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 Le blog de Richard Escot

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gir3347
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MessageSujet: Le blog de Richard Escot   Mar 14 Mai - 12:43

Le blog de Richard Escot



Nord-Sud


Publié le 13 mai 2013 par Richard Escot - l'Equipe




Quel point commun y a-t-il entre Lille et le Kenya ? A priori par grand-chose et pourtant… Le Kenya se révèle au plus haut niveau international tandis que Lille se prépare à rejoindre la ProD2. Les Kenyans ont perdu de peu la « petite finale » du tournoi à 7 de Londres, dimanche, face à l’Angleterre et Les Lillois affronteront Bourg-en-Bresse, en demi-finales aller-retour de Fédérale 1 pour rejoindre l’élite française.

Il n’y a pas de bon bec que dans le sud-ouest. Même si on y mange bien, et parfois mieux qu’ailleurs. Ah, déguster la tête sous le chiffon des petits oiseaux du coté de Peyrehorade avant de terminer le repas par un Armagnac hors d’âge… Mais ce n’est pas le sujet. Regardons plutôt le tableau des demi-finales de Fédérale 1 pour constater, donc, que Lille ou Bourg sera en Pro D2, la saison prochaine. Le rugby d’élite monte, monte…

Pour contrebalancer la descente de Massy, club de banlieue parisienne, en Fédérale 1, il serait bon que le rugby s’approprie enfin tout le territoire français. Car à la longue, c’est très désagréable de s’entendre dire par des béotiens que le rugby n’est qu’un sport régional, confiné dans des provinces qui ressemblent à des terroirs, et que ses clubs d’élite sont souvent regroupés dans des enclaves.

A l’échelle mondiale, c’est aussi le cas, malheureusement : le rugby à quinze vit à travers quelques nations anglo-saxonnes, une poignée de Latins et un chapelet d’îles océaniques. Depuis 1987, se dispute la Coupe du monde, mais le monde n’y est pas représenté. Il n’y a aujourd’hui que le rugby à 7 pour avoir une surface portante élargie à tous les continents. Le World Seven Series, qui vient de se terminer à Londres, le week-end dernier, devant 72 000 fervents réunis à Twickenham, peut nous en convaincre.

A notre toute petite échelle, on voit bien que Nevers, soutenu par un mécène du textile et déjà en configuration professionnelle, se présente sérieusement aux portes de la ProD2. Lille, sous la houlette de l’ancien trois-quarts centre international Pierre Chadebech, peut y accéder dans quinze jours. Massy, club formateur (Marlu, Lamboley, Millo-Chluski, Marchois et Bastareaud sont passés par l’Essonne) a les moyens d’y revenir. Oyonnax sera bien, lui, en Top 14, la saison prochaine quand Lyon promettait de l’accompagner… Tout cela nous parle.

Certes, impossible de forcer les choses, mais à l’évidence, l’avenir du rugby d’élite français se conjugue au nord. Enfin, le nord, disons plutôt au-dessus d’une ligne tracée entre La Rochelle et Bourgoin. Et franchement, quitte à faire hurler les puristes, j’espère que dans un proche avenir, Nantes – qui accueillera bientôt et ce n’est pas un hasard les demi-finales du Top 14 -, Strasbourg, Rennes et Rouen trouveront le chemin du très haut niveau. Question d’envergure.
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MessageSujet: Re: Le blog de Richard Escot   Mar 11 Juin - 0:32

Le Blog de Richard Escot

Emmêlé


Publié le 10 juin 2013 par Richard Escot


Des secouées, l’équipe de France en a pris quelques-unes, en Nouvelle-Zélande. Sans remonter au troisième test de 1961 ni prendre en compte la double déconfiture annoncée de 2007, les Tricolores ont perdu plus qu’à leur tour au pays du long nuage blanc. De belles équipes de France auraient pu accrocher un succès face aux All Blacks, comme celles de 1968 auréolée du premier Grand Chelem de l’histoire de France ou celle de 1984 qui en méritait un, de Grand Chelem - mais c’était sans compter sur les largesses de l’arbitre, M. Jones, en Ecosse.

