande on considère que ce type de joueur est incontournable pour que se développe un jeu ambitieux et riche, ce qui ne peut être opérationnel que si on exploite à bon escient le jeu sous toutes ses formes.

La France ne recherche plus ce style de rugby, donc ne le joue plus. Dans ce match, les joueurs français du milieu de terrain (ouverture et centres) qui sont des postes de créativité ont été privés de ballon. Pas étonnant que le "french flair" se dilue. Des joueurs comme Codorniou, Sella, Blanco , et d’autres seraient, dans ce rugby, restés des joueurs ordinaires. La créativité semble un domaine d’entrainement délaissé par cette équipe. Le flair français est devenu un conte de fées.

Ce flair français exige de l'optimisme mais à l'heure actuelle, je n’en vois pas dans le jeu produit. Certains joueurs ont en eux ce pouvoir et ces capacités mais le jeu restrictif produit les en éloigne chaque fois davantage. Contre l'Angleterre et contre n’importe quelle équipe, sur un match la France peut bien sûr gagner mais cela deviendra de plus en plus difficile à reproduire dans la continuité.

Aujourd’hui je perçois différemment Marc Lièvremont, l'entraîneur français à la dernière Coupe du monde. Il a réussi de temps en temps à faire produire un certain rugby. Il n’était pas un homme dépassé car il n’y a pas d’époque dans la mise en oeuvre d’un rugby total. Le flair français a-t-il disparu pour de bon du jeu français ? "

Je connais depuis longtemps Wayne Smith et sa philosophie du rugby. Ce message est certes un peu sévère. Cependant, quand on connaît le respect des techniciens néo-zélandais pour le "jeu à la française", il est logique qu’il soit nostalgique d’un rugby pourtant plus que jamais d’actualité. Je parle de celui qui continuera à les enthousiasmer quand les initiatives surgissent de nulle part de manière si inattendue si surprenante, en pleine incertitude, mais en même temps réalisé dans la pleine maîtrise d’un mouvement collectif qui n’était ni prévu ni attendu.

Les victoires françaises contre les Blacks, et elles ne sont pas si nombreuses, sont là pour montrer qu’elles sont la conséquence de mouvements d’exception où le jeu créatif de l’un, est devenu, en synergie et avec une justesse enviable, le jeu de tous.

Ceci pour dire que la valeur rugbystique d’une nation se situe entre les convictions durables qui sont liées à l’histoire de son jeu et les réévaluations incessantes que réclame le changement ? Celui-ci ne se fait pas au détriment de ce qui a existé positivement et qu’il s’agit bien sur, aussi en termes de formation, de savoir préserver. C’est certainement en ce sens qu’il faut appréhender la pensée de ce brillant technicien.

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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Mer 13 Mar 2013 - 9:58

La Chronique de Pierre Villepreux


07/03/2013 - 11:58


"Clermont-Ferrand déroule son rugby"


Excepté le derby basque, les matchs de cette dernière journée du Top 14 nous ont globalement gratifié d’un jeu de qualité. D’abord, Toulon-Toulouse, un match qui a tenu toutes ces promesses et n’a pas accouché d’un rugby frileux. Quelquefois, quand les meilleures se rencontrent, on attend beaucoup et on repart déçu. Depuis quelques temps, les performances et résultats précédents de ces deux équipes n’étant pas forcement source de sérénité, on pouvait s’attendre à un jeu plutôt coincé, sans ambition. Il faut accepter que les équipes les plus en vue connaissent des périodes de hauts et de bas. Gagner génère de l’optimisme et a contrario les défaites répétées du pessimisme. Mais en sport, on sait que la progression se gère dans l’acceptation de ces deux contraintes. On ne devient pas soudainement bon et pas davantage mauvais. Savoir réagir collectivement symbolise un état mental qu’il s’agit de développer.

