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 La chronique de Pierre Villepreux

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tugudu
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 14 Jan 2009 - 17:22

C'est vrai qu'un arbitre seul ne peut pas voir toutes les fautes en mélées.

D'ailleurs, on a même vu à Armandie, un 9 ne pas introduire le ballon sans qu'aucun des 5 arbitres (au moins des 2 de touches et celui de champ) ne le voit...


Après... même quand ils les voient, ils sifflent une fois sur deux à l'envers...

alors où est la solution ?

Je pense qu'il faut d'abord que nos arbitres soient formés par les vieux briscards de la mélée genre Crenca, Hasan, Califano .... qui connaissent toutes les ficelles... ça leur évitera de sanctionner le pilier gauche quand le pilier droit pousse en travers, ou de sanctionner le pilier qui ne parvient pas à se lier quand son vis à vis recule à l'entrée en mélée pour lui faire perdre ses appuis...

Problème: les arbitres sont-ils assez humbles pour accepter que Jeannot (ou d'autres) leur explique quelquechose.... j'en doute... au moins pour certains d'entre eux....
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Xavier
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 14 Jan 2009 - 19:19

tugudu a écrit:

[b]Je pense qu'il faut d'abord que nos arbitres soient formés par les vieux briscards de la mélée genre Crenca, Hasan, Califano .... qui connaissent toutes les ficelles... ...

Alors là Tugudu tu t' attaques à la loi du silence !!
Je croyais que les piliers etaient plutôt du genre '' taiseux '' !

Je renverse le problème :
Est qu' un gars du style Jeannot Crenca acceptera de refiler ses secrets et les roublardises dont il a usé tout au long de sa carrière au profit du corps arbitral et au dépend de la mélée Agenaise à laquelle il dispense ses conseils aussi bénéfiques que '' limites '' !
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mica47
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 14 Jan 2009 - 23:24

surtout que ça fait plaisir de voir la fidelité de jeannot au club,ainsi que celles de tous ceux qui y sont passé.
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gir3347
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Jeu 22 Jan 2009 - 18:16

La chronique de P.Villepreux

Suite aux mauvais résultats des clubs français dans le week-end européen, notre expert Pierre Villepreux analyse les raisons.

"La montagne est bien haute mais plus d"un se plaint de sa hauteur sans tenter d'y monter."

Si l'on y regarde d'un peu plus près, cette pensée chinoise peut apporter un éclairage sur les raisons des mauvaises performances du rugby français dans cette coupe d'Europe 2007. Le bon rugby n'est plus le nôtre du moins pas assez souvent. La production des clubs gallois et écossais est significative, depuis un certain temps, d'un état d'esprit différent par rapport au jeu.

Le championnat français et la crainte de mauvais résultats nous conduisent à pratiquer un jeu qui se nourrit de schémas trop immuables au détriment de l'exploitation adéquate des situations favorables que le jeu actuel ne manque pas de développer. De ce fait, les perturbations que proposent l'adversaire et l'incertitude (composante essentielle du jeu) provoquée sont perçues comme un risque et rarement comme une opportunité. Même quand ils sont capables d'apprécier le degré et à l'importance des perturbations défensives, les joueurs se retranchent derrière un plus prudent.

On joue sur un registre de précaution. Conservation abusive du ballon et formes d'affrontements stéréotypées qui vont avec - occupation du terrain - sont devenues les options sur lesquelles on s'appuie en priorité pour tenter de gagner. Quelquefois ça marche, mais la pauvreté du jeu en devient affligeante.

En ce sens, le contre-pied que nous ont réalisé gallois et écossais le dernier week-end me parait, même si décevant pour nos couleurs, particulièrement intéressant à condition de savoir rebondir en ne se cachant pas les vraies raisons de nos lacunes actuelles dans la conquête de l'Europe.

Pour évoluer, il faut accepter de faire le deuil d'un rugby saucissonné, sans envergure. En revanche, il convient d'aller à la recherche, sans appréhension ni arrière-pensée, dans la continuité, et pas seulement le temps d'un match, d'un jeu total forcément sans complexe qui va mobiliser la pensée tactique et enrichir activement les connaissances et les savoir-faire tant individuels que collectifs. Un jeu intelligemment intuitif donc moins rationnel.

Gallois et Ecossais chaque fois qu'ils ont eu le ballon n'ont eu de cesse, quelle que soit la forme de possession du ballon, de provoquer le jeu. Et ce n'est pas par hasard si ces équipes ont, tout d'un coup, moins joué au pied défensivement ; ont, grâce à leur souci de jouer debout, comptabilisé bien moins de rucks que la moyenne habituelle et quand cette option était choisie, parce que inévitable, la vitesse de libération permettait de conserver l'avantage acquis sur la défense.

Y a-t-il plus de risques immédiats à pratiquer ce jeu relativement à d'hypothétiques avantages?

Dans ce rugby, la vitesse est une composante prioritaire. L'efficacité est présente quand les prises de décisions se font dans le bon tempo. La transformation rapide des situations oblige le porteur de balle et ses partenaires à réactualiser les choix par rapport aux effets d'oppositions mouvants et aléatoires. Dans ce contexte, le porteur de balle et ses partenaires doivent favoriser la lecture du jeu puisqu'il s'agit bien d'agir et de réagir en fonction de ce que l'on trouve devant soi.

Seule la multiplication des expériences en terme de réussite et erreurs va enrichir la connaissance. Le joueur progressivement ne va plus être démuni face à l'incertain. L'acquisition de repères et indices significatifs va lui permettre de guider ses décisions et d'être utile à l'action en cours.

Ce jeu spectaculaire pratiqué ce week-end par nos adversaires gallois et écossais n'est pas parfait, mais les intentions manifestées pour privilégier ce jeu en mouvement sont significatives d'un perfectionnement tactique considérable en tout cas suffisant pour faire mieux que rivaliser avec panache. Ce rugby est-il le jeu gagnant de demain ? Je l'espère même si on peut, a contrario, arguer que le rugby supra structuré des clubs anglais - à un degré moindre Bath - semble prouver le contraire. Ces clubs ont, dans l'instant, les meilleurs résultats, mais ce rugby s'avère être tellement décevant quant à la qualité. Le game plan anglais qui contraint le joueur à agir par rapport aux obligations que lui impose le système offensif choisi par l'entraîneur n'est pas ma tasse de thé. Son efficacité réside dans la force mentale et physique des anglais à user physiquement l'adversaire en multipliant individuellement les phases de "rentre dedans". Cette priorité permet la conservation du ballon mais obscurcit la capacité des joueurs à prendre en compte consciemment le rapport de force du moment de jeu. C'est suffisant quand ils nous rencontrent pour nous perturber efficacement et le plus souvent nous battre surtout si on y oppose un jeu trop rationnel et prudent.

Il devient urgent dans le Top 14 , mais aussi à tous les niveaux de la pratique d'aller vers un rugby où l'on va accepter de prendre davantage le jeu à son compte. Il faut ouvrir ainsi une brèche dans le mur de certaines certitudes donnant la priorité à un jeu rationnel trop prudent qu'il ne convient pas d'éliminer mais de recadrer. Les enjeux tactiques à faire accepter aux joueurs doivent se transformer, ce qui veut dire qu'il faut solliciter chez les joueurs d'autres ressources si l'on veut développer leur esprit d'initiative et d'anticipation, celles qui leur permettront à terme de maîtriser mieux et en confiance les situations de plein mouvement, complexes et aléatoires. S'engager dans une évolution profonde du jeu actuel donc des modes de décisions et d'action des joueurs prend du temps. Il faut du courage pour l'entreprendre.

Toulouse a un peu d'avance en la matière, mais on a vu que rien n'est acquis et qu'il convient quel que soit l'adversaire de chercher à imposer son jeu en produisant plus, surtout quand celui-ci, comme ce fut le cas de Glasgow vous lance un défi, en jouant tous les ballons. Croire que la défaite de Toulouse est avant tout une défaite, provoquée par un trop de confiance face à un adversaire déprécié, serait une erreur. Peut-être mais la défaite toulousaine est aussi liée dans ce match à la capacité de ce collectif (surtout en première mi temps) à répondre encore trop irrégulièrement aux exigences tactiques que le jeu de mouvement choisi demande. Le match précèdent contre Dax n'avait pas lui non plus répondu aux attendus tactiques que l'on est en droit d'espérer de cette équipe.

Les Toulousains ont de l'avance et s'ils veulent la préserver, il leur faut aller encore plus loin dans leurs intentions, seule façon de ne pas menacer, à la fois, la survie d'un système de jeu qu'ils revendiquent et l'enrichissement de leurs capacités tactiques et techniques.

L'enjeu d'un rugby total dans le championnat de France et européen, c'est aussi préparer une éventuelle réussite du XV français lors de la prochaine Coupe du monde en 2011. Ce changement d'état d'esprit par rapport au jeu est incontournable si on veut que les futurs sélectionnés puissent répondre mentalement et physiquement aux exigences tactiques que ce rugby et ses règles demandent et que certains de leurs adversaires sont en train d'acquérir.

Si on le veut, on verra que la montagne n'est pas aussi si haute qu'on l'imaginait.

Rugbyrama - Pierre Villepreux - 22/01/2009 15:39
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Jeu 22 Jan 2009 - 19:23

C.Q.F.D.
...mais bon, on connait Villepreux, "rien ne sert de dire aisément ce qui peut s'énoncer longuement !" Laughing
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Jeu 22 Jan 2009 - 19:29

blablablablabla

Docteur es enfonçage de portes ouvertes
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Jeu 22 Jan 2009 - 19:39

tugudu a écrit:
blablablablabla

Docteur es enfonçage de portes ouvertes

Je te trouve bien injuste, tugudu !
Villepreux a le mérite de mettre en cause les clubs eux-mêmes, leur esprit radin là oû les écossais (...un comble ! Laughing ) et gallois sont plus généreux en terme de jeu !
...Cà nous change de la pénible ritournelle des "gros" qui dénoncent l'arbitrage, le top 14 forcément trop faible, le calendrier forcément trop chargé... pour justifier à bon compte la pauvreté de leurs productions ! Neutral
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Kaplan
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Jeu 22 Jan 2009 - 19:56

Je dois dire que moi aussi j'apprécie: le fond... comme la forme (c'est mon côté logorrhéique sans doute!) ... comme j'ai bien ton commentaire cher Pat'
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Jeu 22 Jan 2009 - 22:45

Kaplan a écrit:
Je dois dire que moi aussi j'apprécie: le fond... comme la forme (c'est mon côté logorrhéique sans doute!) ... comme j'ai bien ton commentaire cher Pat'

(Voyons... "comme j'ai bien apprécié ton commentaire"...? Wink)
Villepreux méritait bien çà ! drunken
...Le plaisir de se croiser dimanche à Armandie ?
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Kaplan
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Ven 23 Jan 2009 - 8:31

Pat de Mérignac a écrit:
Kaplan a écrit:
Je dois dire que moi aussi j'apprécie: le fond... comme la forme (c'est mon côté logorrhéique sans doute!) ... comme j'ai bien ton commentaire cher Pat'

(Voyons... "comme j'ai bien apprécié ton commentaire"...? Wink)
Villepreux méritait bien çà ! drunken
...Le plaisir de se croiser dimanche à Armandie ?