Si les Tricolores (à cette époque, on ne disait pas encore Bleus car le foot n’était pas passé par là) de 1987 furent débordés en finale de la première Coupe du monde, ceux de 2011 méritaient de la remporter, cette finale, qui fut d’ailleurs leur seul match abouti de toute la compétition. Des fortunes diverses, on le voit, accompagnent l’équipe de France à l’autre bout du monde. Certains matches perdus de peu, d’autres plus largement. Des tests au banc d’essai, d’autres aveugles. Une épopée que les scores ne racontent pas.

J’avais deux ans en 1961 mais d’après ce que les observateurs présents en Nouvelle-Zélande cette année-là m’en ont dit, Cazals, Domenech et Bouguyon n’avaient pas failli. Idem en 1968, concernant Esponda, Iraçabal, Noble et Lasserre. Par la suite, et là j’en ai été le témoin, l’impact laissé à ce poste si particulier de pilier par quelques Français obligea même les All Blacks à considérer la mêlée comme une phase de combat incontournable, eux qui ne la voyaient que comme un lancement de jeu.

Les Néo-Zélandais vouent aujourd’hui à des piliers de chez nous, citons Jean-Pierre Garuet et Christian Califano, une admiration à la hauteur de celle qu’ils offrent à leurs propres légendes de la première ligne, à savoir Wilson Whineray et Sean Fitzpatrick, ce qui n’est pas peu dire. Mieux, les Auckland Blues en panne d’hommes forts allèrent jusqu’à recruter Califano pour tenir leur mêlée dans le Super 12, immigration ovale qui n’avait jamais été envisagée avant. Et qui n’a jamais été reconduite depuis.

Alors quand j’ai vu reculer la mêlée française, samedi dernier, à l’Eden Park, quand je l’ai vu pénalisée, puis emportée, j’ai senti que tout un pan de notre culture s’écroulait. Dans le même temps où Florian Fritz perçait au centre comme un Jo Maso des plus belles années sur ce même terrain de l’Eden Park et, par la grâce d’un déhanchement de haute facture, servait à l’intérieur Wesley Fofana venu à sa hauteur, le dénommé Daniel Kotze était plié comme une carte routière par son vis-à-vis, avant l’heure de jeu.

Trois marques caractérisent le rugby français : le jeu de passes, l’inconstance et le combat en mêlée. Pour les deux premières, pas de souci, le label perdure. Mais en ce qui concerne la mêlée, samedi, quelque chose s’est brisé. C’est réparable, bien sûr, et la rentrée du futur Montpelliérain Nicolas Mas devrait apporter une garantie de solidité, mais derrière lui, si l’on considère Luc Ducalcon comme le dernier rempart avant l’effondrement de «la maison du ballon», le rugby français a du souci à se faire.

Comme vous, j’attends avec impatience le deuxième test contre les All Blacks, ce samedi, à Christchurch. La faillite de la mêlée française, le 8 juin, est un choc tellurique d’une amplitude jamais atteinte. Elle coûte aux Tricolores une victoire qui, à défaut d’être totalement méritée, aurait récompensé de belles envies offensives, un formidable élan collectif et une discipline retrouvée. Cette reculade laissera des traces. Elle fait injure à toute une lignée de piliers bleus dont le premier devoir était, justement, de ne pas céder. L’honneur d’une corporation sera en jeu, samedi 15 juin, et j’ai l’impression que nous serons nombreux à pousser.

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MessageSujet: Re: Le blog de Richard Escot   Mar 20 Aoû - 23:40

LE BLOG DE RICHARD ESCOT - L'EQUIPE -


Filière

Publié le 19 août 2013 par Richard Escot


C’est reparti et voilà déjà les têtes de gondole. Brive a récupéré l’ailier Alfie Mafi dont la Western Force ne voulait plus pour raisons disciplinaires. Castres a fait signer le blond deuxième-ligne écossais Richie Gray, Grenoble s’adjoint le pilier wallaby Dan Palmer, en provenance de l’ACT Brumbies. Le Stade Français compte désormais l’ouvreur des Springboks, Morné Steyn, dans ses rangs. Montpellier en a pris trois, de recrues qui brillent : l’immense écossais Jim Hamilton, le Springbok Wynand Olivier et le fantasque centre des All Blacks, René Ranger. Toulouse, très économe à l’intersaison, a quand même fait signer, entre autres, Hosea Gear, l’ailier-athlète all black, et le pilier Chiliboy Ralepelle, des Bulls et des Boks.

