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 La chronique de Pierre Villepreux

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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Jeu 30 Avr 2009 - 12:59

La chronique de Villepreux


De retour du Chili, notre consultant Pierre Villepreux analyse le système de formation des footballeurs en Amérique du Sud et sa transposition au rugby.

Comment se forment les champions de football en Amérique du sud? Pour avoir visité ces pays et encore dernièrement le Chili, on est toujours frappé dès que l'on sort du centre ville par le nombre de terrain de jeu existants à la périphérie des villes. Leur qualité est certes variable, peu, disons plutôt pas de gazon, et tracés inexistants. Seuls les poteaux sont référentiels et caractérisent le pourquoi de la pratique. Ces terrains ouverts sans restriction à tous, sont, toute l'année m'a-t-on dit, et sans discontinuer des lieux de rassemblements incontournables pour les enfants des quartiers socialement moins aisés. On y joue "pour jouer" sans entraîneur ni arbitre et curieusement selon les âges, dans les oppositions spontanées, les meilleurs se regroupent, ce qui implique, vu le nombre de postulants pour participer, qu'il faut aussi "gagner sa place". Le niveau de jeu est donc en adéquation et permet d'aller en continuité vers une bonification constante de leur potentiel tant technique que tactique et du même coup physique.

Dans ce jeu libéré, on remarque facilement la supériorité des plus talentueux. Ils s'y expriment avec une gestualité et une lecture du jeu supérieure. Tenter et oser, sans contrainte sans restriction venant de l'extérieur et de manière fréquente, permet d'accumuler, sur les bases d'appréciation des situations rencontrées, un maximum d'expériences. Expériences qui sont le fruit de leur perception propre du jeu, de leur manière de se rendre compte de leurs actions, mais sont aussi indirectement consolidées par l'imitation des meilleurs grâce à la visibilité du football sur les chaînes TV. Ce jeu mobilise supérieurement leur activité intellectuelle, développe la compréhension du jeu à réaliser et donc les connaissances tactiques. Celles-ci sont en étroite interrelation avec les habiletés techniques. Ces deux dimensions s'enrichissant mutuellement au fil du temps.

Il n'est pas étonnant que la plupart des champions de ces différents pays comme me le confirmait, il y a encore peu de temps un ami brésilien, aient vécu ce type d'activité formatrice. Le grand investissement des jeunes est lié à la fois à la visibilité du foot mais aussi à l'espoir que peut susciter le professionnalisme, à savoir l'espérance d'une reconnaissance future.

Ce même contexte existe en Afrique et certainement ailleurs. Le rugby est-il à même de procurer cette auto appropriation régulatrice d'une pensée tactique et technique qui échappe aux regards des formateurs ?

C'est grandement improbable. Sauf peut être dans les îles du Sud et particulièrement aux îles Fidji même si, comme me l'écrivait dernièrement mon ami Franck Boivert, formateur éprouvé qui réside dans ce pays, le "Fidji flair" est en voie de disparition chez les jeunes des villes. Seuls leurs camarades des îles plus isolées de la civilisation ou dans les villages reculés continuent à entretenir cette tradition de formation sans guidage extérieur du joueur. Les facteurs inhibant le "Fidji flairé sont à ciblés dans la formation dispensée par les entraîneurs fidjiens qui interviennent maintenant plus tôt dans le processus de formation et imposent une démarche analytique basée sur la répétition et des formes de jeu par séquences programmées. Cela se traduit par un appauvrissement de la quantité et de la qualité des habiletés techniques, sont un élément certains mauvais résultats (à 7 en particulier domaine préservé des fidjiens) et hypothèque à terme l'éclosion de joueurs d'exception et donc l'émergence de processus créatifs.

Cette formation par le seul jeu n'est pas bien sur suffisante, mais elle est essentielle dans un processus d'enseignement si on veut à la fois, favoriser, voire transcender par la suite le perfectionnement du joueur vers le plus haut niveau. Il s'agit de mettre en œuvre les conditions pour produire ces leaders, meneurs de jeu, créateurs qui n'ont pas peur d'entreprendre et savent pourquoi quand et comment. Ce n'est pas un potentiel qui nous manque en France, mais bien ce type de joueurs et ce... n'est pas moi qui le dit). Ces joueurs "pilotes" apporteraient, de manière quasi permanente, par la justesse de leur décision, dans le cadre d'un projet de jeu clairement défini, une cohérence au jeu collectif et à terme une identité reconnue, celle de notre plus haut niveau.

Les haut et bas de notre équipe nationale mettent forcement en avant certaines carences de formation dans le processus qui conduit les plus jeunes vers le haut niveau.

Ne me faîtes pas dire que c'est la formule miracle de formation. Les limites de cette seule activité ludique sont certaines. La conduites des séances d'entraînement des jeunes dans notre contexte et système ne permet plus ou ne consent plus, du fait du nombre très limité des séances, ce jeu libre et sa répétitivité. Il n'est pas question de seulement laisser faire, et de réduire les contenus d'entraînement à la mise en œuvre d'une activité spontané en croyant qu'elle serait à même de résoudre tous les problèmes d'apprentissages. Mais bien de favoriser, d'utiliser ce jeu libre en proposant des contenus, des exercices qui soient adaptés aux besoins du moment joueur, relativement à ses aptitudes du moment et aux compétences recherchées. Il s'agit bien d'un guidage qui, en utilisant le jeu et la liberté d'initiative indispensable, place le joueur en situation favorable pour apprendre, se transformer, se perfectionner. Il s'agit de le faire entrer dans une logique de progression, offerte dans le cadre du climat ludique que génère le travail en opposition indiscutablement toujours plus motivant.

Cette étape fondamentale du "jeu pour le jeu" et de la formation par le jeu est de plus en plus délaissée dans le développement des jeunes joueurs qui se voient imposer par les entraîneurs des solutions avant même d'avoir été confrontés aux besoins différentiels qui sont ceux de leur niveau du moment, ceux qui leur permettraient de mobiliser toutes leurs ressources du moment vers un niveau plus élevé dans ce climat ludique propre à entretenir les motivations utiles.

Cette démarche n'est pas à découvrir. Elle existe .Elle est proposée dans les formations fédérales mais certainement mal comprise car la transcription de la théorie à la pratique principalement dans la plupart des écoles de rugby laisse dubitatif sur sa réelle compréhension et par voie de conséquences, les effets pervers de cette situation initiale s'exprime à des niveaux supérieurs de pratique.

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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mar 5 Mai 2009 - 17:25

La chronique de P. Villepreux




Notre consultant Pierre Villepreux revient sur les demi-finales de Coupe d'Europe et sur le côté injuste et imparfait de l'issue des tirs au but.