Oui! C'est bien "apprécié" le mot qui manque!!!

En revanche point ne nous verrons dimanche. Je regarderai le match à la télé car le dimanche, ça ne m'arrange pas du tout!

Jeudi 10h30 à Tourny, ça peut se faire !!!
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Pat de Mérignac
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Ven 23 Jan 2009 - 14:38

Kaplan a écrit:
[
Jeudi 10h30 à Tourny, ça peut se faire !!!

Jeudi, cela risque d'être plus ardu mais NOUS Y SERONS, of course !!!
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Sam 31 Jan 2009 - 18:18

La chronique de Pierre Villepreux

Le match nul entre Bath et Toulouse dimanche en Angleterre a ravivé quelques souvenirs pour notre chroniqueur Pierre Villepreux, qui nous explique que le destin européen de ces deux clubs précède largement la création de la H Cup en 1996.

Le match Stade toulousain-Bath a éveillé en moi de lointains souvenirs. Ces deux clubs ont fait un bout de chemin ensemble. C'est à leur initiative, dans les années 1980, qu'un projet visant à promouvoir le rugby en créant une compétition au plan européen avait vu le jour.

Les contacts entre Toulouse et Bath se multiplièrent. Ceux-ci leur ont permis aussi de mieux se construire. Pour avoir été invité à plusieurs reprises à animer des entraînements de leur équipe première, à Bath ou à Toulouse, quand on se rencontrait, j'ai pu mesurer la dynamique qui était la leur et leur souci de faire évoluer le rugby dans le cadre d'échanges et de compétitions nouvelles. Comme à Toulouse, même si différemment, ce club savait générer autour du jeu toutes les conditions nécessaires pour grandir dans les meilleures conditions en utilisant toutes les ressources possibles.

Cette idée novatrice d'une compétition supérieure pour les meilleurs clubs européens répondait aussi au besoin de donner au jeu une dimension nouvelle. Toulouse commençait à être une référence nationale. Bath était le club anglais le plus représentatif au plan des résultats, même si il était difficile de bien comprendre le classement des clubs britanniques puisqu'il n'y avait pas de championnat officiel. Chaque club en Angleterre à cette époque organisait son propre calendrier d'une année sur l'autre.

Communiquer en donnant au rugby une plus grande visibilité en proposant une compétition sortant du cadre national devenait une nécessité. Il s'agissait au départ de légitimer une rencontre chaque année. L'invitation pour un premier match lancée par le club de Bath au Stade toulousain en 1984 n'était pas innocente. Les deux clubs rencontrèrent les mêmes réticences de la part de leurs fédérations respectives, ce qui ne les empêcha pas d'avancer. Cependant, c'est le Stade toulousain, sur l'initiative du président Fabre, qui créa le premier Master des clubs européen. Bath y participa sans avoir l'autorisation de sa fédération et l'organisation de cette compétition par un club - en l'occurrence le Stade Toulousain - ne fut que moyennement appréciée par la Fédération française. Cette méfiance de l'institution fédérale peut expliquer la participation timorée d'Agen, pourtant dans cette période l'un des clubs qualitativement les plus représentatifs du rugby français, qui fit participer sa deuxième équipe. La Roumanie, l'Italie déléguèrent leur club champion et pour apporter un supplément d'intérêt, Ponsonby le champion néo-zélandais, les argentins de Banco de la Nation et une sélection fidjienne furent conviés à la fête. Le deuxième master, toujours à Toulouse en 89/90, permit d'intégrer d'autres clubs européens dont les Gallois de Neath.

Clubs rebelles, Bath et Toulouse ? Certainement, mais des clubs porteurs de plein d'idées et de projets.

Je n'irai pas jusqu'à dire que cette initiative a permis quelques années plus tard de créer en 1996 la première coupe d'Europe mais elle a fort justement déclenché une dynamique européenne qui aurait certainement fini par voir le jour mais... beaucoup plus tard. Que Toulouse ait gagné la première coupe, cette fois officiellement reconnue, est certes symbolique. Mais le succès des deux premiers Masters a permis de labelliser cette compétition, non seulement par son originalité, mais aussi, par l'implication des participants, par la qualité du jeu produit par les meilleurs en terme de spectacle rugbystique.

La réussite toulousaine dans la première coupe d'Europe s'inscrit à des degrés divers dans cette histoire. Les adversaires de l'époque n'avaient pas, logiquement, le regard, la perception et l'approche de cette compétition. Les Toulousains avaient un peu d'avance.

Ce club a continué à performer en Europe. Il remporta la "cup" en 2003 et 2005 et sa présence régulière dans les phases finales tendrait à prouver qu'au fil du temps, les dirigeants, les entraîneurs et en conséquence les joueurs se sont toujours sentis plus attachés et concernés que d'autres par cette compétition

Est-ce suffisant pour expliquer la présence régulière du Stade toulousain dans les phases finales. Certainement pas, mais c'est un facteur qui joue inconsciemment. Quant à Bath, il a gagné cette compétition en 98, mais l'a toujours respectée.

Peut être, est-ce pour tout cela que les matchs qui encore opposent ces deux clubs me semblent avoir une saveur différente. Cette saison particulièrement, les deux rencontres de poules, ont crée une équivoque sur leur force respective.

Il se dit de l'autre côté de la manche que Bath en terme de style est le "Toulouse anglais"

Il me reste à espérer que l'un et l'autre auront la chance de gagner respectivement leur prochain quart de finale . Une troisième opposition, mais cette fois sur terrain sec et neutre, permettrait de vérifier si la similitude des styles est palpable. Acceptons-en l'augure afin d'avoir le plaisir de partager la victoire, quoi qu'il arrive, du jeu le plus spectaculaire.

Rugbyrama - Pierre VILLEPREUX - 31/01/2009 10:16
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 4 Fév 2009 - 16:55

Chronique de P.Villepreux

Notre expert revient cette semaine sur l'affiche Paris-Perpignan et se projette sur le Irlande-France de ce samedi. Pour lui, les joueurs du XV de France devront à l'occasion de leur premier match dans le Tournoi 2009 "être prêts à offrir leurs compétences."

L'actualité rugby ne manque pas de centres d'intérêt. Cela est dû, tout en même temps, à l'attrait provoqué dans le temps par le rugby professionnel, mais aussi aux incalculables conséquences que ce succès a entraîné et continue d'entraîner.

Les perturbations - on le voit et on le lit dans les journaux spécialisés - sont tout à la fois d'ordre, sportif, juridique, financier, économique, fiscal, social. Vaste ensemble qui intègre aussi marketing, sponsoring, communication, relation médiatique etc. qui tend à utiliser plus le joueur que le jeu et qui d'une certaine manière le manipule (surtout les vedettes).

Pourtant, ce qui est visible par le public chaque week-end, et qui se devrait de rester l'élément capital et incontournable de la dynamique engendrée, c'est bien le match et la qualité de production. Infléchir la tendance deviendrait à terme un réel danger pour les joueurs qui pourraient en oublier qu'ils sont les garants par le jeu de la bonne santé du sport qu'ils ont choisi.

Entre la logique sportive et la logique générée par tous les autres facteurs, il serait dommageable d'oublier que la première se doit de l'emporter, même si il ne s'agit pas d'ignorer l'importance de la seconde. La logique sportive est composée d'éléments multiples qui touchent le règlement, les calendriers etc. qui sont nécessaires dans le cadre de l'équité sportive.

Cette logique sportive vise à placer les joueurs et les entraîneurs en situation optimale pour réaliser la meilleure performance possible dans le cadre d'une obligation de spectacle. Justement, aujourd'hui et de plus en plus, le rugby n'est pas réservé aux seuls initiés, connaisseurs et pratiquants qui pourraient se satisfaire du seul résultat. C'est donc bien de la qualité du jeu qu'il faut se préoccuper et qu'il s'agit de préserver. Il n'est pas question de vouloir réaliser toujours plus de prouesses et d'exploits, mais seulement de "bien jouer". Il n'y pas meilleure façon de perpétuer le succès populaire et les recettes. La prestation se doit d'être bonne si l'on veut que l'interaction entre le jeu et le public ne soit pas factice et qu'il se crée une dynamique qui favorisera le bon fonctionnement de l'ensemble du système, ce qui permettra tout en même temps d'éviter les dangers signalés.

J'ai assisté au stade de France au match Stade français-Perpignan. Quelle belle affiche dans un des plus beaux stade du monde! Ce qui entoure le match, les fameuses "paillettes" n'est pas gênant, même si ce que l'on montre peut paraître quelquefois excessif, et j'entends bien que le show d'avant et d'après-match participe à la vente de l'événement. Dans ce cadre, l'affiche ne garantit pas la qualité. On peut accepter que le match soit mauvais à condition d'avoir tout essayer pour le rendre bon.

Celui-ci en l'occurrence n'était ni bon ni mauvais. Mais il est dommage de voir comment tous ces joueurs comparables à des voitures de Formule 1 avec un staff d'ingénieurs autour, se sont escrimés pendant une mi-temps à jouer au rugby ping-pong comme disent les Britishs . Ce "non-jeu" dans un sport comme le handball est réglementairement sanctionné. On ne peut quand même pas créer des règles pour obliger des professionnels à entreprendre autre chose que du mauvais gagne terrain...

