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 La chronique de Pierre Villepreux

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gir3347
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Ven 13 Nov 2009 - 13:51

Rugby - Nos Experts - 12/11/2009 - 18:15


La chronique de Pierre Villepreux


Comme chaque semaine, retrouvez la chronique de Pierre Villepreux, ancien entraîneur de l'équipe de France. Il commente l'actualité rugbystique de ces derniers jours, marquée par le match qui aura lieu ce soir opposant la France à l'Afrique du Sud.

Très honnêtement, je ne sais pas si le résultat des français contre les champions du monde sera favorable ou pas. Mais se posait déjà la question, implique qu’il y a un peu de place pour le faire. Faut-il encore que tous les acteurs en soient conscients. De leur implication, de leur engagement naîtra une dynamique qui permettra de "booster" la performance collective de l’équipe dans cette première rencontre. Ce préalable ne doit pas se démentir, quelle que soit la stratégie de jeu choisie. Individuellement, chacun des Tricolores a un potentiel qui n’est pas à sous-estimer et n’a rien à envier à ses "champions d’adversaires", quelles que soient la forme ou les formes que sera amené à prendre le jeu pendant les quatre-vingt minutes toulousaines .

Parler de résultats dans ce premier match, me semble t-il, doit être recadré avec la performance globale que l’on est en droit d’attendre des Tricolores sur les trois matchs de novembre avec l’espoir que la plus accomplie sera mise en œuvre lors de la troisième rencontre contre les All Blacks. La progression d’un groupe doit logiquement être visible dans le cadre de la période de préparation permise aux Tricolores. La continuité entraînement-compétition-entraînement… permet et favorise cette évolution. La chronologie des matchs est en ce sens tout autant intéressante du fait de la diversité des rugby proposés et des forces et faiblesses présumées :

- Afrique du Sud, le plus lourd au départ.

- Samoa, le plus accessible pour conforter ses ambitions.

- All Blacks, le plus incitant.

Si tous les ingrédients sont présents, cette progression devrait être visible et je ne vois pas pourquoi il n’en serait pas ainsi. L’analyse de ce premier match et du premier résultat devrait consolider le travail entrepris vers le jeu souhaité et réinvestissable dans les matchs successifs et à terme dans les autres préparations et compétitions qui se dérouleront jusqu’à 2011, objectif final pour ce groupe France. Soit dit en passant, ce groupe ne devrait pas maintenant subir de modifications chaotiques qui seraient inadaptées pour maintenir motivation, confiance et plaisir.

Mais voilà dans ce contexte, ce premier match revêt un maximum d’importance, et il devient forcément un match à risque. Les joueurs quand le premier match se "passe bien", "sentent" ce climat favorable qui soude un groupe sur le jeu et qui cimente les relations entraîneurs – joueurs et joueurs – joueurs. Quand ils se passe mal, le système relationnel y perd en solidité. Ce climat constitue un préalable important pour construire les objectifs qui sont liés au jeu et aux valeurs utiles pour le mettre en œuvre.

L’interrogation dans ce match réside dans la manière que vont choisir les français pour se confronter au jeu rude, pragmatique, sans concession dans le combat des Boks. Ceux-ci savent si bien ne pas prendre le jeu à leur compte, laisser les opposants le faire pour mieux les faire déjouer, utiliser les opportunités accordées, pour développer des actions dans lesquelles s’exprime d’autant mieux leur puissance physique qu’elle est majorée par la confiance générée, grâce à ce type de jeu, par les succès antérieurs et non des moindres. Un jeu qui permet de placer leurs individualités et leur buteur en position de marquer, de prendre le score forçant ainsi l’opposition dans l’obligation de n’avoir plus d’autre alternance tactique possible que le jeu à la main.

Les Tricolores peuvent-ils faire le seul pari de choisir de les affronter sur les mêmes bases ?

Un échec avec cette option ne manquerait pas de créer des dissensions sur le jeu français, son identité, sur le projet de jeu du staff.