En fait, il s’agit de trancher entre le Racing-Métro et Toulon pour savoir quel club a effectué le plus beau recrutement à l’intersaison. Côté francilien, en excluant les deux entraîneurs castrais champions de France et les internationaux français, le casting international est copieux : Juandre Kruger (deuxième ligne, Bulls et Springbok), Dan Lydiate (troisième-ligne aile, Newport, Galles et Lions), Brian Mujati (pilier, Northampton), Jaimie Roberts (centre, Cardiff, Galles et Lions), Jonathan Sexton (ouvreur, Leinster, Irlande et Lions) et Soane Tonga’uiha (pilier, Northampton et Tonga). Toutes les lignes sont couvertes.

A Toulon, le président Mourad Boudjellal n’a pas dérogé à sa ligne de conduite : de la vedette, du nom qui sonne, du médiatique. Excusez du peu : Martin Castrogiovanni, le pilier italien de Leicester ; Bryan Habana, l’ailier supersonique des Springboks ; Drew Mitchell, le prodige wallaby ; Ali Williams, la tour de contrôle des All Blacks. Et on vient d’apprendre lundi que Juan Smith, flanker des Springboks, est sorti de sa retraite pour relancer sa carrière sur la Rade. La filière bok marche à fond. L’étonnant James O’Connor libre de tout engagement en Australie, on se demande encore pourquoi il n’est pas depuis dimanche dernier sous contrat avec le RCT.

Qui du Racing-Métro ou du RC Toulon a effectué le recrutement le plus pertinent ? Moi, je suis comme un gamin devant la vitrine d’un magasin de jouets. Et je vais déguster ce Top 14 jusqu’au 31 mai. C’est notre Liga, notre Calcio, notre Premier League ovale tout en un. Parce qu’en plus des stars précitées il ne faut pas oublier Rokocoko, Philips, Chisholm, Pietersen, Balshaw, Ngwenya, Sivivatu, Byrne, Nalaga, Cudmore, Hines, Parisse, Lyons, Ioane, Hook, Charteris, Strokosch, Giteau, les frères Armitage, Claassens, Wilkinson, Hayman, Sheridan, Botha, Fernandez-Lobbe, Masoe, Rossouw, Van Niekerk, Imhoff, Hernandez, Cronje, Qovu, Matadigo, McAlister, Albacete, Steenkamp, Johnston, Tekori, Matanavou, Vermaak…

14 000 spectateurs de moyenne par match. Et combien pour voir jouer l’élite du rugby mondial ? Ils étaient 9 000 en 2005, pour les débuts du Top 14.  Les clubs, c’est évident, sont la force première du rugby français et le Top 14 pèse de plus en plus lourd face à la FFR et au XV de France. C’est d’ailleurs pour cela que la convention qui devait unir, rapidement, ces deux instances pour la libération des internationaux n’est toujours pas signée à l’heure où j’écris ses lignes.

En France, les clubs ont tellement d’importance que trois Espoirs tricolores, Arthur Bonneval, Thomas Ramos et Lucas Chouvet ont signifié à la FFR qu’ils préféraient rester au sein des centres de formation de leurs clubs respectifs (Toulouse et le Racing-Métro) plutôt que de rejoindre Marcoussis et le Pôle France, cette saison. Pour moi, c’est l’info de l’année. Et même des saisons à venir. Il n’a pas déclenché beaucoup de remous, pourtant, cet article. Il était pourtant bien exposé. Du bon boulot signé Nicolas Augot, dans le Midol du 12 aout. Epilogue : ces trois jeunes ont été sanctionnés, interdits de sélection nationale jusqu’à nouvel ordre.