Ce choix est d'autant plus regrettable que les deux équipes ont d'autres armes à faire valoir. En se lâchant, sans réticences dès le début du match, il ne fait pas de doutes que Perpignan aurait gagné. Cette équipe a développé en deuxième mi-temps des séquences de jeu prometteuses très significatives de leur évolution, et les quelques erreurs liées à de mauvais choix individuels n'auraient pas, après coup, généré de regrets. Avec la patte de Carter, le jeu catalan a pris une autre dimension, il serait dommage que sa blessure hypothèque cette évolution vers un jeu moins prévisible, plus adaptatif et donc plus riche.

Le Stade français ne joue plus. Cette équipe est à l'image d'Hernandez qui devient on ne peut plus prévisible du fait du suremploi du jeu au pied (appauvrissement de son registre tactique) et ce n'est pas les étranges permutations de poste avec Bauxis qui vont améliorer la performance de cette équipe.

La question à poser, vu la rareté des bons matchs dans notre championnat, c'est peut-être de demander aux joueurs ce qui les bloque et détourne même les meilleurs de la recherche d'un jeu plus volumineux radicalement plus ambitieux. L'environnement autour du jeu ne devient-il pas trop inconsciemment un frein alors qu'il devrait au contraire être un facteur motivant?

Quand on joue à ce niveau, on ne peut accepter d'exprimer qu'une partie de ses possibilités tant collectives qu'individuelles surtout quand on sait le temps et les moyens qui sont maintenant accordés pour se préparer.

Le rugby français doit sortir de cette instabilité tactique. Il doit se transcender derrière le jeu et ne plus se réfugier derrière de fausses raisons, surtout quand on attribue le non-jeu au règlement et à l'arbitrage .

Irlande - France est une occasion pour les heureux sélectionnés d'exhiber l'étendue de nos ressources tactiques. Montrer que l'enjeu, certes est d'importance,mais il ne doit pas limiter les ambitions des meilleurs du moment. Pour qu'il en soit ainsi, il n'est pas demandé au XV de France des exploits inimaginables qui relèvent comme c'est souvent le cas de la peur ou de la colère. Pire des deux. Mais bien pour les Bleus, d'être mentalement prêt à offrir au jeu nos compétences.

Rugbyrama - Pierre Villepreux - 04/02/2009 12:12
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Jeu 12 Fév 2009 - 14:58

La chronique de P. Villepreux


Cette semaine, notre expert revient sur la défaite des Français en Irlande. Tout n'est pas bon à garder... ni à jeter selon Pierre Villepreux.

Le résultat défavorable de Croke Park va de nouveau plonger le rugby français dans les sempiterternelles discussions de comptoirs et controverses sur le jeu réalisé par les tricolores :

- Ne fallait-il pas prendre moins de risque ?
- N'était il pas meilleur d'abord d'occuper le terrain comme les Irlandais ?
- Notre puissance dans le combat est-elle suffisante ?
- Comment tenir 80 minutes quand on se lance dans un jeu tout terrain?
- Et… Chabal est ce qu'il est bien utilisé à ce poste? Qu'est ce qu'il fout Chabal au milieu des ¾ sur les espaces extérieurs?
- Autres ?

Questionnements logiques certes, mais ces soi-disant difficultés ne sont que des éléments du jeu qui, seules, ne peuvent pas apporter des solutions radicales, à même de transformer une défaite en victoire.. En tout cas, chercher à les solutionner hic et nunc ne résoudrait pas, ou très partiellement, le jeu qui effectivement à été produit en Irlande.

La vrai question réside dans le comment améliorer le jeu effectivement réalisé, non pas en extrayant des éléments, mais en le prenant en compte dans sa totalité donc en travaillant sur la bonne dynamique de jeu entrevue et sur le renforcement mental que cela nécessite, surtout suite à la défaite, pour aller plus loin.

Le bon jeu comme le moins bon sont à recadrer dans une amélioration de l'ensemble. C'est bien dans la complexité du jeu total et l'amélioration de la maîtrise des principes fondamentaux de ce jeu que réside le développement positif du jeu français. Par principes, j'entends bien ceux qui régulent en attaque et défense les mouvements collectifs des joueurs. Ceux qui pour l'attaque permettent d'avancer et de soutenir avec pertinence le porteur de balle pour assurer la vie du ballon, prés et autour du porteur de balle (cellule vie du ballon), avec la volonté consciente, quand c'est possible de continuer à avancer en "jouant debout". Tout en même temps, pour tous les autres non utiles prés du ballon, quel que soit leur positionnement momentané relativement à cette cellule, de choisir, en anticipant le futur mouvement successif, de devenir dans les espaces de jeu libérés par l'adversaire, une nouvelle force d'action qui permettra à son tour d'avancer et de soutenir dans la nouvelle cellule ainsi constamment reconstituée autour du/ou des successifs porteur de balle.

Le premier essai français traduit parfaitement la belle et efficace réalisation de ces enchaînements de tâches à la fois individuelles que collectives. La distribution appropriée de tous, sur la balle et sur la largeur permise, de jouer juste en exploitant au mieux la situation de déséquilibre créée dès le départ du mouvement.

Le positionnement de Chabal redistribué légitimement sur la largeur dans certaines occasions rentre dans cette logique. Il s'y est montré plutôt efficace et sur sa longue percée l'absence de soutien a fait avorter un mouvement qui aurait pu être déterminant pour aborder la deuxième période en situation mentalement rassurante et confortable.

En revanche, on peut donc regretter que certaines situations, tant en première que seconde période, qui avaient créé un rapport de force très favorable aux tricolores n'aient pas été exploité avec justesse. Par manque d'anticipation, le soutien était en cause.

C'est sur cette cohérence en terme de jeu juste, en plein mouvement, que le jeu collectif logiquement achoppe encore et sur lequel il s'agit surtout de continuer de travailler.

La prestation des Français a été plus qu'intéressante et il est plutôt bien d'avoir retrouvé la culture du jeu français qui est fait d'initiatives et de créativité. L'exploitation rapide et réussie des touches "vite jouées" en est la preuve, les intentions de relances des arrières également.

Ce jeu relève d'un état d'esprit collectif puisqu' il s'agit bien de constituer une menace sur tous les ballons à disposition et en acceptant la prise de risque, de savoir faire le tri entre les ballons potentiellement jouables et les autres, les injouables .

Le questionnement de départ n'aura de chance d'être réglé que si les Bleus régulent et contrôlent de mieux en mieux cette distribution des joueurs relativement au contexte mouvant des enchaînements des situations et des taches de chacun. Ces tâches ne correspondront, de ce fait, pas forcément aux tâches liées à leur poste. Le jeu devenant collectivement de plus en plus juste, chacun apportera alors progressivement dans le combat, le degré d'investissement utile et optimal qui leur est reproché dans ce match.

La défaite est aussi liée à des erreurs de défense, plus ingénues qu'inquiétantes surtout qu'elles résultent du jeu de première main des Irlandais. Elles ne nécessiteront pas de s'y éterniser, un peu plus de concentration sur les lancements adverses suffira.

Utiliser la semaine avant le prochain match contre l'Ecosse sur les seules carences constatées et sur les seules vertus du combat, on prendrait le risque de retomber dans un jeu sans ambition, du "combat pour le combat". A ce jeu, on battra sûrement l'Ecosse mais on repartira à zéro et les mêmes reprocheront alors au XV de France un manque d'ambition et un jeu sans avenir.

Enfin les fautes réglementaires comparativement à celles des Irlandais sont à prendre en compte dans la performance finale (10 contre 2). Je ne mets pas en doute la bonne foi de l'arbitre, mais les mêmes fautes cotés irlandais ont été ignorées ce qui explique aussi leur étonnante discipline pendant 75 minutes. En revanche, il me parait évident que l'arbitrage dans le Top 14 est plus flexible sur certaines règles en particulier celles plaqueur-plaqué et post placage. C'est essentiellement dans cette phase que la France a été pénalisée, logique si l'on accepte qu'il est difficile pour les joueurs de modifier des comportements acquis maintenant de manière automatique dans le championnat français.

Ce constat me permet de regretter que les nations européennes n'aient pas, comme l'hémisphère Sud, acceptées que cette phase de jeu donne lieu, en cas d'infraction (sauf hors jeu et jeu déloyal), à des coups francs et non à des pénalités. Cet aménagement dans le futur me parait indiscutable pour minorer des fautes, pas évidentes pour les joueurs. Elles seraient moins contraignantes pour l'arbitre, éviteraient un arbitrage forcément trop subjectif et apporterait au jeu un intérêt supplémentaire et une dynamique accrue.

Rugbyrama - Pierre Villepreux - 12/02/2009 09:58
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Jeu 12 Fév 2009 - 16:14

Il a raison et il a de la constance le Pierrot ! Ca fait 6 mois qu'il demande à ce que les fautes bénignes sur les ruks soient sanctionnées par un coup-franc et non par une pénalité !! Mais il fait quoi Lapasset ?? A moins qu'il soit sourd ??
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 18 Fév 2009 - 20:31

La chronique de Pierre Villepreux

Notre expert Pierre Villepreux revient cette semaine sur le jeu pratiqué par la France lors de sa victoire sur l'Ecosse samedi dernier.


Les deux dernières productions du XV de France sont, dans la forme, bien différentes. Il serait alors logique de penser puisque la deuxième a gagné et la première perdue qu'il faudrait se servir du jeu gagnant pour évoluer. Personnellement, et contre beaucoup d'avis, je persiste à dire que le jeu pratiqué contre l'Irlande tenait la route. Il me semblait qu'il appartenait enfin aux joueurs, qu'ils se l'étaient en partie appropriés. Mais, mais voilà… la France eu le tort de perdre.

Dans l'opinion, suite à cette défaite, la performance de résultat s'est quand même largement imposée sur la performance de jeu. Les théoriciens et adeptes d'un jeu sans trop de risques, d'un jeu structuré qui fait appel à l'exécution académique donc parfaite de fondamentaux, qui au demeurant n'en sont pas, ont largement diffusé leur doute de voir un jour ce jeu tout terrain, fait d'initiatives, pourtant à risque raisonnable s'imposer aux meilleurs. On y préfère un rugby moins risqué qui se construit sur des schémas précis, dans le cadre d'une occupation du terrain et de domination dans le combat, facteurs déterminants sans lesquels il n'y a pas d'espoir pour devenir compétitifs.