Est-ce un vrai risque que d’oser les provoquer, bien sûr, pas n’importe où, ni n’importe comment ? Je crois que ce serait une erreur de ne pas le faire. Il y a des failles dans la distribution défensive des Sud-Africains, les Lions lors de la tournée d’été les ont identifiées. Entre autres :

- la densité et l’organisation du premier rideau défensif quand ils rendent le ballon par du jeu au pied est loin d’être parfaite (répartition inégale et désordonnée entre joueurs censés intervenir dans le premier rideau et ceux plutôt nombreux dans le plan profond en attente du coup de pied d’occupation présumé des adversaires), le premier rideau est donc attaquable à condition de le faire sur le premier ballon botté et ne pas accepter le "ping-pong rugby" que ce type de situation en général génère. Celle-ci leur permet au premier rideau de se réorganiser plus efficacement.

- l’exploitation des situations "d’avancée" où il convient en cas de plaquage, de libérer rapidement le ballon avec enchaînement immédiat. L’intelligence nécessaire dans l’action de replacement n’est pas au top coté sud-africain . Il se crée des espaces où le jeu de main est particulièrement favorable surtout si les prises de balles des utilisateurs se font "à plat", intensifiant ainsi le processus de déséquilibre.

Je ne crois pas les champions du monde invincibles. Les Lions encore une fois les ont destabilisé quand ils ont choisi de les provoquer avec le choix d’un rugby où les joueurs ne manquaient pas de prendre des responsabilités dans le cadre d’une liberté d’initiative qu’il convient de donner aux joueurs. Mais il me semble bien que c’est cet état d’esprit qui est développé par le staff technique.

Rugbyrama - Pierre Villepreux
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mar 17 Nov 2009 - 22:49



Rugby - Nos Experts - 17/11/2009 - 09:26


La chronique de Villepreux


Comme chaque semaine, retrouvez la chronique de l'ancien entraîneur du XV de France Pierre Villepreux. Cette semaine, il revient sur la victoire des Bleus face à l'Afrique du Sud vendredi dernier, et plus particulièrement sur l'action qui a amené l'essai de Vincent Clerc.


Après cette brillante et encourageante victoire, si j’avais à choisir une action de jeu caractérisant dans ce match « l’excellence du jeu français », c’est bien celle qui conduit à l’essai de Vincent Clerc. D’abord, parce que cette séquence correspond à ce que souhaitent tous les entraîneurs du monde, à savoir, dans la continuité du jeu et du principe d’avancée que celle-ci sous-entend, la gestion tactiquement juste des situations rencontrées toutes différentes, à la fois par les différents porteurs de balles et par leurs partenaires.
Ceci implique que les formes de jeu qui se sont développées et l’éventuelle nécessité de leur alternance sont bien la conséquence de la perception par tous du déséquilibre existant dans le rapport de force attaque-défense. Déséquilibre quand il est acquis qu’il s’agit de préserver, autant que faire se peut, en fonction de la réaction défensive, et des aléas rencontrés.

Il ne s’agit pas de reproduire des formes mais pour tous de s’adapter au développement des problèmes changeants rencontrés. Dans ce cadre, ce que l’on appelle liberté d’initiative prend tout son sens puisque la décision du porteur de balle ou celle d’un partenaire peut transformer à tous moments son engagement dans la forme.
Il s’agira bien, pour tous, de comprendre comment évolue, va évoluer le rapport de force et aller se placer en conséquence pour conserver, préserver, mieux améliorer la situation favorable existante. Mais pour qu’il en soit ainsi et que la compréhension de ce qui se passe soit la même pour tous, il faut agir dans le cadre d’un référentiel qui guidera les décisions de tous et que l’information que procure l’évolution de la défense soit bien la même pour tous, jeu de lecture qui, même à ce niveau, se doit d’être encore développé.

Dans cette séquence, la transformation des formes s’est réalisée dans une continuité d’où a été exclu le jeu au pied. Il n’avait pas de pertinence, puisque la vitesse de libération du ballon -quand le jeu de passe devenait impossible et qu’intervenait un plaquage - était « optimale » pour relancer le mouvement sous une autre forme et ceci avant que la défense ait pu se réorganiser et rééquilibrer le rapport de force .