D’abord dans l’entraînement. Celui-ci sert à retrouver le jeu recherché qui à un moment vous échappe. Logique puisque on y développe "l’art du possible" le jeu qui va rassurer, dans les limites bien sûr qu’impose le potentiel de son groupe. Celui de ces deux clubs n’étant pas négligeable. Produire collectivement sans défaillance individuelle le rugby ambitionné, implique d’évacuer la crainte du résultat et de se concentrer sur son jeu et moins sur celui de l’autre. La production de début de match est capitale pour que "l’art de l’impossible" s’impose mentalement et s’exprime. Ce qui demande de provoquer le jeu sans à priori.

Il faut rendre à Toulon ce qui lui appartient. Ce collectif a su dès le coup d’envoi rechercher cette confiance grâce à un jeu collectif tout terrain qui aurait pu marquer davantage. Cette entame féroce est palpable pour ceux qui la réalisent l’est aussi pour ceux qui la subissent. Toulouse su par la suite réagir, d’abord défensivement en s’attachant à ne plus subir le jeu adverse en faisant mieux face sur les impacts et en contrariant l’avancée des pénétrations toulonnaises. Empêcher cette première avancée n’est pas simple mais quand c’est le cas le jeu collectif des joueurs de la Rade se crispe et s’étrangle. Mais, Toulon peut compter sur le jeu au pied de Wilkinson pour faire en sorte que le doute ne surgisse pas. Le jeu du 10 toulonnais répond à une cohérence qui ne trouble pas le jeu collectif. Il répond très simplement à une impuissance passagère liée à la performance du jeu adverse. En effet, le Stade ne manqua pas de réagir aussi offensivement. Il reste certes une défaite, mais sur laquelle le staff pourra s’appuyer pour retrouver les automatismes collectifs.

Clermont-Ferrand déroule son rugby. Leur jeu devient presque immoral car il donne par contrecoup l’impression à leurs adversaires de jouer un rugby rudimentaire. La défense adverse est forcément mise en cause mais cette analyse est restrictive car le collectif de Vern Cotter sait aujourd’hui répondre et s’adapter aux imprévus et aléas rencontrés dans les mouvements créés. La gestion de cette complexité dans l’alternance des formes de jeu ne pourrait se satisfaire d’une conception rigide. Ceci les amènerait à développer une production mécanisée et réductrice qui serait insuffisante pour résoudre les problèmes tactiques rencontrés.

A ce jour, le collectif clermontois, mieux que tous ses adversaires, finalise la boucle " jouer pour jouer" grâce à une meilleure mobilité d’ensemble. Avec ce style et ce choix, la liberté d’initiative individuelle en plein jeu devient déterminante, mais il convient de lui allier sa capacité actuelle à choisir juste dans la multiplicité des situations rencontrées. Il suffit de regarder la cohérence du jeu de soutien, le comment chacun se rend utile autour du porteur de balle pour lui donner des options, pour mieux comprendre le pourquoi de la belle réussite du jeu clermontois.

Un mot sur la ProD2 maintenant...

Colomiers-Pau. Outre les superbes mouvements collectifs déployés dans ce match par cette équipe columérine, je retiens une option de jeu rare dans notre rugby, en tout cas suffisamment singulière pour être décrite. Il s’agit d’un joueur columérin traversant le premier rideau palois par une percée rectiligne. Il manquait du soutien pour épauler et continuer son action. Là où beaucoup auraient choisi d’aller affronter directement les derniers défenseurs arrivés en barrage, il a su donner un sens différent à l’avancée immédiate. Il ralentit sa course, choisit en sacrifiant l’avancée et le défi frontal de repartir vers son camp à la recherche justement du premier partenaire soutien. Celui-ci, en pivot, déplaça immédiatement et judicieusement le jeu sur la largeur, dans une zone de faible densité défensive, là où il devenait facile de jouer. Le temps de latence que le porteur de balle sut s’imposer permit aux partenaires bien redistribués sur la largeur d’assurer le jeu de passes successif qui permit de préserver, avec l’avancée collective en ligne, la continuité efficace du jeu.