Ipso facto on remet en cause les capacités des joueurs pour jouer un jeu qui n'entre pas dans ces critères. Un jeu d'ailleurs, que l'on valorise quand il est joué par les autres, les Gallois, en particulier et que les Ecossais tutoient même plutôt bien. Leur jeu de mouvement se construit essentiellement sur le jeu à la main et demanderait seulement quand la situation le mérite d'être alterné avec du jeu au pied offensif. Cette équipe écossaise développe (on l'avait vu contre les Gallois) un rugby fait de vitesse, d'adaptation, de création, d'incertitude sur la défense adverse. Ce volume de jeu, même si encore imparfait, va et génère déjà des virtuosités individuelles. Ils semblent jouer avec la confiance et la conviction, ingrédients indispensables pour y croire et persévérer. J'espère que ces deux défaites ne seront pas un frein à leur perfectionnement synonyme de bons résultats. Je n'ai personnellement pas trouvé les écossais anémiques mais quand on provoque trop le jeu, ce n'est pas sérieux bien sûr.

Si les Français ont, à l'inverse de leurs adversaires, été plus frileux pour entreprendre et ce dès le début du match, c'est qu'ils ont aussi cherché à se rassurer sur les lacunes constatées lors du premier match, plutôt que de rentrer dans la dynamique de jeu précédemment vécue et palpable à Dublin. Un match n'est jamais identique à un autre et il ne suffit pas de corriger les erreurs pour que le jeu prenne la forme souhaitée. En cherchant à se rassurer, dans le combat, là où soit disant ils n'avaient pas été à la hauteur contre les Irlandais, en défense, et dans l'occupation du terrain , le jeu des Bleus a, en partie, atteint ses objectifs mais il a perdu en initiatives, en vitesse, en capacité à sortir des mouvements collectifs pour rechercher des solutions individuelles.

Les deux se combinent dans la logique du rapport de force existant ou que l'on crée. Les mouvements collectifs déployés par les Français contre l'Ecosse se sont réalisés sans avancée, sans vitesse devant la défense, ce qui explique la lenteur des sorties de balle donc la difficulté du jeu à la main successif. Quand le jeu collectif, par le jeu à la main, particulièrement quand on utilise le jeu latéral, n'avance pas, il faut recréer les bonnes conditions d'avancée par le défi individuel et par un soutien approprié au niveau du 10 et mieux, plus loin des centres. Ce défi individuel n'est pas seulement de l'affrontement et de l'impact mais bien aussi la recherche de pénétration dans les intervalles que forcément procure la défense.

Le choix par Beauxis du jeu au pied avec pour objectif l'occupation du terrain a aussi tourné court. La disponibilité des Ecossais en contre attaque pour remonter le ballon, nous ramena régulièrement au point de départ. C'est justement ce jeu que l'on avait très bien fait contre l'Irlande qui avait choisi l'occupation.

Il ne restait plus aux Français qu'à exploiter les balles de turn-over gracieusement offertes par les Ecossais, mais dans ce secteur, la réussite ne fut pas davantage au rendez-vous.

Doit-on changer jeu ? Ce qui a été fait contre l'Irlande est porteur.
Doit-on changer le groupe? Je répondrais: pour y mettre qui et pour faire quoi !

Les satisfactions d'hier, en l'occurrence les demis sont-ils devenus le temps d'un match les empêcheurs de tourner en rond? Certes tout n'a pas été bien fait et le positionnement toujours profond de Beauxis pour attaquer est discutable, mais ce joueur a, me semble t-il, les moyens de comprendre quand, comment et où il faut attaquer la ligne ou non. L'ouvreur doit, par son attaque de balle, être une menace sur la défense seule façon de favoriser le jeu de ses partenaires de l'attaque. Pour qu'il en soit ainsi il faut aussi une éjection rapide du ballon, réalisation qui, dans ce match, a aussi manqué pour beaucoup de raisons à Tillous Bordes.

D'autres possibilités en piliers ? Lesquels ? Et pour jouer quel jeu?

Rugbyrama - Pierre Villepreux - 17/02/2009 18:48
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Jeu 26 Fév 2009 - 19:14

La chronique de Pierre Villepreux

Notre expert Pierre Villpereux s'attarde cette semaine sur le choc France-Galles de vendredi soir. Selon lui, les joueurs français oidvent outrepasser l'usure physique née de la journée de Top 14 le week-end dernier et ne pas en faire une excuse pour réduire leurs intentions de jeu.

France –Galles devrait être le rendez vous du beau jeu. Mais le débat est ailleurs. On est entré une nouvelle fois, comme c'est chaque fois le cas quand le XV de France peine, en pleine polémique. Le désordre qui s'est instauré avant ce match n'augure rien de bon. En tout cas, on ne place pas les Tricolores dans les meilleures conditions pour faire face à des Gallois complètement rassurés à la fois par leurs deux victoires et par leur jeu.

J'espère malgré tout, dans ce malaise ambiant, que les Français ont une chance même minime de produire le jeu capable de battre les gallois, de ravir les spectateurs et de rendre consensuel l'évaluation médiatique.

En cause, entre autres, la compétition domestique qui a placé les joueurs face à des contraintes physiques trop élevées, compte tenu du temps accordé entre le dernier match de championnat et celui à venir, programmé en plus un vendredi soir. Joueurs et entraîneurs n'ont pas manqué d'évoquer ces cadences infernales qui pénalisent tout le monde, les joueurs, les clubs, la préparation forcement tronquée et le jeu lui même qui (dixit les joueurs), devra être plus adapté donc moins ambitieux compte tenu du contexte. Contexte qui réjouit même Gatland, l'entraîneur des Gallois, puisque lui, a contrario, a bénéficié des meilleures conditions pour préparer son équipe. Il n'en faut pas plus pour remettre en cause tout le système de fonctionnement du rugby et de procéder en urgence aux réformes

Remettre en cause le jeu espéré pour "usure physique" me semble regrettable à ce niveau de pratique. Ce match mérite d'être joué sans aucune arrière-pensée par ceux qui ont été sélectionnés. Si il y a un défi à lancer aux Gallois, c'est bien celui du jeu

Je ne suis pas certain au demeurant que cette prétendue dégradation physique du fait d'une trop grande sollicitation des tricolores aurait été évoquée si la France avait soldé ses deux premiers matches par des victoires. Le débat aurait pris une tournure différente et se serait déplacé sur d'autres points.

Il me paraît difficile pour un collectif d'aborder ce type de match avec des doutes dans la tête concernant son potentiel physique. Mais, plus grave, dans la conjoncture actuelle, cette focalisation sur les possibles manques physiques utiles aux Bleus pour assurer la performance exigée à ce niveau risque d'avoir des effets sur le mental non seulement des joueurs plus concernés (ils sont 9) mais par contagion sur l'ensemble du collectif... Les interviews de certains sont significatives. Ils y expriment leurs doutes sur leur état physique pour performer cinq jours après. Ce doute, quand il s'insinue sournoisement dans la préparation du groupe, abaisse forcement le degré d'implication et d'engagement des uns et des autres. Quand on joue ce type de match, le coeur de la performance réside bien dans cet engagement préalable, sous peine de voir le collectif se présenter avec un mental amoindri. En cas de victoire on ne manquera pas de louer la force mentale qu'il leur a fallu pour se surpasser. En cas de défaite, l'excuse sera toute trouvée.

En tout cas, aujourd'hui, dans la préparation de ce match, il faudra beaucoup de compétence et de psychologie au staff technique pour faire évacuer cette plausible déficience qui s'ancre d'abord dans le mental puis rejaillit sur le physique. Il leur faudra faire preuve de conviction pour persuader tout le collectif que les exigences physiques ne sont qu'une partie du jeu, dimension certes importante, mais pas prioritaire si le collectif tricolore sait élever son niveau tactique, auquel cas le problème posé deviendrait, en cas de réussite, totalement anecdotique.

Forcement, cette équipe est, vu les derniers résultats et comment ils ont été acquis, confrontée à un défi. Celui-ci engage tous les joueurs et va bien au delà de ce seul match. Il n'a de chance d'être relevé que si ce groupe arrive à accepter, même à dépasser, les contraintes du contexte et que tous consentent à les transformer en une dynamique de coopération sans faille au profit d'un jeu qui visera à conserver et entretenir ce qu'il y a eu de bon dans le match contre l'Irlande. C'est la seule façon d'évoluer vers un projet de jeu jamais consommé mais en continuelle évolution. Le cadre théorique du jeu recherché par Marc Lievremont existe. C'est bien aux joueurs qu'il revient de tout mettre en œuvre pour tenter de le réaliser chaque fois un peu mieux, en attendant de le faire de manière permanente. Dans l'instant, on ne peut se satisfaire des seuls épisodes.

Rugbyrama - Pierre VILLEPREUX - 26/02/2009 17:42
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 4 Mar 2009 - 16:00

La chronique de Pierre Villepreux



[color:9b22=darkred ]Notre expert Pierre Villepreux revient sur le match du XV de France face aux Gallois. Il évoque plus précisement la force mentale des Bleus.


Il est bien connu que les forces et les faiblesses psychologiques d'un joueur et à fortiori d'un collectif se reflètent dans sa production. Elles sont une des composantes qui permet d'accéder à la réussite ou à l'échec.

Les facteurs psychiques qui touchent entre autres, la motivation, la volonté, la concentration mais aussi les émotions peuvent influencer favorablement l'esprit collectif avec lequel une équipe va aborder un match.

Les motifs pour les Tricolores de se transcender contre les favoris du Tournoi étaient nombreux et chacun a su le faire individuellement car cela relève de la personnalité de chacun. Mais les orientations des motivations individuelles se sont mobilisées derrière l'objectif à atteindre dynamisant ainsi le collectif français. Le comportement collectif des Bleus s'est exprimé et s'est transcendé dans cette relation des actions individuelles avec la tache commune, réaction logique de la remise en cause après les deux derniers matchs. Chacun s'attendait à un match difficile, raide, et certainement porteur de conséquences en cas de défaite.

Ce contexte a encore plus mobilisé la volonté de tous alors qu'il aurait pu inhiber cette force psychique. Si elle a, au contraire, été activée, c'est aussi certainement que le staff a su trouver les mots justes pour modifier le comportement moral jugé défaillant contre les Ecossais. Comme par hasard, l'éventuelle fatigue qui, disait-on ici et là, menaçait ce collectif, vu les travaux forcés imposés par le calendrier, s'est brusquement transformée en une robustesse physique qui ne s'est jamais démentie. Elle s'est d'ailleurs le mieux et essentiellement exprimée dans le secteur défensif plus accessible quand une équipe a besoin de se rassurer. Cette défense de fer a permis au fil du match de créer des liens collectifs consistants. L'esprit collectif dans ce match possédait cette assise émotionnelle qui, a contrario, a fait défaut aux diablotins rouges.