Les Springboks présentèrent tout au long de l’enchaînement de la séquence une faiblesse dans les espaces défensifs dans lesquelles se sont engagés avec opportunité les Tricolores. L’efficacité du jeu groupé pénétrant du départ explique, dans le final de la séquence, à la fois la pertinence du jeu déployé et le choix du « jeu dans le même sens ». Les prises de balles « à hauteur » des joueurs du déployé intensifièrent chaque fois le déséquilibre et permirent le surnombre que l’on sait. Peut-être qu’avec Codorniou à la place de David, dans la même situation, l’essai aurait été marque avant. Mais la capacité du néo-Toulousain à avancer au contact, la qualité de sa libération de balle et l’efficacité du soutien proche pour aider à cette libération permirent, dans la foulée, l’enchaînement successif, l’intelligence de la passe volleyée de Trinh-Duc permit même un rebond qui ne pouvait être que favorable à Clerc.

Quand le jeu est ainsi développé, il ne s’agit de « ba-balle » comme le disent les détracteurs d’un jeu qui refusent que le rugby puisse être jouer intelligemment. Le combat de l’avancée en rugby n’est pas seulement celui qui serait réservé à des joueurs physiquement hors norme comme ont été présentés les Sud-Africains et en conséquence, pas à d’autres.

J’espère, dans ce match que les Français se sont appropriés tout ou partie du mental incontournable qu’il faut avoir à ce niveau quels que soient les adversaires et/ou l’événement et qui semble parfois leur faire défaut. Par mental, j’entends celui qui est nécessaire pour s’engager dans tous les combats que génère le jeu, domaine mental où rien ne peut être concédé si l’on veut acquérir autonomie, responsabilité et solidarité. Ce mental-là ne s’acquiert pas par artifice en se mobilisant sur l’anecdotique, sur ce qui n’est pas essentiel, sinon il n’est pas renouvelable. Dans ce match en attaque comme en défense, l’engagement de tous fut exemplaire, ce qui a été traduit par une avancée continuelle, ce qui explique aussi le pourquoi des turn-overs et pénalités concédés par des Boks devenus soudainement physiquement « jouables » et tactiquement sans ressources, en mal de solutions.

Cette séquence de jeu n’a pas été la seule qu’il faudrait extraire mais elle est plus significative collectivement de la maîtrise du jeu que Marc Lievremont et son staff veulent mettre en place (si j’ai bien tout compris).

Il n’est pas dans mes habitudes de valoriser des joueurs mais j’ai particulièrement bien apprécié l’intelligence du jeu et la gestion tactique de Dupuy, la performance de Barcella, dans son rôle bien sûr de pilier mais tout autant sa prestation balle en main, ce qui n’est donc pas antinomique. Collectivement et ce n’était pas habituel, la maîtrise par ce collectif du jeu groupé pénétrant, pas celui des mauls que je n’appelle pas du même nom, mais celui qui permet d’avancer par le jeu de passe et relais successifs de manière la plus rectiligne dans l’axe profond. Cette forme qui exprime le mieux la logique tactique du rugby avancer–soutenir, sur laquelle tout le reste du jeu (les autres formes y compris les statiques) vient se greffer et lui donne tout son sens.

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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 18 Nov 2009 - 9:07

I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that

Une belle phrase du dénommé Pieere , tout de même : Lorsque Patrick Sébastien avait voulu prendre en main les destinées du CA Brive avec le bonheur qu' on connait !! il avait déclaré : '' je ne vois pas ce qu' il vient faire ici , je ne me mèle pas de show bizz , moi !!! ''
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 18 Nov 2009 - 20:10

Xavier a écrit:
I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that I don't want that

Une belle phrase du dénommé Pieere , tout de même : Lorsque Patrick Sébastien avait voulu prendre en main les destinées du CA Brive avec le bonheur qu' on connait !! il avait déclaré : '' je ne vois pas ce qu' il vient faire ici , je ne me mèle pas de show bizz , moi !!! ''

Il avait bien raison le dénommé Pierrot batman
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 18 Nov 2009 - 22:09

c'est quoi ce topic? un toulousain a agen? shakng2 Confused Sad
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 18 Nov 2009 - 22:13

faut actualiser .. villepreux est de pompadour et a commencé à brive ... comme delage batman
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 18 Nov 2009 - 22:16