Que trois jeunes talents du rugby français, internationaux chez les moins de 18 ans, refusent d’intégrer plus avant la filière bleue, a de quoi, en ce début de saison, nous interroger.
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Pat de Mérignac
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MessageSujet: Re: Le blog de Richard Escot   Mer 21 Aoû - 8:12

...Ce n'est pas le boulot du journaliste Escot de donner des clés pour comprendre "ce qui interroge" ? What the fuck ?!?
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MessageSujet: Re: Le blog de Richard Escot   Mar 19 Nov - 10:26

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Plus dur




Battre les Sud-Africains a toujours été l’apanage des grandes, des très grandes équipes de France dans l’histoire du rugby. Un défi, un challenge, écrit-on aujourd’hui. Je n’étais même pas en âge d’armer ma première passe que mon père lisait un combat, un très grand combat, celui de Denis Lalanne. Ça se passait en Afrique du sud. En 1958. J’étais alors juste une étincelle dans ses yeux.

Pendant quatre-vingt saisons, les Sud-Africains ont été champions du monde. Bien avant l’heure du trophée Web Ellis. Eux et pas les All Blacks, même si ça peut paraitre étonnant à travers notre grille de lecture actuelle. Dans l’imaginaire et dans les années 50, ils étaient «les Rugbymen du Diable». Durs au mal. Comme si vous aviez à faire tomber un bloc de marbre. Ils étaient athlétiques avant l’heure de la salle de musculation, jouaient dans les défenses, privilégiaient le gain de la ligne d’avantage, multiplaient les temps de jeu et les regroupements. Le rugby moderne, quoi…

Seuls trois capitaines français sont parvenus à vaincre les Springboks chez eux : Lucien Mias en 1958 et Olivier Roumat en 1993 lors d’une série de tests et, sur un test unique, Michel Crauste en 1964. Trois exploits majuscules, trois aventures humaines à jamais gravées. Pour l’emporter, des hommes de fer : Roques, Marquesuzaa, Barthe, Vigier en 1958 ; André Herrero, Walter Spanghero, Dauga, Gruarin en 1964 ; Benetton, Cécillon, Merle, Armary en 1993.

Plus près de nous, le test de Toulouse nous parle : pour l’emporter face aux Springboks – ceux-là étaient auréolés d’un titre de champions du monde – il faut leur briser les reins en mêlée : Nicolas Mas le sait. Les piétiner sous les groupés-pénétrants : Louis Picamoles et Dimitri Szarzewski n’ont pas oublié. Mettre tous les points au pied : Morgan Parra va bien astiquer sa chaussure gauche. Défendre en fermant ses plaquages : Maxime Médard est de ceux-là.

C’est ainsi que Thierry Dusautoir pourra devenir, dans l’histoire bleue, le premier capitaine à doubler les exploits face aux Boks. Après 2009 faire tomber, samedi, les Springboks à Saint-Denis, sera l’un des succès les plus marquants du quinze de France. Car cette phalange sud-africaine s’avance comme celle de 1952, sûre d’elle, implaquable, dévastant tout sur son passage. On ne lui trouve pas de faille, pas de point faible.

Lancés, ces Springboks enchaînent sans temps morts les percussions et obligent les défenseurs à s’y mettre à deux, voire à trois, pour les arrêter à chaque fois. Puis ils laissent l’adversaire se découvrir pour mieux le transpercer en contre, sur quatre-vingt mètres. Personnellement, en ce mois de novembre, ils m’impressionnent davantage que les All Blacks. Ils forment bloc fait d’un alliage de vitesse et de force.

Battre cette Afrique du sud, victorieuse sans ciller des Gallois et des Ecossais, serait le succès fondateur d’une équipe de France qui recevra deux mois et demi plus tard l’Angleterre au Stade de France dans le cadre du Tournoi des Six Nations 2014. Les vainqueurs, samedi soir, marqueraient aussi des points précieux dans l’optique du Mondial 2015. Et on ne parle pas de l’effet miroir qui ne manquera pas d’éclairer cette rencontre à la lumière du résultat de mardi, celui des Bleus, les autres, ceux du ballon rond.