Deux excellentes demi-finales de Coupe d'Europe. Beaucoup d'intentions de jeu et un engagement physique et mental optimal pour tous. Le Munster, logique favori mené au score, une situation que cette équipe n'apprécie pas. Obligé de sortir de son jeu habituel dans les dernières 15 minutes, le "tout à la main" devenait un exercice difficile pour ce collectif. Choisir d'utiliser la balle en privilégiant le jeu large sans le recours du jeu au pied n'est pas dans ses habitudes. Les champions en titre s'y brûlèrent définitivement les ailes. L'interception n'a rien du hasard. Le jeu sauté répété d'O'Gara n'a pas échappé à O'Driscoll. Quel que soient les matchs, le virevoltant centre du Leinster réussit toujours un exploit, il affectionne les coups d'éclat. Sa longue course vers les poteaux adverses mit ses adversaire définitivement KO.

L'autre match mérite un autre type de réflexion. La victoire a été obtenue après que les Gallois de Cardiff accrochèrent les prolongations sur de superbes mouvements collectifs, la vigilance défensive de Leicester ayant faibli du fait de l'ampleur du score et du peu de temps restant dans un match que les anglais ont dominé et qu'ils ont failli perdre suite au règlement qui impose après les prolongations les fameux tirs aux buts. On y arrive rarement en rugby et cela mérite une réflexion. .

Dans notre sport, l'équité rugbystique, de par la charte du jeu, donne aux deux équipes les mêmes droits et les mêmes chances pour accéder à la victoire. Le règlement tel qu'il est conçu en coupe d'Europe en cas de match nul parfait après prolongations (tirs au but par cinq joueurs différents de chaque équipe) ne remet pas en cause cette équité mais il met en lumière son inévitable imperfection.

Impliquer cinq joueurs différents par équipes, voire plus pour accéder à la victoire, alors que dans le match qui les oppose, cette responsabilité est confiée à un, voire au plus deux, joueurs spécialisés dans cet art, équivaut à introduire une grande part d'aléatoire dans la performance. La logique, et c'est ce qui se passe, c'est de confier, pour se donner les meilleures chances de gagner, au plus expert des buteurs de l'équipe le soin de "scorer". Dans le jeu actuel, la compétence du buteur est déterminante.

Si le jeu n'a pas pu départager les deux équipes et si on accepte qu'il n'y a pas d'autres alternatives que d'en arriver aux tirs aux but, qui effectivement sont représentatifs de la réalité de notre jeu pour accéder à la victoire ; pourquoi alors ne pas confier la responsabilité de cet exercice à celui qui en a la charge durant le match. Le défi entre buteurs existe déjà durant le match, on serait alors dans une logique de continuité entre experts.

La concurrence entre buteurs est une réalité dans chaque compétition puisque un classement met en valeur les performances des uns et des autres. Les exigences de travail pour devenir un bon buteur sont importantes, ce n'est pas par hasard que toutes les équipes se dotent d'un entraîneur spécialiste. Les buteurs sont préparés psychologiquement pour faire face à la pression particulière que génèrent les situations de coups de pied placés. Ils sont conscients de l'importance de leur rôle auprès de leurs partenaires dans la performance finale de leur équipe. Ce n'est pas le cas pour les joueurs choisis pour répondre occasionnellement à ce type de contexte rarissime.

Ce n'est donc pas par hasard que les meilleurs sont appelés à buter en premier et ce qui est gênant, c'est qu'au fur et à mesure des passages, on peut noter (plus le nombre de joueurs appelés est important), le manque croissant et progressif des habiletés et des compétences des buteurs successifs. A ce moment crucial, le hasard, traduit en terme de chance ou malchance, devient décideur de la victoire. C'est donc par défaut que le résultat final s'impose. Irrationnel et injuste sont les mots qui me viennent à l'esprit pour qualifier cette forme réglementaire pour désigner un vainqueur. Ceci est vrai quel que soit le niveau de compétition, mais c'est d'autant plus aberrant quand cela donne le droit d'accéder à la finale de la coupe d'Europe. En continuant le duel déjà engagé entre les buteurs dans le match, on placerait le résultat sur une réelle équité dans la cadre contextuel qui serait le plus près possible de la logique et de la spécificité de notre jeu.

La formule actuelle peut légitimement entraîné un sentiment de frustration pour les vaincus, même si l'on peut accepter que Les Tigres de Leicester méritaient sur l'ensemble du match de gagner, et il est plutôt cocasse que ce soit l'un des meilleurs joueur de Cardiff , qui par son insuffisante habileté comme buteur, leur permit d'aller rencontrer les irlandais du Leinster en finale.

En prenant en compte ces anomalies, il suffirait que chaque équipe désigne son champion et de définir de nouvelles modalités d'exécution qui soient équitables pour l'un et l'autre. Cela éviterait d'en arriver à entrer dans la tricherie bien organisée, celle qui a permis à Dupuy un retour sur le terrain et de réussir un coup de pied qui n'est plus à considérer comme insignifiant dans le duel particulièrement équilibré qui s'ensuivit.

Je suis bien conscient que cette formule n'est pas la panacée. Je préférerai une solution plus ludique et plus représentative de la spécificité du rugby. Un 7 contre 7 avec mort subite permettrait de conserver l'incertitude que procure,de part l'opposition, le jeu des deux antagonistes, et non, comme c'est le cas pour les tirs aux buts, dans un contexte standardisé avec des conditions forcément "arrêtées" de moindre incertitude qui favorisent une gestuelle automatisé.

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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 13 Mai 2009 - 20:17

La chronique de P. Villepreux

Dans sa chronique de la semaine, notre expert Pierre Villepreux revient sur le jeu pratiqué en Top 14: trop structuré selon lui au détriment de la créativité.

Le jeu qui se joue aujourd'hui dans notre championnat de haut niveau me semble de plus en plus structuré. Je ne sais pas si l'on reviendra un jour à un rugby, aller appelons le... d'inspiration.

Le jeu structuré s'appuie et se construit forcement sur une efficacité optimale dans les phases de lancement. Il faut être performant en touche et mêlée, indispensable pour pouvoir optimalement et avec précision développer les schémas de jeu programmé qui impliqueront le joueur ou des groupes dans des taches précises. Quand j'étais gamin, pour la fête de l'école, on nous faisait réaliser ce que l'on appelait des mouvements d'ensemble. Je trouvais les obligations imposées dans ces mouvements collectifs peu motivants puisque prévus, ordonnés. Une fois l'opération enclenchée, tout le monde était mobilisé sur le même rythme et dans la réalisation de la même tache.

Il n'en est pas totalement ainsi dans le rugby. Heureusement, mais la tendance prise aujourd'hui me semble de plus en plus aller vers le respect de l'organisation collective imposée par le coach qui implique des passages obligés et ce, forcément au détriment du jeu en lecture qui implique les joueurs dans un système de repérage du jeu défensif.

Ce parti pris, celui d'un risque limité, bloque les initiatives donc la liberté d'entreprendre et à terme la créativité. La structuration sécurise tout le monde joueurs et entraîneurs. Mais quand le plan de jeu est en place et que grâce aux analyses vidéo sophistiquées, les défenses se cadenassent, il devient alors urgent de rechercher de nouveaux dispositifs offensifs susceptibles de répondre à la multiplication des problèmes défensifs que proposent les adversaires.