BarDeLaPref a écrit:
faut actualiser .. villepreux est de pompadour et a commencé à brive ... comme delage batman

en tout cas, ça me choque de le voir ici aussi bien representé Rolling Eyes
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 18 Nov 2009 - 22:26

suaviste(47) a écrit:
BarDeLaPref a écrit:
faut actualiser .. villepreux est de pompadour et a commencé à brive ... comme delage batman

en tout cas, ça me choque de le voir ici aussi bien representé Rolling Eyes

Normal c'est un superbe éducateur .. un des seul à applaudir le boulot de lanta et deylaud à agen
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 18 Nov 2009 - 22:26

BarDeLaPref a écrit:
suaviste(47) a écrit:
BarDeLaPref a écrit:
faut actualiser .. villepreux est de pompadour et a commencé à brive ... comme delage batman

en tout cas, ça me choque de le voir ici aussi bien representé Rolling Eyes

Normal c'est un superbe éducateur .. un des seul à applaudir le boulot de lanta et deylaud à agen

ah, je savais pas, alors ok, c'est un mec bien Mr.Red
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mar 1 Déc 2009 - 23:17


Rugby - Nos Experts - 23/11/2009 - 11:29


La chronique de Villepreux


Comme chaque semaine, retrouvez la chronique de l'ancien entraîneur du XV de France Pierre Villepreux. Cette semaine, il revient sur la performance de l'équipe de France contre les Samoa, samedi dernier au Stade de France.

La performance de l’équipe de France contre les Samoans est à analyser dans la continuité de la précédente contre les Sud-Africains, des adversaires certes beaucoup plus redoutés et redoutables. Mais la supériorité française dans toutes les formes de jeu et l’ampleur pris par le score a logiquement conduit les Tricolores à la réalisation d’un rugby qui a permis de fait, d’entreprendre davantage et, dans le choix de l’alternance main - pied, d’accorder au jeu à la main la part importante qui lui revient puisque les potentialités défensives des adversaires le permettent. Pourquoi jouer au pied défensivement à "gagne-terrain", envoyer des up-and-under quand le jeu à la main procure l’avancée déstabilisante utile pour avancer de nouveau en prenant en compte la configuration momentanée et évolutive de la défense. En revanche, le jeu au pied offensif, celui de continuité, judicieux qui vise à profiter de la faiblesse adverse dans la couverture du premier rideau a parfaitement fonctionné coté français. Normal, puisque le collectif samoan a le plus souvent, pour ne pas dire tout le temps, engagé dans ce premier rideau tout le collectif sauf l’arrière; qui sur l’essai de Fall est aussi rentré dans le premier rideau laissant la ligne de but sans couverture.

Ce renforcement défensif massif sur la largeur a laissé de la place à du jeu au pied court qui fut généralement efficace. Il fut exploité au bon moment grâce, au degré d’avancer suffisant, que le jeu précèdent avait créé, et à l’habileté technique utile pour bénéficier de la récupération. La concrétisation justifiant la pertinence de cette passe au pied qui, dans le jeu moderne doit devenir une habileté technique pour tous. Ce n’est pas la première que Bonnaire utilise avec à propos et efficacité.

Coté îlien, c’est leur incapacité à ajuster le "quand" et le "comment" du renforcement défensif sur la largeur relativement à celui de la profondeur qui a fait leur perte. Ceci fut vrai dès le début. Ils ne surent jamais trouver le juste équilibre entre joueurs défendant en avançant dans le premier rideau et joueurs en couverture derrière celui-ci. Les avancées françaises sur tous les mouvements tant individuels que collectifs, créaient du désordre dans le replacement de l’opposition, d’autant plus que la désorganisation générée par l’avancée était accrue par la qualité des libérations de balle quand advenait un plaquage.

Szarzewski fut le premier à profiter avec flair de cette lacune dans la répartition défensive adverse. Il le fit avec la puissance qu’on lui connaît en passant par la porte laissée ouverte sur le point de plaquage, plutôt que de chercher à pénétrer dans les murs, ceux à proximité de cette zone investie à tort par les défenseurs.