Une décision individuelle inhabituelle, intelligente, en rupture avec les comportements en jeu que l’on voit habituellement dans ce type de situation. Connaissant bien Olivier Baragnon, l’entraîneur de Colomiers, je sais que cet acte éminemment tactique ne relève pas du hasard, que cette disponibilité pour accéder à cette logique des choix tactiques se travaille, s’apprend et sa maîtrise peut se perfectionner indéfiniment.
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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Lun 25 Mar 2013 - 15:43

La Chronique de Pierre Villepreux



20/03/2013 - 12:08


“Les Gallois n’ont jamais remis leur jeu en cause”


Les petites performances du XV de France auront rendu l'hiver encore plus long et tristounet. Ce manque de performance du rugby français a rendu le Tournoi un peu insipide. De fait, on s’est, au fil des matchs, un peu moins intéressé à ce qui se passait ailleurs puisque très rapidement nous n’avons plus été en position d'accéder au podium.

L’ Angleterre, qui enfilait les victoires, a fait rapidement figure de favori. Cette équipe gagnait sans pour autant complètement convaincre. Le peu d’essais marqués, malgré un volume de jeu substantiel, illustrant de facto un manque d’efficacité collective.

Personne n’attendait les Gallois. Englués derrière 7 défaites consécutives, ils perdaient même à Cardiff contre les Irlandais leur premier match malgré une deuxième mi-temps porteuse d’espoirs où ils réussirent à développer le jeu pétillant qui leur avait permis d’accéder au grand chelem 2012. Sans briller contre la France, la victoire leur apporta le droit d’y croire et de retrouver progressivement mais sûrement leur rugby. Un jeu d’ailleurs qui, quels que soient les résultats, n’a jamais été remis en cause. Ce qu’ils surent faire face aux deux nations, à priori les plus accessibles, l’Italie et l’Ecosse. Ils gagnaient le droit, avec une confiance retrouvée, pour le dernier match d’aller défier, l’Angleterre, non seulement pour les battre, mais aussi sans crainte d’enflammer le Millenium en y mettant la manière. Pour les anciens des années 70 (ceux qui ont fait par le jeu, les résultats, la gloire du rugby gallois), ce dernier ingrédient est indispensable pour accéder à la reconnaissance. Les Anglais n’ayant pas été avares en matière d’intentions, nous avons eu droit à un grand spectacle rugbystique qui a logiquement couronné les plus créatifs. Le rugby ne s’en plaindra pas. Le spectacle n’est pas négligeable. Il s’adresse au public. Il répond à une invitation qui fait espérer des exploits tant individuels que collectifs et ceux-ci sont moins palpables quand l’état d’esprit qui préside à la production est plutôt orientée sur la boucle "le résultat avant le jeu". Ce rugby ensoleillé a donc été le moment fort de ce Tournoi et le faire quand l’enjeu est bien présent préfigure le rugby que proposera le rugby de demain.

L’Italie devient de plus en plus compétitive et tout en même temps plus séduisante. C’est une sensation certainement jouissive pour les Azzuris que de découvrir, avec le plaisir de bons résultats, que ceux-ci sont bien corollaires d’un jeu total qu’ils sont maintenant capables d’appréhender sans crainte. Pour avoir, depuis leur intégration dans le Tournoi, surtout défendu, il est intéressant de noter que les arcanes du jeu d’attaque leur deviennent beaucoup plus familières. La spontanéité avec laquelle ils ont su multiplier les mouvements collectifs et alterner avec plus de pertinence les formes de jeu, révèle une évolution capitale qu’il s’agit de louer. Rien n’est encore complètement gagné mais ces deux matchs bien réussis contre la France et l’Irlande, et pas n’importe comment , vont créer en Italie une dynamique qui ne manquera pas de donner de la visibilité au rugby transalpin et permettra le développement des clubs.

L’Ecosse, en gagnant enfin deux matchs, a retrouvé un peu d’orgueil. Le peu de pratiquants dans ce pays est un frein déterminant pour maintenir un niveau de performance suffisant pour devenir réellement concurrentiel en Europe et a fortiori dans le monde.