D'autres effets viennent forcément s'ajouter :

-L'obligation de suivre des modes et d'entrer le plus vite possible dans ce qui vient de marcher ailleurs quitte à renier ce que l'on avait mis en place précédemment.

- L'utilisation d'une technicité réduite et standardisée, puisque ne sont pris en compte que des bouts de jeu, des taches partielles, réalisés individuellement ou à plusieurs. Bouts de jeu qui sont, dans le plan de jeu en question, considérés comme prioritaires et où il s'agira de rechercher la perfection technique de tous, au détriment de la justesse du jeu qui doit toujours précéder le geste. Même les leaders n'y échappent pas, leur jeu s'appauvrit, il rentre dans le moule tactique préétabli et perdent en disponibilité.

Il ne serait pas inintéressant d'analyser toutes les rencontres du week-end dernier et de voir combien de situations favorables qui pouvaient donner lieu à un jeu efficace en terme de jeu debout et d'avancer se sont embourbées du fait des mauvais choix du porteur de balle ou du soutien, ou des deux en même temps, créant ainsi des conditions moins propices à un enchaînement du jeu efficace. On en décèlerait certainement beaucoup même si on ne peut dire que le jeu globalement produit ici et là sur les terrains de France ait été suffisamment volumineux pour générer des situations qui permettent de prendre en compte, le bien jouer, la bonne lecture de la situation, à la fois pouvons nous dire, ce sens du jeu et l'habileté technique qui va avec.

Quand le jeu, du fait du résultat, se débloque un peu et qu'il s'agit alors de tout tenter, on joue tout à la main par défaut. Il s'agit bien alors de gérer l'incertitude dans le cadre de situations de plus en plus aléatoires puisque on limite le jeu au pied qui reste dans un jeu en lecture l'alternance indispensable. Les risques sont alors avérés par manque de pratique, d'habitudes, pour ne pas dire, de confiance. On compte alors sur les virtuosités individuelles des meilleurs pour trouver une solution dans un jeu où ils sont capables de se retrouver plus facilement que les autres du fait que le jeu structuré joué par défaut, ne leur a pas fait perdre leur capacités à lire le jeu mieux et plus vite , d'avoir donc les qualités tactiques et techniques utiles pour jouer avec spontanéité et créativité...

Rugbyrama - Pierre Villepreux - 13/05/2009 16:56
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 27 Mai 2009 - 9:41

La chronique de Pierre Villepreux


Dans sa chronique hebdomadaire, notre expert Pierre Villepreux évoque le rugby féminin, qu'il juge trop... masculin dans son évolution actuelle.

Je rentre de Stockholm où j'ai assisté à la compétition de rugby féminin qualificative pour la Coupe du monde à XV qui aura lieu à Londres en 2010.

Les meilleures nations (Angleterre, France, Irlande et Galles) étant qualifiées d'office compte tenu de leurs résultats dans les 6 Nations, l'intérêt résidait dans le comportement des nations appelées émergentes face à l'Italie et l'Ecosse. Si l'Ecosse a passé le cap avec difficulté devant les Pays-Bas, il n'en a pas été de même de l'Italie, battue par la Suède.

Globalement les résultats semblent montrer que les meilleurs pays émergents sont à même aujourd'hui de mieux rivaliser avec les meilleures nations. Ce constat est forcément encourageant pour l'avenir si l'on veut créer une dynamique compétitive qui vise à terme de ne pas faire des 6 Nations la seule compétition référentielle.

Pour être un adepte sans condition du rugby féminin, je mettrais cependant un bémol. Il concerne l'évolution de la qualité du jeu produit. J'espérais que progressivement le rugby produit par l'élite allait se conjuguer de plus en plus au féminin et développer une spécificité discernable. Ce n'est pas le cas bien au contraire, le jeu actuel tend de plus en plus à se calquer sur le rugby masculin. Si on accepte, et pas seulement dans le discours, que l'un des objectifs aujourd'hui est bien de donner au rugby féminin une place visible dans le monde du sport et ainsi d'obtenir une logique et véritable reconnaissance, je crois que c'est plutôt mal parti.

Pour que ce jeu soit validé par le public, et reçoive demain comme pour les autres sports collectifs un accueil favorable qui n'est encore que bienveillant voire de circonstance, il convient d'entrer dans la pensée de ceux qui font l'effort de venir le voir. Pour modifier leur regard, il est capital de vouloir et savoir proposer un autre style, plus attractif, plus vivant, simplement plus en mouvement. Il me semble que l'on se trompe de style et d'esprit de jeu.

Certes le rugby, de par les règles, peut être joué et compris de la même manière par les garçons et les filles. Mais en épousant le jeu des hommes et en faisant de l'affrontement la priorité tactique pour gagner, on déféminise le rugby. Il devient urgent de se préoccuper du "comment on le joue" et de le faire avec un autre esprit... Pour le coup, la balle est dans le camp des filles. La prépotence du jeu entrevu - je fonce – je rentre dedans - je vais au so l- favorise le un jeu structuré à outrance, statique, sans incertitude et multiplie les phases de ruck pick and go. On s'ennuie d'autant plus qu'il n'y a comme chez les hommes, ni la puissance ni l'engagement violent, quelquefois attirant, dans le combat qui est proposé dans le haut niveau masculin. Les femmes ont largement les moyens de jouer un jeu beaucoup plus adaptatif avec un minimum de structuration. Il suffirait de donner à la formation tactique une place plus grande, de déclencher un état d'esprit plus ludique, ce qui n'est pas contradictoire avec l'obtention de résultats. En revanche, le spectacle en serait favorisé.

Le choix d'un jeu structuré mobilise le collectif autour de la performance dans la conservation du ballon sur les points de fixation. Pour performer dans ce jeu et créer les conditions d'avancer, le renforcement du travail physique et la recherche de l'excellence dans la répétition de bouts de rugby bien ciblés devient la priorité du travail réalisé, ceci au détriment de la formation tactique source de créativité et d'adaptabilité.

En outre, cette sollicitation du corps féminin, via la multiplication des phases de contact, n'est pas en terme de sécurité sans danger.

Quelles solutions pour éviter la dérive qu'impose le jeu masculin ? L'aménagement de quelques règles serait nécessaire :

- la mêlée certainement où l'on constate un grand investissement et où les différences en terme de rapport de force sont particulièrement importantes.

- le déplacement de la ligne de hors jeu à 5 m comme pour la mêlée pour ceux qui ne participent pas au maul ou ruck. En effet, les libérations régulièrement trop lentes des ballons favorisent la défense et compte tenu de l'approximation constatée dans le jeu au pied, celui-ci n'est que très rarement utilisé, ou mal. La défense prend régulièrement le pas sur une ligne d'attaque qui se déploie en conséquence très en profondeur quand le jeu au large est choisi. Les utilisateurs qui devraient logiquement avoir sinon les meilleures, du moins de bonnes conditions pour avancer dans le camp adverse sont placés, face à la montée défensive, en situation très défavorable traduite en perte de terrain. Ce choix de jeu devenant régulièrement négatif et comme le jeu au pied reste un recours peu fiable, il est plus facile de passer par les pick and go pour trouver la faille et avancer.