Les Français avancèrent toujours quand ils provoquèrent le jeu, que ce soit dans le jeu direct par pénétration individuelle ou collective ou quand l’option du jeu déployé fut utilisée. Justement dans ce jeu déployé et dans la continuité de la circulation laterale du ballon, ils surent créer suffisamment d’avancées pour mobiliser les opposants sur un seul rideau. Situation qui justifiait l’utilisation du jeu au pied dans le dos des défenseurs puisque l’évolution du mouvement défensif collectif et son glissement ne permettaient plus aux français de poursuivre le jeu à la main. La transformation de la forme déployée en jeu au pied offensif s’avérait donc la plus pertinente. Ce fut d’autant plus efficace, tout à la fois, parce qu’il n’y avait pas de couverture potentiellement en place et que la ligne de but était proche (essai de Clerc et de Fall). L’essai de Jauzion fut conçu différemment, puisque programmé grâce à la la bonne perception en début de match des caractéristiques de la forme globale de la défense adverse. Jauzion anticipa le coup de pied donné au départ du déployé et conclut avec conviction. Il partit un peu hors jeu, ce qui n’enlève rien à la parfaite réalisation de ce coup de jeu dans le cadre de la cohérence, choix de jeu- realisation des actions simultanées botteur passeur - coureurs récupérateurs.

Un des principes opérant du jeu de mouvement réside dans la capacité tant individuelle que collective des attaquants à insister dans la poursuite du jeu à la main dans l’alternance au bon moment des deux formes qui le caractérisent (jeu pénétrant et déployé). Cette insistance à enchaîner les actions de jeu balle en main doit se faire tant que le dispositif défensif adverse et momentané l’autorise. Quand ce n’est plus le cas, le principe de transformation du jeu à la main peut se faire soit par le jeu au pied soit en concédant un arrêt de mouvement du ballon encore appelé point de fixation. Le choix successif de la forme est induit à la réaction et à l’évolution de la distribution défensive. La vitesse de libération du ballon prend alors une importance majeure pour préserver le rapport de force favorable. Ce lien - avancée - liberation rapide - jeu ou il devient le plus facile de jouer- a été plutôt bien maîtrisé coté français.

Je pense que le collectif français, ce fut le cas aussi contre les Springboks, mais moins souvent du fait du rapport d’opposition plus contraignant, est sur le bon chemin pour acquérir, les références communes indispensables pour jouer efficacement un rugby total. Ceci implique pour tous les attaquants, de comprendre ce qui se passe pour savoir y réagir et prendre les initiatives qui s’imposent pour transformer collectivement le mouvement précedent dans la forme la plus juste compte tenu du jeu réactionnel défensif. Dans le rugby actuel, ce jeu juste se construit souvent derrière les nombreux points de fixation. Il incombe souvent aux demi ou à d’autres, dans l’action de continuité, de prendre l’initiative de cette transformation. Ce jeu juste est capital pour conserver ou augmenter l’avantage acquis grace à l’avancée dans le dispositif défensif adverse. Quand on est impliqué dans le plein mouvement, on ne joue pas par "directives", on est à la disposition du jeu sous toutes ses formes. Ce sont les effets que l’on a créé sur la défense qui vont guider le choix de la forme suivante, et des alternances possibles à la main ou en alternance au pied.

Il serait absurde de réclamer à Trinh-Duc de se consacrer à satisfaire les amateurs de jeu au pied quand le jeu situationnel ne le nécessite pas. Son "niveau" dans l’exercice du jeu au pied est largement suffisant pour devenir le demi d’ouverture dont a besoin cette équipe pour encore progresser.