C'est aussi cette cohésion et énergie en défense qui leur a permis de faire déjouer les Gallois surpris, sauf sur leur essai, de ne pas pouvoir développer leur jeu. Leur meneur de jeu Jones y perdit son rugby, la pression défensive française très haute ne lui permis pas d'animer le jeu comme il avait su si bien le faire dans les matchs précédents ce qui permit en même temps de transformer leurs joueurs les plus talentueux en joueurs ordinaires.

Pourtant, à 13- 6 en faveur des Gallois, le degré de vigilance d'attention et de concentration pouvait se briser. Ce ne fut pas le cas, loin s'en faut, et Nallet y est sûrement pour quelque chose.

Quand une équipe a de bons résultats, le sentiment de satisfaction est grand et éveille le désir d'aller plus loin mais la force psychique qui a permis ce résultat risque de ne pas être aussi puissante pour la compétition successive (match contre l'Angleterre).

Tous ces facteurs psychiques ont permis à la France de gagner et de reconquérir le c&oeligur des supporters .Ces facteurs sont nécessaires à la performance et il convient de les entretenir mais ils ne sont pas suffisants et pas forcement répétitifs à la demande.

Cette priorité psychologique a rendu un peu fade le jeu offensif des français. Il n'a pas été à la hauteur, les Tricolores étaient frileux pour entreprendre, et quand ils ont essayé, les mouvements collectifs semblaient grippés et les incompréhensions entre partenaires se traduisaient par de mauvaises décisions ou choix de jeu. Le recours au jeu au pied et à l'affrontement individuel a pris le pas sur la recherche d'un jeu plus ambitieux et plus volumineux. L'investissement dans une dimension du jeu se fait souvent au détriment des autres. Ce qui illustre que la crise morale provoquée par les deux matchs précédents a eu du bon mais de manière perverse a aussi provoqué d'autres effets, en particulier au niveau tactique.

Ce jeu sans trop de risques peut satisfaire sur un match qu'il ne fallait pas perdre, mais il ne tiendra pas la route et n'est pas reproductible ipso facto dans d'autres circonstances et d'autres matchs. Déjà, le problème du jeu, de son volume, de sa qualité se posera contre les Anglais. Le rugby rationnel et volitif produit dans ce match ne suffira pas. Il faudra savoir jouer les Anglais sur un registre plus riche sous peine de voir le processus d'évolution recherché par le staff remis à plus tard.

Rugbyrama - Pierre Villepreux - 03/03/2009 19:33
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Jeu 12 Mar 2009 - 15:51

La chronique de Pierre Villepreux


Notre expert Pierre Villepreux explique cette semaine comment le rugby à 7 peut-être une intéressante formation dans l'optique du XV.

En Argentine depuis plus d'une semaine pour une série de conférences et séances pratiques pour les entraîneurs de la région de Buenos Aires, j'ai pu suivre sur la chaîne sport la Coupe du Monde de rugby à 7 à Dubaï, mais aussi le Top 14. Le rugby est largement diffusé en Argentine. Bien sur les résultats de leur équipe nationale lors du dernier mondial en France y contribue grandement. La performance des Pumas à 7 (finaliste contre le Pays de Galles) n'est pas le fait du hasard. Il y a la volonté de mettre en œuvre une réelle politique du 7 en Argentine avec les joueurs non expatriés. Une interview de l'entraîneur de l'équipe des Pumas dans un journal national faisait part de l'intérêt pour le joueur de pratiquer le rugby à 7.

Je suis tout à fait d'accord avec cette appréciation.

Le rugby à 7 me semble être est un moyen particulièrement efficace de formation du joueur. Se confronter aux formes de jeu particulières que génèrent le 7 me parait être une étape de formation indispensable pour nos joueurs. Si l'objectif, c'est de faire accéder le joueur à XV à son meilleur niveau de jeu, il ne s'agit pas dans un processus de formation continuelle ni de sauter cette étape ni de la galvauder.

Même si le 7 ne comporte pas toutes les exigences du XV, il a le grand avantage de combiner et de multiplier à grande vitesse des situations de jeu dynamiques. L'activité mentale donc tactique du joueur est beaucoup plus mobilisée et différemment qu'au XV. La variabilité des situations, du fait de l'espace, est telle que les formes de jeu développées pénétration - jeu latérale -jeu au pied offensif s'interpénètrent rapidement et se multiplient sans cesse, ce qui oblige le joueur à une concentration supérieure pour, à la vitesse du jeu, percevoir et analyser la situation dans toute sa fugacité et de choisir parmi toutes les options possibles la plus juste ou la plus adaptée. Le 7 favorise en outre le renforcement de la compréhension des associations (liens tactiques) entre mouvements collectifs et individuels et leurs effets sur la défense. Du fait du nombre de joueurs et de l'espace, une mauvaise lecture hypothèque immédiatement la réussite.

L'activité tactique et motrice des joueurs y est forcement très sollicitée, ce qui veut dire aussi que les savoir faire techniques sont amenés à s'enrichir non pas dans leur forme fixe mais bien dans des enchaînements de combinaisons gestuelles qui dépassent la seule réalisation modélisé du geste technique. Ce qui veut dire aussi que dans le cadre de l'alternance rapide des problèmes rencontrés et dans leur continuité, de nouvelles connaissances tactiques vont se superposer et s'ancrer positivement sur celles déjà acquises dans le rugby à XV. Cette acquisition de nouvelles compétences tactico-techniques élargit le champ et le pouvoir d'action du joueur et favorise la rapidité de la lecture de la situation et dans la foulée, la réalisation de ce qui a été bien perçu.

C'est la répétition des situations, leur diversité et multiplicité, leur degré de mouvance donc leur complexité variable, qui permettent, mieux que dans le XV, de développer à la fois ces innombrables, les savoir faire tactiques et techniques, l'amplitude visuelle et mobilisent tout en même temps le joueur sur des exigences physiques incontournables à savoir la puissance et l'endurance et dans la puissance (force x vitesse) avec une attention particulière pour la composante "vitesse.

La pratique du 7 me semble être un plus pour contribuer au développement de la pensée créative des joueurs. C'est aujourd'hui un besoin qui touche le rugby français. Un investissement supérieur sur le 7 avec un projet ambitieux permettrait de jeter les fondements d'un haut niveau de maîtrise tactique et technique pour nos groupes d'élite. Les fameuses "mauvaises finitions d'actions" qui sont régulièrement mises en avant pour expliquer le pourquoi d'un match perdu trouvent aussi une explication dans des lacunes d'apprentissages que le 7 est à même, non de totalement gommer, mais de grandement améliorer.

Je viens de recevoir un mail de mon ami Franck Boivert qui réside aux Fidji. Il est intéressant de lire son analyse sur l'évolution du jeu fidjien et sur les conséquences de l'évolution de leur formation du joueur. C'est aussi un élément d'explication à leur échec en ¼ de finale lors la dernière coupe du monde à 7 dans laquelle ils étaient un des pays favoris. J'en ferai part dans un prochain article.

Rugbyrama - Pierre Villepreux - 12/03/2009 15:38
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 18 Mar 2009 - 14:36

La chronique de Pierre Villepreux


Notre expert Pierre Villepreux revient cette semaine sur la défaite des Bleus en Angleterre et sur la performance du XV de la Rose.


On attendait les Anglais dans le combat, ils nous ont confondus dans le jeu. On avait une équipe - entendait-on dire - "alourdie" pour y faire face, ils nous ont déplacés dans les espaces de jeu de faible concentration défensive. On craignait le jeu au pied pour sauter la défense française qui avait mis à mal les Gallois, ils ont utilisé le jeu au pied presque avec avarice. Ce choix de jeu, cette option ont été - n'en doutons pas - une exigence de la part de l'entraîneur Martin Johnson. Choisir de le faire devant des Français qui justement avaient été particulièrement performants dans le domaine défensif contre les Gallois relève du défi. Pratiquer ce rugby d'entrée de jeu demande que l"entraîneur et son staff aient su, dans les préliminaires de la préparation des joueurs et du match, tout en même temps, créer une tension vers un but, développer une atmosphère d'émulation collective, inclure les motifs qui autoriseront la performance, donc le succès.

Psychologiquement, avant ce match, il n'était pas très bien Martin Johnson. Le succès était impératif. De là à favoriser ce rugby relève d'une ambition qui m'a surpris et qui l'honore. Le premier essai lui a donné raison et la forte coloration émotionnelle que celui-ci a provoquée sur le collectif anglais a généré une dynamique qui ne s'est jamais démentie tout au long du match. Il a fallu toute la détermination des Français pour contrarier les efforts et l'ambition déployés en fin de match pour marquer un ultime essai. Voir les anglais jouer les dernières pénalités à la main est rare même si le score le leur permettait. Comble d'ironie, ce sont les Français qui choisirent en bottant intentionnellement en touche, d'en finir avec un match qui pouvait, comme il avait commencé, s'achever par un essai anglais.

En démystifiant la qualité de la défense française par ce premier essai, les Anglais renforcèrent leur envie de jouer et purent aussi orienter leur motivation en direction d'un rugby qualitativement bien supérieur à celui produit lors de leurs matchs précédents. Brian Ashton, le "former Coach", a dû apprécier cette "perf", lui qui rêvait de placer ses joueurs sur des bases plus dynamiques et moins structurées. L'implication dans l'affrontement et le combat n'a pas pour autant été absente. Quand la production se réalise dans cette dialectique jeu/combat et qu'elle est sous tendue par une motivation adéquate, alors les joueurs sont forcement incités à agir réellement. Ils n'attendent pas de le faire plus tard dans le match quand ils y sont obligés et que le résultat l'impose. On s'est "vidé" mais on s'est "bien amusé" peut rendre compte de la satisfaction atteinte. C'est cette satisfaction par rapport au jeu réalisé que j'ai ressentie dans le comportement des joueurs de la rose en fin de match. Elle dépassait de très loin le seul cadre du résultat et permettra de travailler dans les meilleures conditions.

On ne refait pas l'histoire d'un Tournoi qui devient rude pour les français avec un dernier match compliqué contre l'Italie. Cependant, il est bien fâcheux que le premier match contre l'Irlande ne se soit pas soldé par un succès. Malgré la défaite, la qualité du jeu réalisé par les tricolores pendant certaines périodes se devait d'être beaucoup plus valorisée. Certes, il a manqué aux Bleus un peu d'efficacité dans la finition par un manque de soutien. Ce succès dans certains temps forts de ces périodes aurait pu permettre au staff de diriger la réflexion des joueurs vers une évolution de leurs compétences dans le jeu souhaité.