L’Irlande est en difficulté. Elle va devoir reconstruire une équipe. Mais elle peut s’appuyer, contrairement aux Écossais sur des équipes de provinces toutes compétitives au niveau européen.

Ce bref bilan d’un Tournoi, qui n’a pas été un grand cru, ne peut toutefois pas conduire à établir une hiérarchie. Les deux prochains seront bien sûr plus déterminants pour situer les valeurs et profiler les espérances de chacun pour la Coupe du monde 2015.


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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Lun 29 Avr 2013 - 17:29

La Chronique de Pierre Villepreux


24/04/2013 - 09:16 - Rugbyrama



"Clermont, une locomotive en matière de jeu moderne."


Les derniers matchs du Top 14 nous semblent globalement de bien meilleure qualité que ceux entrevus, sauf exception, depuis le début de saison.

Certes, le style n’en est pas pour autant complètement métamorphosé, mais l’état d’esprit qui y préside permet de développer beaucoup plus des séquences qui placent le mouvement au cœur de la performance collective. Le jeu à la main devient prioritaire. Le jeu de passes y tient une place beaucoup plus importante, ce qui du même coup relativise l’importance abusive qui était donnée au jeu au pied. La tendance à utiliser l’affrontement direct sans la volonté de faire jouer le ou les partenaires tend progressivement à s’estomper. Le fond et la forme du jeu en sont modifiés et consécutivement, cela entraîne une relative minimisation des "temps de jeu" ceux qui se multiplient de manière très organisée autour des rucks.

Dans ce rugby plus dynamique, forcément plus désordonné, on jongle davantage avec l’incertitude et il est demandé aux joueurs de faire preuve de plus de flexibilité tactique en s’adaptant mieux et plus vite aux aléas rencontrés dans les séquences de jeu. Plus de mouvement, plus de prises d’initiatives à même de réguler, voire de réorienter le déroulement de la phase de jeu.

Un rugby, de fait plus spectaculaire et plus enthousiasmant qui, pour certaines équipes, tend à se rapprocher de celui du Super 15. Ce jeu, s’il se confirme et se généralise, demandera des compétences accrues aux joueurs surtout en terme de lecture du jeu, celles qui sont nécessaires pour maîtriser les évolutions et la variabilité du rapport de force attaque-défense. Ce style nécessitera que les acteurs disposent collectivement toujours mieux des références communes utiles, celles qui guideront leurs décisions non plus dans le cadre d’un programme de jeu préétabli mais bien dans le plein mouvement où il s’agira en totale liberté de "décider, choisir, agir" ce qui leur permettra , avec les expériences acquises grâce au volume de jeu produit, d’activer leur perception et d’affiner leur sens du jeu de manière toujours plus pertinente.

Compétence dans la lecture du jeu

Cette formation sera déterminante dans le rugby de demain qui fera une place toujours plus grande à l’activité adaptative et de moins en moins au jeu programmé qui procède de schémas de placements et déplacements en utilisant l’affrontement individuel systématique pour multiplier les temps de jeu. Il est logique, soucieux des contraintes que le schéma impose, que les joueurs en oublient de lire les réactions de l’adversaire, et ne prennent pas en compte les déséquilibres éventuellement créés.

"Être compétent dans la lecture du jeu" signifie que l'on sait reconnaître lors de la prise d’information et face au flot d'informations disponibles, les indices utiles qui feront prendre la décision la meilleure, la plus adéquate et en conséquence, exploiter avec justesse le rapport de force de la situation présente.

Clermont est aujourd'hui une locomotive particulièrement intéressante en matière de jeu moderne. Il ne fait pas de doute que les résultats actuels qui, on l’espère, les amèneront encore plus loin, créeront une dynamique nationale qui réduira les incertitudes existantes quant à la mise en œuvre de ce rugby qui peut appartenir à tous quel que soit le niveau de pratique, et ce dans une continuité de formation du débutant au plus haut niveau.
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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Mar 14 Mai 2013 - 10:32

La Chronique de Pierre Villepreux



24/04/2013 - 09:16


"Clermont, une locomotive en matière de jeu moderne."