Le poste de demi d’ouverture est à considérer aujourd’hui autrement. Le jeu au pied peut être pris en compte par d’autres moins sous pression, c’est déjà le cas avec le demi de mêlée qui assure aujourd’hui une grande partie de cette option tactique. Il ne nécessite pas pour l’ouvreur d’avoir un coup de pied de mammouth. Trinh-Duc a du talent, des moyens physiques non négligeables au service d’une combativité de tous les instants. Sa compréhension du jeu est encore, sinon optimale, du moins très intéressante et perfectible. Son essai, en choisissant judicieusement de continuer à jouer "dans le même sens" dans le plus petit espace qui soit, est entre autre la preuve d’une belle intelligence. Vouloir l’enfermer à démontrer qu’il est performant dans le jeu de gagne terrain serait une aberration. Continuer de s’améliorer dans le registre de la gestion des mouvements collectifs, là où il va avoir à prendre des initiatives et où il conservera la liberté utile pour le faire, (il le fait de mieux en mieux), apportera au collectif les routines et réponses utiles à la mise en place et œuvre d’un jeu collectif d’une dimension supérieure. C’est aussi dans ce rôle d’animation du jeu collectif et d’une continuelle meilleure modulation de sa gestion qu’il prendra conscience du "pourquoi et du quand" le jeu au pied. Le comment sera plus facile à travailler dans les entraînements. Une ou deux fois dans ce match, il choisit de jouer au pied alors que la situation ne l’imposait pas, mais on apprend aussi à bien jouer en faisant des erreurs. Trop d’ouvreurs- rappelons nous, du procès fait à Michalak ont subi le diktat "du jeu que l’on doit savoir faire" sous peine de rester sur la touche. Dommage de gâcher les talents.

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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mar 1 Déc 2009 - 23:20


Rugby - Nos Experts - 30/11/2009 - 17:25


La chronique de Villepreux


Comme chaque semaine, retrouvez la chronique de l'ancien entraîneur du XV de France Pierre Villepreux. Cette semaine, il revient sur la lourde défaite du XV de France face aux All Blacks (39-12), samedi à Marseille. Il analyse notamment le jeu déployé par les Néo-Zélandais.

Il s’agit bien de culture, je parle de celle du jeu, celle des traditions que les Néo-zélandais entretiennent depuis que le rugby existe dans leur pays. Un jeu placé sur des exigences qualitatives plutôt que de se satisfaire des résultats et des enjeux qu’ils drainent. Cet état d’esprit perdure dans les bonnes et les mauvaises périodes. Victoires ou défaites ils recherchent sans cesse l’innovant, le créatif, ne pleurnichent pas sur l’évolution des règles et les utilisent comme ressources. Le défi, celui d’aller à la quête du meilleur jeu, transparaît dans tous les discours, ceux des joueurs comme celui des staffs. A Marseille, face aux Français, qui ponctuellement leur font bien des misères, ils ont su dépasser l’enjeu d’un match pour retrouver leur style et l’esprit qui va avec.

Leur capacité à déplacer le combat dans des espaces moins encombrés, là où il est plus facile d’avancer, s’est manifesté d’entrée de jeu. En délaissant la fameuse occupation du terrain et en défiant leurs adversaires balle en main ils surent créer l’avancée suffisante pour que le rapport de force d'attaque-défense leur soit, dans les échanges successifs, de plus en plus favorable grâce aussi à l’omniprésence du soutien. Cette disponibilité à assurer un soutien réactif aux mouvements successifs quelque soit la forme de déplacement du ballon, au large par passes latérales ou dans un jeu pénétrant dans l’axe, est bien une des raisons du succès de leur jeu. S’il semble qu’il y ait autour du ballon toujours plus d’attaquants disponibles que de défenseurs, c’est aussi que les courses de soutien des uns, les plus proches, ceux directement impliqués dans la vie du ballon, et des autres, ceux plus ou moins éloignés, sont dans la continuité adaptées. Chacun anticipe le jeu successif en déduisant, où ils vont être ou devenir utiles, compte tenu de la fluctuation de la réaction défensive.

Le jeu de passe - soutien autour du ballon tel qu’il a été réalisé par les Néo-Zélandais, n’a de sens que si on le resitue dans la compréhension du "mouvement général du jeu". Celui-ci inclut le "mouvement du ballon et par rapport à celui-ci le mouvement correspondant des utilisateurs et des opposants." C’est en fonction de la bonne "saisie en plein mouvement " de la symétrie (rapport de force équilibré) ou dissymétrie (rapport de force déséquilibré) dans ce mouvement général, que la distribution offensive (soutien), comme défensive d’ailleurs (organisation en rideaux) va s’organiser dans le désordre existant; avec pour conséquence le choix, pour les attaquants, de continuer à la main ou au pied, et le choix, pour les défenseurs, de réagir en conséquence en se distribuant adéquatement en nombre et placement dans les rideaux et couvertures pour intervenir par le placage ou pour récupérer le ballon botté.