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MessageSujet: Re: Le blog de Richard Escot   Mer 8 Jan - 0:28

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Plein nord


L’épicentre du rugby se trouve maintenant au nord, très au nord, si l’on considère les critères ovales historiques qui ne prennent pas vraiment en compte le fait que la région parisienne est un creuset majuscule. Et si on veut être encore plus précis, il suffit de parcourir la liste des trente joueurs appelés en stage fin janvier par Philippe Saint-André pour constater que le premier rebond bleu tombe à Jean-Bouin.

Le pilier Rabah Slimani, 24 ans ; le deuxième-ligne Alexandre Flanquart, 24 ans ; l’ouvreur Jules Plisson, 22 ans ; l’arrière Hugo Bonneval, 23 ans. L’avenir du XV de France en culotte courte s’ébroue Porte de Saint-Cloud, c’est une évidence. Encadré par un éternel espoir, Antoine Burban, 26 ans, et l’ex-capitaine tricolore, Pascal Papé, 33 ans, figure tutélaire.

Il n’y a pas de bons becs qu’à Paris, reçoit-on de province. C’est sans doute pour ne pas froisser ceux qui s’expriment en langue d’oc que le staff tricolore, présidé par le catalan Jean Dunyach, installera ses quartiers d’hiver à Canet-en-Roussillon. Histoire aussi d’éviter que trois semaines à Marcoussis, du 19 janvier au 9 février, se transforment en roupillon.

Alors, François Trinh-Duc, là-dedans, me direz-vous ? Et bien si vous voulez voir du jeu, allez à Montpellier. C’est ce que disait le Tarnais Lucien Mias quand on lui parlait de Lourdes dans les années 50. Le héros de l’Hérault n’entre pas dans les plans de PSA. Ou alors pour un plan de départ à la retraite anticipée. Promu par Lièvremont pendant trois saisons contre l’avis de tous, puis dégradé lors du Mondial 2011 alors qu’il était à l’acmé de son talent, le voilà crucifié par Saint-André après un an d’essai. Ca ressemble fort à un désaveu.

Sans remonter à Dédé Boni et Jo Maso, les grands parias du Quinze de France ont toujours fini par s’imposer comme des évidences, que ce soit Laurent Cabannes, Alain Penaud, Fabien Galthié ou Frédéric Michalak. Il faudra juste, concernant François Trinh-Duc, qu’il arrête dans un premier temps de se faire intercepter ses passes et qu’il continue d’inscrire en club des buts de pénalité dans le money-time.

Il y a sans doute aussi autre chose, une difficulté à s’inscrire dans le jeu bleu tel que voulu par Patrice Lagisquet, cette incapacité à rassurer ses partenaires et parfois à les trouver à ses côtés, l’impression, sans doute fausse, qu’il donne de se placer au-dessus des contingences. Rien de rédhibitoire quand ça gagne. Sauf que l’équipe de France a besoin de certitudes à la charnière, c’est historique, pas de solistes, aussi géniaux soient-ils.

Ronald Poulton-Palmer, le plus brillant ouvreur anglais d’avant l’ère moderne (Barnes, Andrew, Wilkinson), s’étonnait de ne pas être le premier choix de ses condisciples de l’université d’Oxford. Quand il leur posa la question de savoir pourquoi il n’était pas titulaire, il s’entendit répondre : « Tu es sans aucun doute le meilleur d’entre nous, mais nous jouons mieux sans toi. » C’est aussi ce que Pierre Berbizier, qui connait ses classiques, avait rétorqué à Penaud, au début des années 90.

En rugby, sport collectif, une équipe n’est pas la somme de talents. Il y a des liens qui comptent, des affinités qui pèsent. On se souvient de la Berjallie (Bonnaire, Papé, Nallet, Parra) prenant le pouvoir du jeu et des tripes lors du Mondial 2011. PSA, en appelant une nouvelle vague très parisienne (j’ajoute Kayser, Bastareaud, Szarzewski, Le Roux, Machenaud, Fofana, dont les racines ou les ailes sont franciliennes), tisse, début 2014, une nouvelle fibre. Capitale.