Ce partage avec les entraîneurs sur le positif réalisé aurait certainement été reçu très favorablement par les joueurs. Mais la défaite et l'analyse faite ici et là, a créé plus de doute que de confiance pour continuer à avancer vers le jeu recherché, tout autant d'ailleurs sur le collectif que sur le staff. La tendance qui tend de manière toujours contradictoire à opposer un jeu ambitieux et l'implication dans le combat, a refait surface, ce qui est un faux problème.

Il faut toujours laisser ouvertes les voies permettant prioritairement de continuer à progresser sur ce qui a été positif. Résultat des courses, un match pénible sans envergure devant les Ecossais, une réaction d'orgueil contre des Gallois pris à la gorge face à une défense qui ne céda qu'une fois mais à 13 -3 juste avant la mi-temps, les tricolores n'étaient pas si loin d'être emportés par le doute comme contre les Anglais. Même si seule la victoire est belle, le jeu d'attaque produit par la France manquait par trop de volume pour se rassurer et pour aller provoquer les Anglais autrement que dans le défi physique et en faisant confiance à une forme de défense forcément détectée par les adversaires et sur laquelle ils surent parfaitement s'adapter.

Dans ce Tournoi, l'objectif résultat n'a pas été atteint, celui du jeu, en partie pour les raisons évoquées, pas davantage. L'ampleur de la défaite ne doit pas remettre en cause cet objectif jeu après lequel le staff court.

Le match contre l'Italie ne prend du sens qu'a cette condition.
Rugbyrama - Pierre Villepreux - 18/03/2009 14:13
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mar 24 Mar 2009 - 10:09

Villepreux : « Les plus entreprenants ont triomphé »


Rugby . Grand Chelem pour l’Irlande et doutes pour les Bleus. L’ancien sélectionneur des Tricolores fait le bilan du Tournoi 2009.

Le rugby, ce devrait être une joie. Celle des Irlandais à Cardiff, samedi. Après soixante et un ans d’attente, les Verts ont arraché

leur deuxième Grand Chelem grâce à une victoire obtenue sur le fil, 15-17, et sur le terrain des tenants du titre gallois. « C’est la juste récompense de nombreuses années d’un lourd travail, raconte le capitaine, Brian O’Driscoll, meilleur joueur de la compétition. Nous avons eu des bons moments et des moins bons. Cette équipe est ensemble depuis de nombreuses années. Nous voulions quelque chose de grand, nous voulions un Grand Chelem. »

La joie, ce n’était pas vraiment ce qu’exprimaient les joueurs du Quinze de France après leur score de 8-50 et six essais passés aux Italiens, à Rome. Encore moins le sélectionneur, Marc Lièvremont, qui n’a pas progressé d’un pouce dans sa volonté de faire passer auprès de ses joueurs son projet de jeu fondé sur la prise de risque et la créativité (3e place, trois victoires pour deux défaites) : « Malgré cette bonne note finale, on n’a pas fait preuve de continuité dans nos performances, avec évidemment cette énorme gifle contre l’Angleterre. Cette défaite fait maintenant partie de l’histoire de ce groupe, et de mon histoire en tant que sélectionneur. Il faut l’assumer. »

L’avenir du trio Lièvremont-Ntamack-Retière ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices, avec une tournée de juin « coupe-gorge », sans les finalistes du Top 14, mais avec deux escales contre les All Blacks et un mano a mano avec les Australiens. Pierre Villepreux, ancien sélectionneur des Bleus et apôtre de l’« intelligence situationnelle », croit pourtant toujours en ces sélectionneurs.

La hiérarchie du Tournoi 2009 est-elle conforme à celle que vous attendiez ?

Pierre Villepreux. Compte tenu de la qualité de l’Irlande et du Pays de Galles, la hiérarchie est bien respectée. Le rugby le plus entreprenant et le plus complet a triomphé. On dit souvent que l’enjeu tue l’enjeu. Samedi, les Irlandais jouaient pour le Grand Chelem, les Gallois pour la victoire dans ce Tournoi. Pourtant quel match ! Les autres sélections produisent ce jeu de manière plus épisodique, comme les Français en première mi-temps face à l’Italie, samedi. Mais tant que l’équipe de France restera branchée sur le courant alternatif - un jour on entreprend, un jour on ne tente rien -, elle ne mettra rien en place.

Comment expliquez-vous ce « courant alternatif » ?

Pierre Villepreux. J’ai du mal à l’expliquer. Les Français ont tenté de mettre en place le jeu de mouvement en Irlande. Ils auraient pu gagner ce premier match. Mais le match suivant, face à l’Écosse, plus rien. Il faut aborder les rencontres avec l’idée d’entreprendre, quitte à se tromper.

Est-ce un problème de choix de joueurs ?

Pierre Villepreux. Les joueurs conditionnent le jeu. En France, nous avons les hommes pour développer le projet de jeu visé. Je ne dirais pas quel joueur est le plus à même. Je regrette juste que Fulgence Ouedraogo (troisième ligne aile - NDLR) n’était pas présent en Angleterre et en Italie, car il entre bien dans le système choisi. Mais il y a une contradiction entre ce jeu souhaité, qui appelle la faute, et l’interprétation très fausse et subjective qui en est faite dans les médias. Les critiques fragilisent les joueurs. On ne peut pas dire un jour que le rugby de mouvement est super, pour le détruire la semaine suivante après une défaite. Les joueurs réagissent en professionnels. Ils se disent qu’à la prochaine erreur, ça va leur retomber sur la tête. À Toulouse, ça nous a pris trois ans pour mettre en place le jeu que nous souhaitions. Ce jeu dure depuis trente ans.

Le réalisme, n’est-ce pas ce qui manque aux Bleus ?

Pierre Villepreux. Le rugby de mouvement, ce n’est pas envoyer le ballon à l’aile ! Tout part de l’analyse de la défense adverse. C’est le joueur qui crée le déséquilibre en choisissant d’attaquer à l’aile, de passer par le centre ou de taper au pied. Il ne faut pas jouer tous les ballons. Il y a une fausse interprétation du rugby de mouvement.

Le championnat français prépare-t-il à ce genre de jeu ?

Pierre Villepreux. Non. C’est un championnat qui bloque tout : la tête des présidents de club qui veulent des résultats, par conséquent celle des entraîneurs qui doivent gagner les matchs, et celle des joueurs pris dans le système. Il faut libérer les joueurs pour libérer le jeu. On est loin du compte avec un championnat où la peur de descendre s’instaure après trois matchs perdus. Il faut de la sécurité, offrir la possibilité de réaliser de grands matchs. Je ne suis pas pour une ligue fermée, mais pour un système où les deux derniers du classement disputent un barrage contre les deux premiers de deuxième division en fin de saison. Quant à diminuer le nombre d’équipes, ça ne sert à rien s’il s’agit juste d’enlever deux matchs.

Faites-vous encore confiance à Marc Lièvremont ?

Pierre Villepreux. Si j’ai bien compris ce qu’il souhaite faire, oui. Même si je ne suis pas d’accord avec toute sa façon de gérer le groupe. Certains joueurs qui n’étaient pas dans l’équipe au départ sont réapparus à la fin, alors que l’idée était de réduire le groupe. La cohérence et la logique doivent être respectées jusqu’au bout.

Entretien réalisé par Stéphane Guérard - L'Humanité - 23/03/09
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 25 Mar 2009 - 22:38

La chronique de P. Villepreux


Cette semaine, notre chroniqueur Pierre Villepreux revient sur le bilan français, après le Tournoi des 6 Nations, sur le plan du jeu mis en place.

Fin de tournoi et forcément bilan. Ce tournoi n'a pas été plus mauvais qu'un autre mais qualitativement pas meilleur. Comme beaucoup d'événements sportifs, le rugby ne peut se satisfaire du seul résultat et ne peut se contenter de matchs gagnés sans panache, sans habileté, sans créativité. L'effort fait pour gagner doit s'accompagner d'un minimum de manière, sinon comme le résume très bien les joueurs, "on a fait le boulot", expression affreuse pour des sportifs qui exprime l'abandon des valeurs du jeu au profit d'une attitude de soumission aux contraintes du moment. Même si ce n'est que passager. Ce réalisme, qui place forcément le résultat avant la qualité du produit, me semble agir, sinon négativement sur les joueurs et sur l'environnement, du moins en hypothèquant la quête d'un rugby plus riche et forcément plus ambitieux. La qualité d'un produit, en l'occurrence le jeu, renvoit à certaines dimensions et l'appréciation de cette qualité, par les uns et les autres, divergent. Le résultat, lui, n'a aucune valeur subjective. Il est ou n'est pas.

La qualité du spectacle rugby se manifeste dans de nombreuses composantes qui, prises en soi, peuvent satisfaire (esprit d'une équipe, talents de ses joueurs, la beauté des gestes, facilité technique, combativité, jeu des joueurs de notoriété,...) mais toutes ces composantes sont insuffisantes pour séduire si, en fin de compte, on ne se reconnaît pas derrière un style de jeu, facteur identitaire majeur qui situe et classe une équipe et fait sa réputation. Un match n'est jamais identique à un autre, et la production est forcément différenciée, mais la victoire ou la défaite s'inscrit dans une appréciation du jeu tactique de l'équipe qui n'a de sens que dans la permanence de sa mise en oeuvre. Cette exposition d'un style dans le temps est nécessaire. C'est un défi que doivent se lancer conjointement les joueurs et le staff et s'y tenir, indispensable si on veut légitimer le style choisi auprès de l'environnement. On sait qu'il y a ceux qui vont vite adhérer et les autres. Le fan club est l'accompagnateur incontournable mais avancer coûte que coûte malgré les oppositions est déterminant pour avoir une chance de réussir et amener une majorité à se reconnaître derrière un jeu qui imposera aussi sa diversité aux adversaires Sans identité mobilisatrice à même d'engendrer chez les joueurs une autonomie croissante porteuse d'une dynamique de progrès, de novations et de confiance. Cette dynamique est indispensable pour ne pas avoir à faire un pas en avant et deux en arrière. C'est pour un staff et des joueurs entre deux statuts, celui d'être "actif" par rapport à ses convictions ou celui de "contemplatif" par rapport au jeu des autres.