L’action offensive incluant tout le collectif comme l’action collective défensive ne peuvent pas être séparées. Elles sont des composantes du mouvement général qui n’ont de sens que dans le cadre des interractions qui lient le jeu momentané et évolutif des deux équipes. C’est dans cette maîtrise du mouvement général tant en attaque qu’en défense que les All Blacks ont dominé les tricolores. Leur performance dans les phases statiques devenant ainsi la conséquence de la tactique de jeu choisie et non le point de départ.

Il est dommage que l’on ne stigmatise pas, sinon l’abandon, du moins le peu de travail fait en club sur le mouvement général du jeu. Il reste un domaine majeur de progression là où s’exprime le jeu dans toute sa complexité. Son exigence dans le travail d’entraînement reste totalement d’actualité et c’est dommage que ce soit une défaite qui le remette au goût du jour.

La France a surtout été battue dans la composante défense justement pour ne pas avoir su et pu faire face aux mouvements offensifs de toutes sortes, à la main, proposés. Les bleus ont failli dans la distribution, en nombre dans le premier rideau, ce qui expliqua la lenteur de la montée et les espaces concédés. Celui-ci, une fois franchi, ce fut souvent le cas, laissa la place au déferlement que l’on sait. Ce fut très souvent le cas quand on rendit au pied le ballon en cherchant l’occupation du terrain.

Le principe organisant de manière dynamique la circulation défensive et ce ,en référence au jeu offensif des attaquants, a péché. Le jeu en avançant "debout" des Blacks en fut facilité et quand ils ne pouvaient pas faire autrement que de passer par le sol, la vitesse de libération du ballon préservait, voire intensifiait le déséquilibre, non pas du fait d’une meilleure organisation, ni d’un plus grand engagement, mais grâce à une présence immédiatement réactive du soutien proche. Derrière quoi, il suffisait de faire le bon choix en allant jouer là où c’était facile. Preuve que le combat ne se résume pas à la domination dans le corps à corps ni le rentre dedans.

Le combat, les blacks l’ont mené dans les espaces, ce qui ne les a pas empêché de faire face dans les phases d’affrontements organisées ou non. Dans la continuité d’un mouvement collectif parti de leur camp, ils marquèrent en choisissant avec pertinence de pousser sur la mêlée concédée aux Français à 5 mètres de leur ligne de but. Intégrer mentalement l’intérêt, de lier, dans la même dynamique, jeu en mouvement qui avance et avancer dans la phase statique successive, me parait être justement particulièrement représentatif de ce qui s’appelle "l’intelligence" dans le combat en rugby.

L’envie et l’engagement des français ont été bien présents tout au long du match. Peu être que la longue percée de Jauzion en début de match aurait mérité d’aller au bout et aurait permis aux bleus de conserver par la suite la cohésion indispensable tant en attaque qu’en défense pour exister devant de tels adversaires. Cette cohésion s’est effritée progressivement, au fil du match et de l’évolution du score, même parfois de manière inquiétante,

Ce n’est pas un arrêt, mais simplement une mise à jour pour les tricolores.

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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mar 29 Déc 2009 - 13:50


Rugby - Nos Experts - 10/12/2009 - 09:24


La chronique de Pierre Villepreux


Comme chaque semaine, retrouvez la chronique de l'ancien entraîneur du XV de France Pierre Villepreux.Cette semaine, il revient sur un document néo-zélandais concernant l'enseignement des sports collectifs, et analyse notamment la différence avec la formation française des jeunes sportifs.

Je viens de recevoir, transmis par un ami anglais, un document concernant l’enseignement des sports collectifs. Ce document provient de l’institut "Sport and recreation" en Nouvelle-Zélande. Cette réflexion de 12 pages invite à approcher un concept de formation qui touche les formateurs et les formés. Plutôt intéressant quand la dernière victoire des Blacks et la manière pour y parvenir interpelle et nous amène à nous pencher sur ce que l’on fait de plus ou de différent en Nouvelle-Zélande et en conséquence, ce que l’on ne fait pas, ou, que l’on ne fait plus en France pour qu’en bout de chaîne on crée ce type de joueurs.