- la technicité. Elle est limitée par la grosseur et le poids du ballon, difficile à manipuler avec des mains de cousettes. Un ballon de taille inférieure permettrait d'améliorer cette dimension essentielle dans la performance que ce soit dans le jeu à la main ou au pied.

Rien n'est perdu, il faut simplement avoir conscience de la dérive. Certes, changer de point de vue n'est pas évident.Pas plus que de s'accorder sur un consensus.Mais il serait bien après le ruck, de repousser la ligne de hors jeu sur maul. Cela faciliterait le jeu à la main - un bienfait au vu des carences constatées dans le jeu au pied - proposant aussi un jeu plus dynamique, tourné vers le mouvement mouvement. Le jeu actuel qui épouse le jeu des hommes en faisant de l'affrontement une priorité le "déféminise". Les pratiquants, entraîneurs et dirigeants peuvent s'en satisfaire mais ce jeu ne créera pas la dynamique attendue car il est basé sur des phases statiques. la stratégie est celle du « rentre dedans » ce qui multiplie comme chez les hommes les phases de rucks de picks and go de touche et mêlées. Sauf qu'avec moins de vitesse et moins de puissance , le spectacle ne peut pas être au rendez-vous. Malheureusement, cela débouche sur travail dédié à la préparation physique plutôt qu'à une reflexion sur la recherche d'un jeu dynamique encourageant l'esprit d'initiative, l'adaptabilité et à terme la mise en place d'un jeu en mouvement ou tous le monde trouverait son compte, pratiquants d'abord et public.

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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Lun 1 Juin 2009 - 9:19

26/05/2009 - 12:45 - Rugbyrama

La chronique de Villepreux

Le tournoi à 7 de l'Ecole Centrale et sa conférence sur la relation action individuelle-action collective a inspiré notre chroniqueur.


L"Ecole Centrale de Paris vient d"organiser son tournoi international de rugby à 7. Les matchs se sont déroulés sur le terrain de jeu de l"établissement, au sein même du complexe de vie et d"études des étudiants. Excellente initiative qui permet de ressentir l"engagement et la sensibilité de cette grande Ecole vis-à-vis du Sport et du rugby en particulier. Ouvrir cette compétition à des universités étrangères n"est pas neutre et relève d"un processus à la fois de communication et d"information, qui a bien sûr, via le rugby à 7, d"autres enjeux.

Les Centraliens, élèves de 2e année, avaient organisé pour l'occasion une conférence sur un thème captivant: "de l'individuel au collectif" à laquelle assistèrent tous les étudiants des huit équipes présentes et leur encadrement. Etaient conviés à livrer leurs réflexions sur ce thème qui touche le management sportif et celui de l'entreprise, des cadres d'entreprises de chez Thales et Altran, ex-élèves de l'école et pour le rugby, Pierre Berbizier, Henri Broncan et moi-même. Chacun a pu se faire une idée de la complexité de la relation action individuelle-action collective et de la synergie nécessaire et essentielle pour accéder à la performance et tout en même temps des similitudes existantes et/ou des potentialités utilisables dans le management rugbystique et celui en entreprise.

Les cadres abordèrent le sujet sur le plan de la culture d'entreprise, des valeurs et principes utiles, de la force d'une vision collective, pour manager dans un environnement qui comme le jeu n'est pas aussi stable qu'il n'y parait. Les techniciens approchèrent le thème plus spécifiquement. Le projet de club, sa cohérence la consistance de management qui va avec pour Pierre Berbizier; Henri Broncan le traita de manière imagée, plus anecdotique; quant a moi, je choisis de partir du jeu de mouvement pour faire émerger l'indissociabilité des deux concepts. La variété de la réflexion sur le thème n'en fut que plus intéressante et riche et n'a pas manquer de faire apparaître les nombreuses passerelles entre la gestion des hommes en entreprise et celle d'une équipe de rugby.

Mon choix et ma réflexion n'étaient pas neutres, puisque le jeu, son aspect tactique et technique, a toujours été pour moi la priorité dans laquelle, il me semble, s'inscrit la performance du joueur et de l'équipe, à condition d'accepter que le jeu doit être compris comme la résultante de l'action individuelle et du produit des actions individuelles (le collectif). Dit autrement, le jeu est la conséquence de "la confrontation de choix individuels dans le cadre d'un système collectif d'interdépendance."

Dans cet esprit , il s'agit alors de savoir comment chacun donne du sens à ce qu'il fait pour que les actions des uns et des autres se combinent entre elles, s'articulent avec pertinence au système global, celui qui unit, de manière "contradictoire" le mouvement d'attaque et de défense. Pour les utilisateurs du ballon, cette mobilisation collective prend du sens par rapport à la prise de décision du porteur de balle qui devient de fait le PDG de la situation. Peut-on concevoir au sein d'une entreprise de déléguer tout ou partie de ses responsabilités en laissant aux opérationnels suffisamment de liberté pour devenir l'acteur décisionnaire derrière lequel vont s'engager, sans ordre hiérarchique, tous les autres ?

En rugby, l'action du porteur de balle est référentielle, pas seulement pour les utilisateurs du ballon mais aussi pour les adversaires et chacun de son point de vue va envisager comment logiquement va évoluer la situation et si chacun lit bien le jeu avec les mêmes références, on entre dans une cohérence d'interactions qui est la clé de voûte de la performance collective. Cette compréhension de la situation (ce qui se passe) permettra de "se comprendre". Mais pour qu'il en soit ainsi faut-il encore que le joueur porteur de balle bénéficie de la liberté suffisante pour choisir l'option de jeu qui lui parait la meilleure. Ce degré de liberté que pense avoir le joueur va conditionner sa décision et la prise de risque qui va avec. Ce qui pose en rugby, comme en entreprise, le problème de l'autonomie que chaque joueur pense avoir compte tenu des contraintes qui sont imposées. Celles-ci en fonction de leurs importances freineront ou faciliteront les initiatives et le processus créatif.

Si le jeu actuel se révèle bien souvent monotone et monocorde, c'est qu'il se situe dans un carrefour alambiqué entre un système de contraintes qui limite tout en même temps, le "pouvoir de faire" tant individuel que collectif. Au moment où l'entreprise est à la recherche d'une nouvelle dynamique de management, le rugby s'embourbe dans un jeu de plus en plus programmé. Le nombre d'essais inscrits cette saison dans le top 14 diminue, c'est un symptôme qui ne trompe pas même si ce n'est pas évidemment la seule explication.

J'ai, une fois de plus, bien apprécié le rugby à 7 lors du tournoi de Centrale, c'est certainement aussi parce que ce jeu mobilise différemment les joueurs et leur rend une autonomie que le XV tend de plus en plus à leur faire perdre et ce n'est pas seulement un question d'espace disponible.