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MessageSujet: Re: Le blog de Richard Escot   Lun 3 Fév - 10:15

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French Flair



Ça n’a pas manqué. Dès le lendemain de France-Angleterre, j’ai eu droit à mon petit laïus matutinal sur la pertinence de ressortir dans L’Equipe (n°21 750, page 5) l’expression French Flair. Car il y a bien, dans le rugby, deux univers qui se côtoient mais se séparent au premier cadrage-débordement : ceux qui y croient et ceux qui n’y croient pas. Comme chez Aragon.

Plus segmentant que la controverse de Valladolid vous trouverez le French Flair. Certains athées peuvent, éventuellement, se laisser aller à considérer l’existence du divin – « au cas où, sait-on jamais ? » – dans un moment de doute en fin de vie mais concernant le French Flair, rien de cela. La dichotomie fait office de pesée. Il existe ou pas. Et il n’y a rien entre les deux.

Euclide écrivait : « Ce qui peut être affirmé sans preuve peut être nié sans preuve ». Une tournée du XV de France en Nouvelle-Zélande ou en Afrique du sud avant l’ère de la toute-puissance télévisuelle, par exemple, ne recèle d’épopée que sous la plume gorgée de souffle d’un Denis Lalanne et il faut boire cette encre, ce que nous sommes nombreux à avoir fait, pour nourrir notre imagination sans laquelle rien ne vaut d’être vécu ni rêvé.

Sans remonter au 14 juillet 1979, Bastille Day à l’Eden Park et commentaire Bala-Couderc, tout le monde n’était pas à Twickenham en 1991, à Auckland en 1994, à Twickenham encore (décidemment) en 1997 et en 1999, à Johannesburg en 2001, au Cap en 2006, à Cardiff en 2007, à Dunedin en 2009 ; autant de stades où l’attaque tricolore s’enflamma, autant d’années grand cru et cousu main. Mais aujourd’hui, avec You Tube, il suffirait d’additionner les séquences pour se rendre à l’évidence.

2014, au Stade de France, comme 1994 à l’Eden Park, est un millésime à boire sans modération. Pour quelle raisons ? Parce qu’un essai est venu modifier en toute fin le cours défavorable d’un match. Parce qu’il s’agit d’un orgasme de jeu, gouteux, quelque chose de strident, d’inouï, d’impossible à nommer autrement que par cette expression effectivement passe partout : French Flair.

Invention d’un journaliste anglais du début des années 60, quand la France dominait le Tournoi des Cinq Nations, que Bala et Boni en bonne compagnie donnaient aux Rosbifs le tournis. Catégorie utile pour ranger tout ce qu’ils ne comprenaient pas, les Anglais, ce langage des mains et des hanches tel que sublimement exprimé par le centre varo-toulousain Gaël Fickou, samedi soir, en bout de ligne.

Moi, j’y crois. Parce que je l’ai vu. Et nous sommes nombreux dans ce cas. Le French Flair apparait régulièrement à qui suit le rugby. C’est une inspiration collective faite d’angles brisés, de courses rentrantes, de regards perçants, de passes huilées. Une fresque rougeoyante nourrie par le feu roulant ; une idée partie d’un ballon tombé et communiée.

Ce brasier des passions, c’est pour lui et parfois rien que pour lui que j’aime ce sport, même, encore plus et surtout quand il est malheureusement victime de son temps. Pour l’instant de magie qu’il procure, partie immergée des valeurs – solidarité, engagement -  sans lesquelles il n’y a pas d’équipe. Il est éruption et irruption. Irruption du talent, éruption de joie quand tout semble fini, quand Nyanga surgit, que Szarzewski perce et fixe, quand Fickou aplatit. C’est beau comme un samedi de Tournoi à Saint-Denis.