Les derniers matchs du Top 14 nous semblent globalement de bien meilleure qualité que ceux entrevus, sauf exception, depuis le début de saison.

Certes, le style n’en est pas pour autant complètement métamorphosé, mais l’état d’esprit qui y préside permet de développer beaucoup plus des séquences qui placent le mouvement au cœur de la performance collective. Le jeu à la main devient prioritaire. Le jeu de passes y tient une place beaucoup plus importante, ce qui du même coup relativise l’importance abusive qui était donnée au jeu au pied. La tendance à utiliser l’affrontement direct sans la volonté de faire jouer le ou les partenaires tend progressivement à s’estomper. Le fond et la forme du jeu en sont modifiés et consécutivement, cela entraîne une relative minimisation des "temps de jeu" ceux qui se multiplient de manière très organisée autour des rucks.

Dans ce rugby plus dynamique, forcément plus désordonné, on jongle davantage avec l’incertitude et il est demandé aux joueurs de faire preuve de plus de flexibilité tactique en s’adaptant mieux et plus vite aux aléas rencontrés dans les séquences de jeu. Plus de mouvement, plus de prises d’initiatives à même de réguler, voire de réorienter le déroulement de la phase de jeu.

Un rugby, de fait plus spectaculaire et plus enthousiasmant qui, pour certaines équipes, tend à se rapprocher de celui du Super 15. Ce jeu, s’il se confirme et se généralise, demandera des compétences accrues aux joueurs surtout en terme de lecture du jeu, celles qui sont nécessaires pour maîtriser les évolutions et la variabilité du rapport de force attaque-défense. Ce style nécessitera que les acteurs disposent collectivement toujours mieux des références communes utiles, celles qui guideront leurs décisions non plus dans le cadre d’un programme de jeu préétabli mais bien dans le plein mouvement où il s’agira en totale liberté de "décider, choisir, agir" ce qui leur permettra , avec les expériences acquises grâce au volume de jeu produit, d’activer leur perception et d’affiner leur sens du jeu de manière toujours plus pertinente.

Compétence dans la lecture du jeu

Cette formation sera déterminante dans le rugby de demain qui fera une place toujours plus grande à l’activité adaptative et de moins en moins au jeu programmé qui procède de schémas de placements et déplacements en utilisant l’affrontement individuel systématique pour multiplier les temps de jeu. Il est logique, soucieux des contraintes que le schéma impose, que les joueurs en oublient de lire les réactions de l’adversaire, et ne prennent pas en compte les déséquilibres éventuellement créés.

"Être compétent dans la lecture du jeu" signifie que l'on sait reconnaître lors de la prise d’information et face au flot d'informations disponibles, les indices utiles qui feront prendre la décision la meilleure, la plus adéquate et en conséquence, exploiter avec justesse le rapport de force de la situation présente.

Clermont est aujourd'hui une locomotive particulièrement intéressante en matière de jeu moderne. Il ne fait pas de doute que les résultats actuels qui, on l’espère, les amèneront encore plus loin, créeront une dynamique nationale qui réduira les incertitudes existantes quant à la mise en œuvre de ce rugby qui peut appartenir à tous quel que soit le niveau de pratique, et ce dans une continuité de formation du débutant au plus haut niveau.
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MessageSujet: Re: La Chronique de Pierre Villepreux   Mar 14 Mai 2013 - 10:35

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30/04/2013 - 17:06 - Rugbyrama


"Nalaga fait parler sa culture rugbystique"



Comment ne pas parler sur cet essai du choix fait par l’ailier clermontois qui eut "l’inconvenante impertinence" d’oublier trois partenaires libres de tout marquage à 10 mètres de la ligne de but.