La victoire des "Barbarians" représentatifs de plusieurs universités parisiennes, (équipe sans réelles repères collectifs) contre la sélection nationale Universitaire d'Afrique du Sud super favorite fut inattendue mais fit apparaître les limites tactiques des Sud-Africains et un manque certain d'adaptation, dimension qui n'était pas apparue forcement dans les matchs précédents où le rapport de force étaient trop inégal.
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Lun 1 Juin 2009 - 13:52

I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Lun 1 Juin 2009 - 17:21

Xavier a écrit:
I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that

c'est un peu tot pour roupiller non ? Laughing
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Lun 1 Juin 2009 - 18:57

gir3347 a écrit:
Xavier a écrit:
I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that

c'est un peu tot pour roupiller non ? Laughing
D' habitude je la lis avant d' aller me coucher !
C' est vraiment efficace !
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Lun 1 Juin 2009 - 18:59

Xavier a écrit:
gir3347 a écrit:
Xavier a écrit:
I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that

c'est un peu tot pour roupiller non ? Laughing
D' habitude je la lis avant d' aller me couçer !
F' est vraiment efficafe !
La fa m' a permis de faire une bonne fiefte réparatrice !
Merfi Qui !
Merfi Pierrot !!
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Jeu 4 Juin 2009 - 12:02

La chronique de Pierre Villepreux

Dans sa chronique habdomadaire, notre expert Pierre Villepreux se projette sur la finale du Top 14 entre Clermont et Perpignan, et sur les options tactiques que pourraient utiliser ces deux équipes. Comme à son habide, il prône un maximum de jeu.


http://www.rugbyrama.fr/rugby/nos-experts/2008-2009/la-chronique-de-villepreux_sto1963823/story.shtml
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mar 11 Aoû 2009 - 16:28

La chronique de Pierre Villepreux


Notre expert Pierre Villepreux est de retour de vacances pendant lesquelles il a visionné le début des Tri Nations. L'ancien entraîneur du XV de France en a profité pour analyser les performances des champions du monde sud-africain.


http://www.rugbyrama.fr/rugby/nos-experts/2008-2009/la-chronique-de-villepreux_sto2028280/story.shtml
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Ven 21 Aoû 2009 - 16:20

La chronique de Villepreux


Suite aux pronostics d'avant-saison qui donnent le Stade toulousain favori du Top 14, Pierre Villepreux revient dans sa chronique sur les raisons de cette reconnaissance pour Toulouse. Après avoir observé la première journée de Top 14, il analyse les caractéristiques du jeu toulousain.


http://www.rugbyrama.fr/rugby/nos-experts/2008-2009/la-chronique-de-villepreux_sto2033865/story.shtml
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Jeu 27 Aoû 2009 - 11:08

La chronique de Pierre Villepreux


Notre expert Pierre Villepreux revient cette semaine sur la victoire des All Blacks face à l'Australie. Un succès qui vient couronner la persévérance des Néo-Zélandais dans un système de jeu qui leur est propre.


http://www.rugbyrama.fr/rugby/nos-experts/2008-2009/la-chronique-de-villepreux_sto2043230/story.shtml
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 2 Sep 2009 - 11:53

La chronique de Pierre Villepreux


Notre expert Pierre Villepreux revient cette semaine sur les premières journées du Top 14 pauvres en essai. Il apporte une réponse à ce phénomène et note notamment la volonté des équipes de prendre rapidement des points par du jeu au pied.


http://www.rugbyrama.fr/rugby/nos-experts/2008-2009/la-chronique-de-villepreux_sto2049149/story.shtml
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mar 15 Sep 2009 - 11:30

La chronique de Villepreux


Pierre Villepreux revient cette semaine sur la victoire des Springboks dans le Tri Nations. Pour notre expert, l'Afrique du Sud s'est imposée grace à sa supériorité physique qui a pu se vérifier tout au long de la durée de la compétition.


http://www.rugbyrama.fr/rugby/nos-experts/2008-2009/la-chronique-de-villepreux_sto2064106/story.shtml
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mar 22 Sep 2009 - 13:20

La chronique de Pierre Villepreux


Dans sa chronique hebdomadaire, l'ancien entraîneur du XV de France, Pierre Villepreux, se penche, après ce qui s'est passé entre Brive et Biarritz, sur les difficultés rencontrées par les arbitres pour interpréter certaines phases de jeu, en particulier au sol, et sur l'évolution de la règle.


http://www.rugbyrama.fr/rugby/nos-experts/2008-2009/la-chronique-de-villepreux_sto2071162/story.shtml
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mar 29 Sep 2009 - 15:37

La chronique de Villepreux

Notre expert revient cette semaine sur un week-end de Top 14 peu prolifique en essais et sur la difficulté de combiner jeu ambitieux et résulat positif.

http://www.rugbyrama.fr/rugby/nos-experts/2008-2009/la-chronique-de-villepreux_sto2077195/story.shtml
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mar 29 Sep 2009 - 15:56

Je pense que le changement de règles sur les "mauls", la peur de perdre des matches de plus en plus serrés et la recherche des pénalités pour gagner ces mêmes matches n'y sont pas étrangers..... Ouvrir devient presque maintenant .... un danger de se faire contrer.
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Lun 19 Oct 2009 - 15:41

La chronique de Villepreux

Cette semaine, notre expert Pierre Villepreux vous éclaire sur le rugby à 7, choisi par le CIO pour devenir sport olympique à Rio de Janeiro dès 2016. Il explique ce que, selon lui, la France doit faire en amont pour briller, notamment en termes de formation.

Le rugby à 7 sera donc olympique en 2016. Tous les pays, les grands comme les plus modestes vont devoir se mobiliser en urgence. Pour certains, il s’agira de participer avec honneur aux qualifications pour la grande fête de l’olympisme. Pour d’autres, l’enjeu est plus ambitieux et jouer les premiers rôles va devenir un objectif qui va s’inscrire dans un projet . La qualification dans la zone Europe ne va pas être simple. Vraisemblablement, seulement trois places seront attribuées par l’IRB. La Grande-Bretagne réunira comme pour les autres sports, l’Ecosse, le pays de Galles, l’Irlande du nord et l’Angleterre. Cette redoutable sélection (appelée les Lions à XV) aura du moins au départ les faveurs des pronostics. Les deux autres places se disputeront entre l’Italie, l’autre Irlande, bien sûr la France. Des nations comme le Portugal dont on connaît la compétitivité à 7 dans le tournoi annuel de la Fira l’Espagne et la Russie ne manqueront pas de rivaliser avec les nations les plus huppées.

En France, le projet JO va être bâti. Il devra donc prendre en compte le court terme (la qualification et le long terme en cas d’éventuelle qualification. Se pose ipso facto le problème de savoir avec qui et comment !