   
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MessageSujet: Re: Le blog de Richard Escot   Jeu 3 Avr - 21:05

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Remanié


C’est ce qui s’appelle un bouleversement. Commencé le 15 août, le Top 14 semblait s’être stabilisé. Clermont et Toulon en haut, Biarritz et Oyonnax en bas. Et puis voilà, il a suffi d’une journée, la vingt-troisième, pour que presque tout soit remanié – c’est d’actualité. Montpellier leader et Clermont détrôné, le Racing-Métro dans les six, le Stade Français hors du coup, et Bordeaux-Bègles en embuscade.

Dans le bas du tableau, pour accompagner Biarritz, déjà condamné (le mot est un peu fort, je l’avoue, car c’est un championnat relevé) à la ProD2, deux clubs sont venus rejoindre l’US Oyonnax : Bayonne, à égalité de points (44), et Perpignan (46) qui n’en finit pas de chuter. Bien malin qui peut aujourd’hui annoncer le nom du deuxième relégable à trois journées de la fin de la phase régulière. D’autant que Grenoble accuse une inquiétante baisse de régime.

J’aurais bien aimé, et vous aussi j’en suis certain, continuer sur cette lancée, me délecter de la prochaine journée de Top 14, sans arrêt, sans coupure, sans break. Garder intacte jusqu’au bout la dramaturgie. D’autant que le niveau de jeu des rencontres s’affiche en hausse sensible, toutes les énergies se tournant vers la qualification ou le maintien. Et bien non, voilà que revient la H-Cup. Au pire moment.

Il commence en plein été, ce scenario, quand personne ne s’y intéresse vraiment, saucissonné par les tests de novembre, concentré en fin d’année pendant les fêtes et de nouveau haché menu par le Tournoi des Six Nations. Passe encore deux journées européennes de temps en temps, octobre, décembre, janvier. Mais là, c’est une fracture. Qu’on nous laisse finir le Top 14 ! Trois journées, c’est beaucoup demander ? La nouvelle gouvernance arrive, installée en Suisse pour le climat – fiscal, le climat – mais c’est d’un calendrier remanié dont nous aurions besoin. Couper le Championnat au moment où le suspense est à son comble, c’est insérer de la pub avant les trois dernières séquences d’un Hitchcock.

D’accord, c’est du très haut niveau, la H-Cup, surtout à partir de la phase finale. Munster-Toulouse, Toulon-Leinster et Clermont-Leicester valent chacun un test-match. Mais j’avais envie de continuer à regarder le Top 14 : Clermont-Castres ou le défi des incertains, Bordeaux-Toulon pour continuer à rêver en Gironde, Bayonne – Stade Français et malheur au perdant, Grenoble-Montpellier pour assoir un statut de leader, Perpignan-Oyonnax, la peur au ventre…

Il est vraiment grand, ce sport, pour ainsi survivre à ses turpitudes : calendrier à tiroirs, institutions datées, violence généralisée (verbale dans l’élite qui devrait montrer l’exemple, physique et sournoise en Fédérale 3 avec le triste match Véore-Vinay dont on attend avec intérêt l’épilogue disciplinaire), rumeur devenant dans la minute information pas même vérifiée (où l’on apprend par erreur à cause d’un excès de zèle journalistique la mort de Jeff Tordo, vite démentie mais trop tard quand même)…

Ah, au fait, vous vous souvenez de l’affaire de la mêlée bleue dans le Tournoi, évoquée ici même il y a peu ? On s’était promis de porter dès le retour des coupes d’Europe un œil critique sur les mêlées, l’arbitrage anglo-saxon, le côté gauche de la poussée, le droit aussi  (parce que ça valse un peu), pour en reparler à la lumière des sanctions infligées au pack français dans le dernier Tournoi. Toulon, Toulouse et Clermont, nos fleurons, mais aussi Brive et Paris, passeront-ils au tamis des trois commandements nouvellement gravés dans le marbre fin du règlement ? Finalement, histoire de ratiociner, vous allez voir qu’ils vont finir par m’intéresser, ces quarts européens…


Cette entrée a été publiée dans rugby le 31 mars 2014 . - L'Equipe
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