Cette décision ne manquera pas d’interpeller tous les techniciens. Là où la logique aurait été de poursuivre le mouvement sur l’extérieur, le Fidjien choisit comme il le fait souvent de jouer de manière déconcertante, ce qui peut parfois tout autant surprendre ses adversaires que ses partenaires. On pourrait attribuer ces comportements à du "jeu perso". Il n’en est rien, plus simplement le Fidjien fait parler sa culture rugbystique, celle acquise dans son île D’ailleurs, on pourrait en dire tout pareillement du jeu de son compatriote Sivivatu. Ce n’est pas mon ami Franck Boivert, actuel Directeur Technique de la Fédération Fidjienne qui me contredira. Il m’écrivait il y a encore peu de temps en évoquant le jeu des joueurs des Iles: "Ce type de capacités vient de leur formation physique et technique. Tout d’abord les appuis: dans un milieu naturel semé d’embûches, leur jeu de jambes se développe magnifiquement car les pieds nus, ils doivent jouer entre corail et sentiers escarpés pour éviter les embûches et pièges de la jungle ou du récif. Le jeu de rugby à toucher auquel tout jeune Fidjien s’adonne tous les jours, (une touche = changement de main) dans un environnement libre et joyeux développe à la fois une motricité optimale et la gestuelle libérée qui va avec. Leurs bras exceptionnellement longs et leurs mains exceptionnellement larges les rendent plus adroits et facilitent le maniement de balle". Rappelons-nous dernièrement un essai de Sivivatu, comment il réussit, derrière un ruck, d’une "main ventouse" à s’emparer à pleine vitesse du ballon au sol pour s’enfuir dans un micro espace entre la touche et le ruck.

Concernant Nalaga, sa réussite sur cet essai est aussi la conséquence d’un superbe mouvement collectif qu’il avait d’ailleurs lui-même initié sur le coté opposé du terrain où il réussit à s’enfoncer radicalement dans la défense adverse. Dans la continuité grâce au jeu des uns et des autres, les initiatives diverses et les avancées successives avaient fini par produire sur la défense un effet optimal, à savoir près de la ligne de but, concentrer dans un espace de jeu restreint pratiquement tous les défenseurs adverses. Ce qui n’est pas si commun dans le rugby actuel où les défenseurs savent très vite se repositionner sur la largeur. Cette fois, dans cette situation, répétons-le, pas coutumière, le jeu contournant avec le surnombre qui allait avec prenait tout son sens. C’est cette option qui fut prise mais une passe mal assurée contraint Fofana à s’adapter. Sa passe lobée pouvait redonner au mouvement collectif la forme déployée qui au départ était recherchée. Très bien jouée, cette passe permit ainsi de battre un dernier adversaire rouge infiltré et de placer le Fidjien en situation idéale pour offrir cet essai au premier de ses trois partenaires parfaitement bien distribués en ligne et à hauteur. Un positionnement parfait qui permettait d’éviter, si la passe avait été faite, un retour improbable pour ne pas dire impossible des défenseurs.

Dans ce jeu situationnel et la dialectique Attaque-Défense qui va avec, la marge d’incertitude et l’ambiguïté concernant le choix du porteur de balle était faible. Faire le pari que Nalaga allait passer le ballon n’était pas la bonne option. Le devenir de la situation demandait davantage pour ces trois défenseurs de s’occuper de Nalaga que des soutiens. En tentant de compenser leur retard par rapport au soutien, ils ouvrirent une porte dans laquelle le Clermontois s’engouffra sans rencontrer de résistance majeure.

Et si Nagala n’avait pas marqué ? Cette faute de jeu aurait-elle été sans conséquence sur le résultat du match ? Difficile à dire. Dans un match aussi serré, le score est déterminant. Il conditionne le jeu à produire. Clermont a pendant une heure parfaitement maitrisé son sujet. Sans doute sans cet essai aurait-il enfoncé le clou en intensifiant sa production offensive, celle du Munster dans cette heure n’ayant pas déstabilisé la ligne défensive des jaunes. Le retour dans les 20 dernières minutes des Irlandais ne pouvant soudainement gommer la richesse supérieure du jeu de leurs adversaires. Mais acceptons que cette offense tactique de Nalaga sans suite sur le résultat final n’aura eu que du bon, et ne permet de préjuger, même si on peut y penser, ce qui se serait passé s’il avait été plaqué !
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