Le rugby à 7 est un jeu spécifique qui a des exigences particulières et réclame certaines qualités pour ceux qui le pratiquent. Ce jeu exclut de fait ceux qui ne présentent pas les qualités de vitesse indiscutablement indispensable et ce quel que soit le poste occupé. La vitesse sera donc un critère de sélection significatif. Mais il n’est pas facile dans cette dimension vitesse, malgré un entraînement adéquat, de gagner beaucoup de dixième de secondes. On ne transforme pas un cheval de trait en pur sang même avec un entraînement intensif. Ceci ne veut pas dire pour autant que la vitesse individuelle, même si elle est incontournable, soit à même de résoudre tous les problèmes. Nous écrivions la semaine dernière que les Etats-Unis s’ils voulaient concourir pour l’or sélectionneraient une équipe de sprinters tout droit débarqués du football américain. Dans les situations 1 contre 1 qui sont, vu les espaces disponibles, la base de l’affrontement en rugby à 7 leur vitesse ne manquera pas de s’exprimer très efficacement. Les différences individuelles de vitesse de course de chacun de ses athlètes relativement à celles des autres compétiteurs seront grandes. Cette supériorité dans ce facteur du jeu du fait de l’espace disponible peut s’avérer être suffisante pour faire la différence. Comme en terme de force l’équipe US ne sera pas en déficit du fait de leur formation physique dans, leur sport de prédilection, on risque de rencontrer au moins physiquement des joueurs inaccessibles auxquels il faudra opposer pour rivaliser une alternative qui devra s’appuyer sur le « mieux jouer » à savoir l’excellence tactique jumelée à des habiletés techniques optimales.

Le travail de formation proposé dans le temps imparti sera donc déterminant pour que les interactions tactiques que réclament le jeu collectif à 7 du fait du déplacement incessant des joueurs et du ballon soient au fil du temps parfaitement rodées. La priorité de la formation à 7 c’est de faire acquérir au collectif une véritable lecture des transformations du jeu en fonction de la vitesse de celui-ci. On peut accepter que cette réalité n’est pas une caractéristique réservée au seul rugby à 7. Certes, mais à XV l’affrontement collectif du fait de l’espace prend une forme diverse ce qui explique l’importance pris par le jeu programmé voire stéréotypé dans certaines phases. L’activité cognitive des joueurs ne se mobilise pas sur les mêmes indices ni repères.

Dans la phase offensive du 7 intervient de suite la notion de prise d’initiative et de créativité. Le déséquilibre existe à tout instant que ce soit à partir des phases de lancements (elles sont peu nombreuses) mais surtout dans les phases de récupérations du ballon voire les pénalités et coups francs accordés. Ce déséquilibre se traduit et est lié à un réel surnombre ou un déséquilibre de distribution spatiale sur la largeur. Les deux sont immédiatement exploitables. Ce qui veut dire que les six attaquants non porteurs de balle ne peuvent être passifs ou en attente d’un jeu futur ils doivent agir et réagir hic et nunc de manière coordonnée et faire en sorte que le jeu sans ballon offre au porteur de balle le maximum de solution. C’est cette sensibilité à un jeu «qui bouge sans cesse » que doit acquérir le collectif et qui le dotera individuellement par la suite de pouvoirs d’actions nouveaux. Les habiletés techniques constitueront alors dans la continuité le complément utile de la formation à cette lecture. Sans catégoriser toutes les situations rencontrées, ce sont les situations de turn over qui sont à 7 les plus significatives, ce sont en tout cas des moments de jeu encore plus privilégiés et gratifiants qu’a XV quand ils sont bien sur bien exploitée, individuellement et collectivement. Ce passage ultra rapide d’une situation défensive à offensive pour être exploiter efficacement demande la réactivité sans délai de tous à savoir (c’est le même principe qu’à XV mais il est ici à son paroxysme), aller jouer là ou c’est facile. Le choix de l’un (le porteur de balle) doit devenir celui de tous. Dit autrement, il s’agit bien d’exploiter les espaces là où l’adversaire est fragile. A 7 il l’est forcement quelque part et la logique des interactions tactiques des utilisateurs du ballon doit s’imposer à tous. Beaucoup plus que le XV on est à 7 confronté à plus d’incertitude, ce qui demande des capacités de changement et d’improvisation sur le champ en fonction de ce que l’on voit et prévoit (capacité à intervenir efficacement à l’endroit le plus favorable ). Ceci est vraie d’ailleurs en attaque comme en défense.

Si, comme nous l’avons dit, un jeu qui s’exprimerait essentiellement par la somme des individualités, et utiliserait prioritairement la puissance de ses athlètes (la force et la vitesse,) risque de d’être redoutable. Pour espérer le contrarier, il convient de leur opposer des joueurs possédant à la fois un potentiel vitesse correct mais dans le même temps des outils tactiques et techniques supérieurs qu’ils sauront exploiter avec pertinence dans le cadre de la mouvance, constant des rapports de force existant dans toutes les situations diverses et changeantes. L’adaptabilité individuelle et collective est à 7 au coeur de la performance. Si les Fidjiens y excellent c’est que le Fidji flair s’est ancré dans le jeu de rugby à toucher auquel tout jeune fidjien s’adonne tous les jours (une touche = changement de main) dans un environnement libre et joyeux développe cette enrichissement tactique et gestuelle dans un l’environnement culturel qui passionne toutes les couches sociales du pays.

Si l’ambition de la France c’est bien de faire partie de la fête Brésilienne. Il s’agit bien d’avoir en tête une stratégie de sélection et de formation en s’appropriant le jeu , son originalité et ses particularismes. Mais tout en même temps la mise en place de compétitions d’évaluation est incontournable si l’on veut s’imprégner de l’ensemble des valeurs et des compétences fondamentales utiles des joueurs susceptibles de performer dans ce jeu. Aujourd’hui en France, compte tenu du peu d’intérêt qui, par le passé, a été accordé au 7 est quand même un peu en retard.

Rugbyrama - Pierre VILLEPREUX - 14/10/09
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 21 Oct 2009 - 13:48

Rugby - Nos Experts - 20/10/2009 - 10:52


La chronique de Villepreux


Dans sa chronique hebdomadaire, Pierre Villepreux, l'ancien entraîneur du XV de France, revient sur la santé actuelle du rugby anglais. Après un week-end européen marquée par l'avantage pris par les clubs français, il explique que cela vient en partie de la mutation du jeu entrepris outre-manche.

Dans la confrontation franco-anglaise de ce dernier week-end de Coupe d’Europe, les clubs anglais ont été mis en échec. On savait que les difficultés financières rencontrées du fait de la baisse cruciale de la livre et en conséquence le départ vers l’hexagone de pas mal de joueurs de très haut niveau pouvaient les affaiblir. Cette explication est bien évidemment insuffisante et ne peut en aucun cas nous satisfaire. On est bien obligé de chercher des explications ailleurs et d’abord dans le jeu produit.