Je ne pense pas qu'il y ait des différences majeures entre les capacités des joueurs des différentes nations. Capacités traduisent des ressources, celles-ci pour faire court, sont d'autres tactiques et techniques, (ce sont celles qui mobilisent le plus la compréhension et la connaissance du jeu), d'ordre physique, enfin d'ordre mental (intensité et degré des motivations). Les unes ne vont pas sans les autres, elles sont interactives et dans un travail de formation ou de perfectionnement, elles s'enrichissent mutuellement.

Selon que l'entraîneur structure plus ou moins le jeu, on mobilisera les joueurs sur un jeu plus programmé et forcément moins adaptatif et vice versa. Le sens que l'on donnera à la situation et la fluidité des mouvements collectifs et de leurs exécutions s'en trouveront modifiés.

Quel est le degré de structuration utile pour ne pas ne pas abaisser le seuil d'adaptabilité d'un collectif ? La question reste posée ? Mais choisir de passer par le travail de structuration avant de développer les potentialités adaptives me parait hypothéquer grandement la progression d'une équipe y compris a un haut niveau de pratique, mais la tendance, c'est de croire qu'à ce niveau, la dimension 'compréhension et connaissance du jeu' doit être acquise, ce qui est une erreur.

Dans ce cadre, le jeu français est à un tournant. Le jeu que dit vouloir développer le staff français implique les joueurs dans un travail auquel ils ne sont pas forcément tous habitués en club puisqu'il s'agit bien de recréer les conditions du jeu total, celui que l'on retrouve dans la compétition. Conditions de jeu total qui créent les variations adéquates en fonction de l'évolution de la situation. Une action collective bien menée se distingue par la fluidité de son déroulement à la fois dans le temps et dans les espaces de jeu. C'est la synchronisation optimale des diverses actions (somme de toutes les actions individuelles qui la composent) qui va rendre l'action efficace et permettre des enchaînements fluides (la continuité du jeu qui avance avec tout les ingrédients qui vont avec en terme de vitesse et technicité). La réponse est bien tactique puisqu'il y bien adaptation tant individuelle que collective à la réaction de la défense. C'est le replacement défensif qui guide les choix de jeu en allant jouer là où la défense présente des faiblesses.

Le jeu alternatif des français dans le tournoi trouve une explication dans ce manque de constance dans la justesse d'exploitation des situations évolutives rencontrées. Le fameux "référentiel commun", indispensable pour aller vers du "mieux jouer efficace", reste à perfectionner. Cela ne peut se faire que dans un travail qui implique tout le collectif dans un rapport de force qui prend en compte toute la complexité du jeu.

Bien sûr, on peut choisir de jouer au rugby autrement, mais le type de formation sera différent et ne créera pas les mêmes joueurs. C'est un choix qui est tout à fait respectable et a fait ses preuves. J'espère que les adeptes sauront le défendre surtout quand ce jeu ne sera pas gagnant.

Rugbyrama - Pierre Villepreux - 25/03/2009 17:01
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Lun 6 Avr 2009 - 14:17

La chronique de Pierre Villepreux


Notre expert Pierre Villepreux revient sur la réunion de Londres organisée par l'IRB pour valider les règles expérimentales testées depuis trois ans partout dans le monde.

La dernière réunion organisée par l"IRB à Londres, en présence des pays les plus représentatifs du haut niveau, avait pour objet de valider les règles expérimentales testées maintenant depuis plus de trois ans un peu partout dans le monde. En 2004, à Auckland, a eu lieu une conférence sur le jeu à laquelle participaient les fédérations participatives et donc les entraîneurs des diverses équipes. Ces derniers ont proposé de "relooker" certaines règles qui n"étaient plus en adéquation avec ce que l"on devait attendre de la production rugbystique si l"on voulait que ce jeu soit un vecteur de développement important et qu"il réponde aux attentes de tous les partenaires, ceux qui le pratiquent mais aussi tout l"environnement.

Les propositions de réflexion faite à l'IRB concernaient :
- le plaquage et post-placage et les hors jeu qui occasionnaient des décisions très subjectives de la part des arbitres
- le maul, jugé par les techniciens présents comme "indéfendable" avec les règles de cette époque
- le nombre de joueurs en touche qui donnait lieu à des tricheries difficiles à détecter par les arbitres
- le retour du ballon dans les 22m et les options de jeu au pied successives
- les pénalités et le poids trop élevé des sanctions sur certaines fautes (transformation de cette sanction en coup de pied francs)
- la redéfinition de la règle pour le poteau de coin de la ligne d'en but.

La commission mise en place par l'IRB a donc pris en compte ce constat pour proposer des règles expérimentales mais elle a aussi réfléchi pour donner au jeu une dimension plus dynamique, plus spectaculaire avec plus d'options de jeu pour les joueurs.

La volonté de la commission visait, autant que faire se peut, à aller vers un jeu :
- plus facile et plus simple à jouer et à comprendre pour les joueurs et arbitres
- plus agréable à voir et à comprendre pour ceux qui le regardent

En même temps :
- redonner du pouvoir aux joueurs pour qu'ils soient réellement responsables du jeu produit et de leur jeu, et ainsi ne pas être conditionnés par les injonctions arbitrales, surtout dans les phases cruciales de rucks
- que ces modifications soient garantes des valeurs et de la spécificité du rugby

Toutes les soucis énoncés plus haut ont été pris en compte. Cependant,d'autres propositions règlementaires non répertoriés lors de la conférence d'Auckland 2004 ont été faites et, entre autres, celle touchant le positionnement des joueurs ne participant pas à la mêlée (ligne de hors jeu).

Commencé à Stellenbosh en Afrique du Sud, le processus expérimental s'est réalisé aussi en Ecosse, Australie, Nouvelle-Zélande, France, Angleterre et Irlande mais toutes ces pays ne l'ont pas testé dans leur totalité et c'est regrettable car leur jugement sur sa pertinence est tronqué.

Ce processus d'évaluation a été qualificativement remarquablement mené et a jumelé les aspects d'analyses du jeu et ceux sécuritaires. Tout en même temps ont été répertoriés les avis et évaluations des joueurs, des arbitres et des entraîneurs sur toutes les règles expérimentales testées. Toutes les règles, leur justification, et les statistiques correspondantes ont été exposées aux pays représentés par un membre de la commission IRB.

Certaines règles furent validées à l'unanimité. Il s'agit de celles concernant :
- le poteau de coin
- le rôle et place des arbitres assistants
- la touche rapidement jouée

D'autres ont donné lieu à des débats constructifs mais acceptées :
- les lignes de 5 m sur la mêlée
- le retour du ballon dans les 22 m avec pas de gain de terrain si coup de pied direct

En revanche , certaines et non des moindres ne seront pas "recommandées" à la "rugby Committee" qui est la "Commission du jeu" de l'IRB. Il s'agit de :
- l'écroulement du maul
- de la non limitation du nombre de joueurs participants à la touche
- de la transformation des pénalités en coups francs

Personnellement, ces trois règles me semblaient répondre totalement aux soucis d'évolution nécessaire au jeu de rugby pour devenir attrayant, plus dynamique, plus varié. Les raisons invoquées sont certes recevables mais refusent du même coup que, pour mieux les utiliser, il faut du temps, mais surtout de la volonté pour les joueurs et entraîneurs de se les approprier positivement et de faire preuve de créativité pour enrichir tactiquement leur utilisation. Ce n'est d'ailleurs pas par hasard que les joueurs qui ont testé ces règles se sont prononcés favorablement.

C'est dommage car avec le maul ancienne version, les vieilles stratégies vont ressurgir (séries de maul répétitifs, longs à souhait) et la recherche de la pénaltouche source d'essais assurés compte tenu des difficultés procurées aux défenseurs pour stopper cette forme de jeu. Le retour à un nombre de joueurs identiques en touche accentuera les choix de passage par un maul avant de lancer le jeu et moins d'utilisations directes.

La transformation des pénalités en coup franc était une occasion unique, grâce aux options de jeu accordées (jouer vite - au pied – mêlées), de donner au jeu une vie tactique différente et enrichie et préservait le style de jeu de chacun. Seuls en effet les hors-jeu et le jeu déloyal sont sanctionnés par une pénalité les autres fautes le sont par un coup franc. Rappelons que les joueurs qui ont joué avec ces options ont donné un avis très favorable.

Globalement si l'hémisphère sud s'est prononcé favorablement sur ces trois règles, le Nord s'est montré beaucoup plus réticent même si certains pays après une nuit de réflexion sont revenus en arrière et ont proposé un aménagement de la règle qui pourrait satisfaire la plupart d'entre eux, dont la France. Elle a proposé de pénaliser en plus des hors-jeu le cas des joueurs retardant volontairement les libérations dans la situation plaqueur-plaqué qui, rappelons le, n'est pas une règle expérimentale.

Où va-t-on maintenant ? Quelle procédure va être employée pour que ces règles expérimentales soient définitivement adoptées ? La décision n'appartient pas à la réunion de Londres. Il s'agissait de s'appuyer sur cette réunion mondiale pour fournir des "recommandations " au "rugby committee" (commission sportive de l'IRB). Elle est compétente pour proposer à "l'Executif Committee" (bureau directeur de l'IRB) les adoptions souhaitées mais aussi pour voir si il faut aller plus loin dans l'expérimentation de certaines règles et bien sûr celles qui ont posé problème à Londres. Il faut aussi noter qu'une règle ne peut être définitivement adoptée que si 75% des membres du comité Directeur votent favorablement. Pas vraiment gagné !!!!

Enfin quelques règles non expérimentales ont été évoquées .Parmi les plus importantes, on peut noter la proposition française visant, par la règle de la carence, à mettre fin aux mêlées simulées. Cette proposition a reçu globalement un avis favorable. De mêm, il est pratiquement acquis que la durée des mi-temps, passent de 10 à 15 minutes.L'extension de la vidéo à des phases de jeu autre que la validation ou non des essais ne sera pas recommandée. On en saura plus après la réunion du Rugby Committee du mois de mai en attendant juin pour la décision finale de Exécutif Committee.

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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Jeu 9 Avr 2009 - 16:12

La chronique de Pierre Villepreux


Avant le quart de finale face à Cardiff, notre expert Pierre Villepreux analyse le jeu toulousain et les raisons du succès à Brive.