Les anglais dispensent aujourd’hui un rugby qui est une rupture avec celui qu’ils pratiquaient par le passé. Le jeu anglais était jugé particulièrement ennuyeux ("boring" comme ils disent) avec peu d’intentions, ce qui contrastait, il y a encore peu de temps avec le jeu français fait de plus d’initiatives, plus enlevé, plus créatif, plus réactif. Le jeu juste des frenchies s’exprimait mieux dans des mouvements complexes et efficaces essentiellement par une meilleure qualité de lecture de jeu qui implique les joueurs dans des comportements et attitudes en relation avec des indices et repères pris dans les actions développées au même moment par les partenaires et par les adversaires. En contre-partie, les Anglais y opposaient un jeu programmé qui distribue les joueurs dans des actions (caractérisées par un positionnement préétabli) liées aux obligations qu’imposent le système offensif ou défensif choisi par l’entraîneur.

Si le jeu français est devenu dans le temps beaucoup plus organisé, et a perdu un peu de son identité, on est bien obligé, à contrario, de constater que le jeu anglais dans les confrontations actuelles de cette coupe 2009 , est en train d’évoluer vers un rugby plus adaptatif. En effet, leur désir d’envoyer du jeu, de le provoquer, donc d’entreprendre, est réel. La multiplication des initiatives et des successions de séquences de jeu rapides créait forcement un désordre qu’il ne s’agit plus et qu’il n’est plus possible de gérer en terme d’organisation programmée mais bien en terme d’appréciation du jeu situationnel, donc d’adaptabilité. C’est le rapport de force mouvant attaque-défense qui guide beaucoup plus dans le volume produit le comportement des joueurs. On entre dans le cadre d’un système "tactiquement ouvert" qui laisse la place à des choix.

De là à dire que le jeu programmé "game plan" est abandonné par les Anglais, il n’y a qu’un pas que je me garderai bien de franchir. Ce qui conduit à cette mutation, c’est justement cette volonté "d’envoyer du jeu" qui en se généralisant amène, pour ne pas dire oblige, les joueurs à sortir du cadre établi, donc à ne plus être tributaires du schéma choisi et et ainsi des déplacements attendus des uns et des autres. Ce sont, bien au contraire, les effets successifs produits sur la défense dans le mouvement collectif en cours et à venir qui assurent dans la logique des décisions la continuité du jeu. La pertinence des prises de décision individuelles et collectives ne sont pas encore ni maîtrisées, ni accomplies, mais une telle production si elle ne se dément pas, va dans le temps non seulement gommer les carences mais va entraîner l’émergence, qui ne sera pas fortuite, de joueurs de plus en plus talentueux et un collectif de plus en plus à l’aise dans le rugby de mouvement.

On avait constaté cette tendance lors de la tournée des Lions en Afrique du sud et il ne fait aucun doute que leur jeu a eu une influence majeure sur le jeu des british toutes nations confondues.

Si les Anglais poursuivent dans cette modernité et sortent de leur traditions, il leur faudra des convictions. Ce n’est pas un rugby au départ forcément gagnant. Mais leur chance, c’est que les défaites, outre-manche, ne sont pas vécues mentalement comme en France. Dans cette recomposition du rugby, on ne s’attache pas à recoller les morceaux qui sans cesse se dispersent davantage en cas d’échec. Ils continueront malgré les difficultés à aller vers un rugby de plus en plus dégagé de toutes entraves en forcissant les prises de risque même si dans l’instant, cela se retourne contre eux. Choisir d’oser jouer en dépassant les contraintes que cela impose n’est pas une promenade de santé. C’est un processus long, y compris parfois douloureux.

Ce week-end, toutes les équipes anglaises se sont lâchées. Certes, elles n’ont pas gagné mais il n’est pas inintéressant de suivre leur trajectoire dans cette Coupe d’Europe, pas seulement les résultats mais bien de voir si la permanence dans ce style de rugby peut transformer l’échec en réussite.

Bath est certainement l’équipe la plus représentative de cet état d’esprit. C’est certainement ce club qui peut avoir le plus de regrets. Gloucester est tombé sur un excellent Biarritz et n’a pu contester la victoire même si, en début de match, ce collectif a pu apporter une touche de rugby très positive. Les Harlequins ont fait trembler Toulouse. En deuxième mi-temps, les rouge et noir ont su se reconstruire un rugby digne de son standing. Northampton s’est plutôt bien comporté devant l’Usap et a contesté le résultat jusqu’au bout .

Il manque à tous quelques ingrédients dans la maîtrise de ce jeu pour y performer complètement. Ingrédients qui aujourd’hui leur fait filer les résultats entre les doigts. Il ne s’agit pas pour autant d’enterrer ce rugby mais bien de vouloir continuer à le conquérir et cette conquête se réalisera en acceptant que la quantité de jeu et les déchets qu’elle génère, les porteront progressivement à aller vers la qualité.
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 21 Oct 2009 - 18:52

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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mar 27 Oct 2009 - 18:59

27/10/2009 - 10:50 - rugbyrama


Villepreux : "Un aboutissement"

Ternes pendant le Tournoi, inquiétants lors des tests, désarmants en matchs de poules, les Bleus étaient tout sauf favoris avant la demie contre les Blacks. Mais leur coach d'alors Pierre Villepreux n'a pas été surpris par la victoire. Pour lui, c'est l'aboutissement du projet mené par le staff.

"Surpris par cette fabuleuse victoire ?
Non, je vous l’assure. Mais heureux, oui ! Ce succès ne m’a pas étonné car je connaissais le potentiel de cette équipe, je savais qu’elle pouvait le faire. Pour l’emporter, il fallait qu’elle attaque les Néo-Zélandais sur leurs faiblesses. Et c’est ce qu’elle a fait quand elle a inversé la tendance alors qu’elle étaient menée 24-10. Je me souviens d’ailleurs que, sur le terrain, les joueurs nous demandaient ce qu’il fallait faire quand les Blacks étaient devant au score. C’était normal peut-être, mais cela m’avait semblé un peu surprenant compte tenu du contexte d’alors… Toujours est-il que nous leur avions alors dit de jouer, tout simplement ! De se lâcher, d’oser, d’entreprendre ! Comme toujours...

Je pouvais me tromper mais une équipe qui avait enchaîné deux Grands Chelems dans le Tournoi des V Nations, dont un gagné grâce à une victoire au pays de Galles (51-0) en 1998, ne pouvait être devenue "nulle" en si peu de temps selon moi. Je croyais en elle. Cette victoire contre les All Blacks reste un souvenir extraordinaire, bien qu’inachevé puisque nous avons perdu en finale. Durant cette Coupe du monde, il y a eu des choses très intéressantes et enrichissantes en termes d’appréciation, d’évaluation du plus haut niveau et de ses contraintes dans la gestion et le management. Et cette demi-finale représente en fait l’aboutissement d’un projet de quatre ans. Compte tenu de notre poule (Canada, Namibie et Fidji, NDLR), il était impossible qu’on ne se qualifie pas pour les demies. De nombreuses choses étaient remises en cause par beaucoup de monde, mais nous avons tenté de conserver nos convictions. Je ne sais pas si nous avons réussi, je ne sais pas si certains mecs se sont pris pour Zorro et ont tout changé (il fait référence à la "prise de pouvoir" de certains cadres de l’équipe avant le match, NDLR). Mais s’ils avaient vraiment tout changé, pourquoi n’ont-ils pas été champions du monde dans la foulée ?"
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mar 3 Nov 2009 - 23:01

Rugby - Nos Experts - 03/11/2009 - 10:55 - Midi Olympique

La chronique de Pierre Villepreux



Dans sa chronique hebdomadaire, notre expert Pierre Villepreux nous livre sa réflexion sur le phénomène de mise à l'écart des entraîneurs suite à des mauvais résultats. Le limogeage du Briviste Laurent Seigne ou le retrait forcé du Bayonnais Richard Dourthe en sont les derniers exemples.