L'ample victoire du Stade Toulousain à Brive ne manque pas d'interpeller puisque elle a été réalisée avec un groupe mixte. Ceci tendrait à prouver que le jeu toulousain se conjugue avec la même efficacité quelle que soit la valeur présumée des joueurs composant le collectif. Ce jeu toulousain est la conséquence d'un fort ancrage culturel qui touche, même s'ils ne s'en rendent pas compte, tous les joueurs et pas seulement ceux issus de la formation stadiste. Etrangers comme joueurs arrivant d'autres clubs épousent et s'inscrivent adéquatement dans le temps et avec une relative facilité dans le jeu collectif.

Il ne s'agit pas en effet de croire que leur seul talent est suffisant. J'ai pu constater, dans d'autres clubs, que le rendement de joueurs tout aussi talentueux semble différent justement parce que leur potentiel est incomplètement exploité. Quand tout fonctionne comme ce fut le cas à Brive, alors le "bien joué" est essentiellement la conséquence de la pertinence des déplacements et replacements collectifs qu'à la valeur des individualités. La tendance en effet dans l'analyse du pourquoi d'une supériorité, c'est d'accorder aux hommes et à leur talent un pouvoir et une dimension émérite, malheureusement il ne suffit de leur faire changer de maillots pour avoir les mêmes effets.

La force des Rouges et Noirs, c'est l'utilisation sans réticence de formes d'actions dont ils ont la maîtrise mais elles ne sont pas figées, les faire évoluer voire les modifier, les varier de manière créatrices est indispensable pour pouvoir répondre à la situation présente et à son efficace continuité. Ces compétences traduites individuellement et collectivement dans la compétition se perfectionnent dans les entraînements où l'on aménage l'alternance de situations répétitives, dans des conditions semblables, et de moments de variation dans des conditions changeantes indispensable pour que le jeu de l'un (le porteur de balle) devienne à la vitesse du jeu et quel que soit la pression le jeu des autres (les partenaires proches ou lointains).

Le jeu de main toulousain a permis de détruire l'équilibre défensif des Brivistes et ont créé des situations porteuses d'une ou plusieurs solutions, faisant émerger la place prise par le porteur de balle, premier décideur de l'action à mener sur laquelle va se greffer à la fois le jeu collectif de ceux qui sont proches mais aussi celui du soutien déjà engagée dans le jeu successif. Dans les mouvements produits par les toulousains, tout ne fut pas parfait en terme de réalisation, mais les erreurs (mauvaises passes le plus souvent) n'altérèrent pas le jeu successif qui rebondit, grâce à la présence d'un soutien et toujours par le jeu de passe dans un espace différent de moindre pression défensive.

C'est cette plus grande capacité des Toulousains à donner, mieux que leurs adversaires, une réponse tactique et technique adaptée au jeu situationnel qui fait leur force et qui ne peut être contrarié que par une grande pression défensive. Brive n'a pas su la créer et regarda jouer les Toulousains, les laissèrent prendre le score. Obligé d'utiliser plus que de coutume les ballons à la main, il a manqué aux Brivistes, capables individuellement de créer des situations intéressantes, cette capacité à enchaîner le jeu rapidement; La distribution offensive était trop partielle pour assurer une continuité efficace. La perception et l'anticipation des déplacements rapides de la balle, et conjointement dans le même temps du déplacement des partenaires et adversaires dans l'espace proche de celle-ci et plus éloigné revêt une importance déterminante dans l'activité en jeu du joueur.

Il s'agit bien ici de parler d'une situation complexe, puisque globale, du mouvement lui même et des espaces de jeu où il conviendra pour tous les joueurs d'intégrer ce qui s'est passé avant, ce qui se passe dans l'instant et ce qui se passera après. C'est à force d'exercices pratiques dans le mouvement général et donc d'expériences situationnelles jamais complètement identiques (même si proches) que la perception du joueur s'affinera en faisant le tri entre les bons repères et indices et les mauvais, ces mouvements étrangers perturbateurs, ces mauvaises informations, qu'il faut ignorer, qui sont responsables des mauvaises décisions.

Pour en revenir au contexte score, il força l'adversaire à sortir de son jeu préférentiel (occupation du terrain avec le jeu au pied d'Andy Good). C'est toujours une aubaine pour Toulouse maître dans l'art d'exploiter les balles de récupération. Ce jeu, bonne défense récupération, exploitation rapide du ballon sur la faiblesse momentanée de la défense devrait être un atout important contre les Gallois de Cardiff, équipe joueuse donc quelquefois forcément à la faute, mais il faudra bien sur savoir faire cela et avoir d'autres compétences pour battre Cardiff au Millennium.

Rugbyrama - Pierre Villepreux - 09/04/2009 14:19
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Lun 20 Avr 2009 - 9:30

La chronique de P. Villepreux



En s'appuyant sur l'exemple du football anglais, notre chroniqueur Pierre Villepreux revient sur les ingrédients qui transforment le sport en spectacle de qualité.


Digression sur le football

Le football comme le rugby est un sport d'opposition. Il faut pour marquer des points, peu importe la manière de le faire, atteindre une cible. Lors du dernier match Chelsea-Liverpool, la cible à été atteinte huit fois. Je ne sais pas honnêtement qui méritait de gagner, et à la rigueur peu m'importe, mais je suis resté devant la télé jusqu'au bout.

Quand le football met en scène ce type de spectacle, on est dans un art, celui de l'excellent. Ce match rend forcément plus terne toutes les productions, celles où l'on se satisfait du seul résultat et où on entend dire "avoir fait le métier".

Attaques-but, pertes de balles-contre attaques-but, gestes techniques sortis d'ailleurs, initiatives, prise de risque, liberté, désordre et forcément créativité, les deux équipes donnaient l'impression d'avoir pactisé avec le jeu. Je n'ai pas identifié de stratégie évidente tant défensive qu'offensive. Le fameux football total de Johan Cruijff, tout le monde attaque, tout le monde défend sur tout l'espace de jeu, serait-il de retour ?

Dans tout sport collectif, il faut de la liberté pour que la créativité s'exprime. Dans ce cadre, l'action créative va devenir l'affaire de tous, une synergie seule à même de favoriser l'acte individuel de création que l'on reconnaîtra comme déterminant puisque efficacement diabolique. Mais cette action créative n'appartient pas seulement au "Je" (celui qui l'a réalisée), il est la conséquence du "nous" (il appartient à tous) et devient fédérateur d'une encore plus grande dynamique collective.

Il revient nécessairement à l'entraîneur de créer les conditions de l'engagement des acteurs du jeu dans le sens de ce processus créatif. Processus de relation et de partage qui va leur permettre de vivre leur production plus intensément, leur rendra le pouvoir que les stratégies excessives leur ôtent et créera dans la continuité une fièvre contagieuse propice à un perfectionnement illimité.

Ce type de match laissera la souvenance d'un match référence, parce qu'il a su produire sur tous spectateurs, téléspectateurs, joueurs et entraîneurs, étonnement, émotion, excitation admirative, ce sont les facteurs-clés du spectacle, ceux qui enlèvent tous les suffrages. Mais en plus, pour les perdants, on vit la défaite avec une plus grande tolérance, la défaite devient porteuse d'espérances et dans la dramaturgie ambiante, le poids de l'arbitrage est démystifié.

Ce match n'est peut-être qu'un épiphénomène, pas bien sûr reproductible à la demande, mais il devrait servir de réflexion sur ce que l'on attend du spectacle sportif, et donc de la qualité, donc de la forme de la production utile pour fidéliser et séduire ceux qui le regardent. Quand on pénètre dans un stade, on ne connaît pas le contenu du spectacle ni sa valeur, on va y chercher un résultat. Le résultat ne se soucie pas de la qualité, donc de la manière mais pour qu'il y ait spectacle, il faut que les deux se combinent, ce qui oblige à avoir une formule de la compétition qui crée les conditions pour qu'il en soit ainsi.

Le rugby ne produit plus au plus haut niveau ce type de match. Le jeu ponctuellement d'une équipe peut le côtoyer mais rarement les deux ensemble. Bien des raisons peuvent être avancées. La tendance actuelle,du fait des technologies pointues d'analyses, de prendre en compte plus le jeu adverse que son propre jeu, en est peut-être une. A regarder les autres, on joue par rapport au jeu de l'autre, en oublie ses forces et indirectement, on se fragilise.

Dans notre rugby, en France, on a les acteurs pour réaliser plus souvent un spectacle de qualité et, dans cette dynamique non remise en cause, obtenir des résultats pour retrouver un standing en Europe et dans le monde. Il faut pour cela savoir ne pas abandonner au moindre accroc, ni rester dans la demi mesure et le "oui mais". Ce sont bien des convictions qu'il faut transmettre aux acteurs et en aucun cas des certitudes, seule façon pour que les interrogations l'emportent sur les réponses.

Le pouvoir fort qu'au fil du temps l'on a confié aux entraîneurs et qu'ils se sont logiquement octroyés, les place maintenant en pôle position pour expliquer.Mais cette explication est trop souvent une interprétation politicienne. L'analyse objective, l' expertise qui est la sienne, il la réserve à ses joueurs. J'aimerais entendre dire, on n'a pas assez joué, on n'a pas été assez ambitieux, et pourquoi ?

Une communication vraie où le partage du jeu, celui réellement réalisé comme source d'évolution vers le "encore plus", deviendrait un credo à même de générer comme le dit Jacques Verdier dans l'Edito de Midi Olympique "une force identitaire" sur laquelle on ne reviendrait pas constamment. C'est cette force que me semble aujourd'hui détenir le football anglais. Elle transparaît dans la forme puisque les joueurs sont mentalement prêts à s'y engager sans crainte des conséquences, et dans ce jeu, leur potentiel est optimalement, non seulement utilisé, mais tout en même temps développé. La sanction, le résultat négatif ne donnent plus alors mauvaise conscience, il constitue un choc psychologique et pas simplement un échec avec les conséquences qui vont avec, doute et perte de confiance en soi et en l'autre. C'est ce qui me paraît se dégager dans l'ensemble du jeu anglais et de son championnat domestique, et donc reconductible dans la compétition supérieure, la champion's league, avec les résultats que l'on sait et curieusement mis en oeuvre, et place par un maximum d'étrangers qui, je pense, n'aurait pas ce type de rendement dans un autre contexte.

Rugbyrama - Pierre Villepreux - 16/04/2009 12:03
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Aujourd'hui à 22:50

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