La mise à l’écart d’entraîneurs et/ou managers est chaque saison un phénomène récurrent. Le haut niveau de compétition leur fait subir une pression permanente. L’urgence de résultats imposés ou programmés leur permet difficilement de mettre en place et en œuvre un projet et des stratégies à long terme. Les réponses qui sont régulièrement apportées quand les résultats ne suivent pas, pourraient laisser supposer une capacité à bien identifier les problèmes et à faire des choix qui devraient s’inscrire dans la logique du projet défini et particulièrement du projet de jeu choisi au départ. Mais ce n’est pas souvent le cas, il faut des solutions immédiates qui font entrer les entraîneurs dans un discours beaucoup plus intuitif et pragmatique. C’est cette deuxième tendance qui prévaut quand le volume du stress est grand. L’afflux des exigences est tel que la vision de l’entraîneur s’obscurcit, là justement où elle serait nécessaire.

Il faut avoir du recul et la confiance de ses employeurs pour ne pas être perturbé par les dangers qui, dans le système pro de haut niveau, menacent la fonction, l’emploi, la notoriété l’image, pour ne pas dire l’honneur. On entre alors dans une dimension particulière du jeu qui n’amène pas forcement à opérer les choix pertinents et font occulter les priorités au profit de l’accessoire.

Aujourd’hui beaucoup d’ex-joueurs de haut niveau s’investissent dans cette carrière et bien sûr au plus haut- niveau, puisque c’est ce qu’ils connaissent le mieux.

Pourtant si l’on regarde les entraîneurs à succès, on s’aperçoit en général qu’ils ont eu du temps, indispensable pour avoir aussi la sérénité. Quand Guy Novès analyse les causes de son insuccès relatif en 2009, il remet en cause le jeu de son équipe, donc les formes de l’entraînement et forcement lui-même. Son expérience, sa connaissance de l’activité et des hommes lui permet de hiérarchiser tous les domaines qui influencent la performance et de les adapter à leurs buts sans que cela implique la recherche rapide (ipso facto) des actions nécessaires pour les réaliser. La démarche n’est pas neutre car on s’attaque par ce biais au vrai problème celui du jeu et de la formation, essentiel pour contribuer à mieux s’entraîner en alimentant les facteurs de motivation, confiance et donc plaisir.

Cette connaissance et sa maîtrise sont aussi et justement la conséquence d’une formation commencée lors de ses études de professeur d’EPS, expérimentée en collège dans son établissement scolaire et en même temps avec les jeunes juniors du Stade toulousain, le tout conforté par ce qu’il vivait dans le cadre des entraînements du club, le Stade toulousain quand il était joueur. Cette appréhension et appropriation du climat favorable à l’apprentissage et les modalités qu’il engendre, commencé au plus bas niveau et décliné jusqu’au plus haut, me paraît capitale pour savoir, en toutes circonstances, aller à l’essentiel, défendre des convictions qui sont le fruit d’un jonglage permanent entre théorie et pratique, incontournable pour à la fois toujours mieux comprendre comment se construisent le jeu et les joueurs, et ainsi les amener dans une continuité de formation à s’armer afin que leur potentiel s’exprime de manière optimale.

Cette inclinaison pour les ex-joueurs à chercher une reconversion dans le secteur du rugby plutôt que dans d’autres activités sans relation avec le sport me paraît logique. Leur connaissance du milieu, l’appropriation de la méthode de formation et de leurs formes vécues pendant leur carrière de joueur leur permettent certes de disposer de pas mal d’aptitudes pour entrer dans la carrière d’entraîneur. L’accumulation, des matchs, des entraînements est un capital d’expériences qui leur apporte auprès des éventuels employeurs la possession de compétences incontournables. Mais le passage n’est pas si simple. Le perçu et le ressenti de la relation joueur – entraîneur sont fondamentalement différents selon que l’on est d’un côé ou de l’autre, tout autant d’ailleurs que les dispositions d’esprit qui animent l’un et l’autre dans un dispositif socio-économique qui tend de plus en plus à se complexifier.

En tout cas, face aux yeux de l’opinion et de ceux qui choisissent des entraîneurs fraîchement sortis du terrain, leur carrière sportive de haut niveau constituent une caution. Le bon joueur sera forcement un bon entraîneur. Le changement de statut n’est pas problématique puisque le diplôme obligatoire s’acquiert vite et relativement facilement. Il est davantage une réponse à la réglementation en vigueur qu’a l’évaluation dans le temps de compétences réelles.

La vie du joueur au plus haut niveau est un atout pour l’entraîneur. Mais aujourd’hui les exigences sont économiques, ce qui met en avant le caractère de plus en plus aléatoire de la fonction. La prise de risque relativement à la rentabilité immédiate est grande et peut être un facteur déréglant à la mise en place d’un projet aussi cohérent soit-il.

Face à cette pression constante que subissent les entraîneurs en général, les expérimentés et les autres, existe-t-il aujourd’hui suffisamment de latitude à défaut de liberté pour élaborer des stratégies à long terme et de vivre les manques en se formant progressivement dans le long terme ? Difficile, et d’autant plus que le vécu de formation s’est souvent fait sur le seul haut niveau et jamais dans une continuité allant de la formation des plus jeunes aux adultes. Il manque une étape dans le cursus, celle qui permet de comprendre comment l’enfant joueur de rugby se construit. Cela peut servir surtout quand on manque d’expérience et pas seulement quand il y a des problèmes ou en période de crise, et surtout si l’on se retrouve dans un club que l’on ne connaît pas ou mal.

Ce facteur d’appartenance à un club est un atout non négligeable qui permet de se structurer de manière optimale dans le cadre d’un ensemble de règles, de valeurs propres au club appréhendées au fil du temps comme ce fut le cas pour Guy Novès et certainement d’autres. Cet aspect devrait être davantage pris en compte dans un cursus de formation.

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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 4 Nov 2009 - 9:02

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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 4 Nov 2009 - 12:12

J'aurais bien aimé qu'il dise un mot sur Eric Béchu ou Dal Maso et Th.Lievremont ... tous les clubs virent pas leurs entraineurs quand les résultats sont pas là .

S'en tenir à Novès est pas le bon exemple . Il m'étonnerait que si Novès avait les même résultats que Clermont , à l'époque où ils s'appellaient "Montferrand" ,le Stade Toulousain l'ait pas envoyé paître ???
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