C’est dans la continuité de la formation du jeune à l’adulte et du débutant au joueur du plus haut niveau dans un sport, que se développe et se construit (l’auteur) "le mouvement humain qui n’est jamais statique ni robotique mais qui est la conséquence d’une réponse intelligente, créative adaptée et flexible".

Il considère que "les meilleurs athlètes en sport collectif sont ceux qui sont capables de prendre les bonnes décisions face à la variabilité des situations rencontrées ". Pour faire court, il faut les former en développant d’abord et prioritairement leur sens du jeu ("game sens ").

On peut y lire entre autres :

- "Que les traditionnels modèles de formation et d’entraînement qui privilégient la seule répétition ne correspondent plus et doivent être modifiés pour apporter aux athlètes autonomie, liberté et responsabilité dans la gestion de leur performance et de leurs actions". - La force intrinsèque du sport, c’est d’apporter à ceux qui le pratiquent "du plaisir, c’est la première motivation et elle est essentielle. Les adultes structurent l’activité sportive beaucoup trop vite à des fins de résultats immédiats".

- " La tendance c’est de demander aux athlètes de réaliser, à l’identique du modèle, les mêmes tâches, mais quand on apprend, pour les uns et les autres, rien n’est identique, puisque l’appropriation d’un savoir passe par le sens et il peut prendre une forme différente selon les individus".

- " Pour leur donner les moyens d’accéder à ce sens, le rôle de l’éducateur ou de l’entraîneur n’est plus dans la manipulation ni dans la contrainte, mais bien dans la facilité et l’assistance en partant de ce que les athlètes savent faire tant individuellement que collectivement".

- " Le jeu dans sa totalité reste la valeur et le support essentiel de la formation, le travail des skills en est la conséquence".

- Il s’agit "d’apprendre dans le contexte, celui du jeu et de sa réalité et ainsi, les décisions prises appartiennent aux athlètes et non pas aux entraîneurs".

- "L’athlète apprend en jouant, en se confrontant aux problèmes rencontrés. C’est l’évaluation de la bonne ou mauvaise réalisation qui guidera l’entraîneur dans le choix d’exercices facilitant la compréhension des problèmes tactiques, dans la complexité du jeu et si quand c’est nécessaire l’acquisition de skills".

- "Pour les entraîneurs, permettre aux athlètes d’apprendre et de faciliter cet apprentissage relève de s’engager dans une autre conception de la formation s'ils veulent les amener à toujours plus de responsabilités et d’initiatives pertinentes en jeu".

- "Les raisons de faire apprendre dans la réalité du jeu et non de manière analytique, permet aux athlètes de se construire effectivement à partir d’un vécu adapté à leurs capacités momentanées, de conserver les motivations utiles pour améliorer leur activité motrice".

- " En situation de jeu, c’est l’athlète et non pas l’entraîneur qui doit résoudre les problèmes rencontrés. Apprendre en jouant, permet de mettre en œuvre skills et techniques dans le contexte réel du jeu et non pas se séparer de celui-ci. Apprendre dans la réalité du jeu développe la compréhension et procure des opportunités pour mettre en pratique et sous pression les skills et les techniques adaptées".

- "Quand l’athlète travaille, sorti du contexte de jeu, et que l’entraîneur lui dit comment faire et où aller, il occulte la perception de la situation et le processus mental de décision qui l’accompagne… Dans le contexte du jeu, il donne du sens à ce qui se passe grâce aussi à une meilleure et croissante auto-évaluation de ce qu’il réalise" .

- " Ce n’est pas une démarche de travail facile et les entraîneurs doivent former et encourager les athlètes à développer cette compréhension aussi en acceptant les erreurs qui sont indispensables pour gagner en autonomie et confiance".

- " Quand les athlètes sont dépendants de l’entraîneur et joue par ordre, il peut y avoir une augmentation de stress puisqu'il faut réaliser exactement ce qui est demandé. Dans ce cas, ils perdent en lucidité et ne prennent pas les bonnes décisions. Quand, en revanche, on développe la compréhension du jeu, la production devient celle des joueurs et de leur libre initiative et non pas la copie robotisée de ce que dit l’entraîneur."

Il ne s’agit bien sûr que d’une synthèse mais le concept de formation ne me semble pas être en contradiction avec la démarche d’enseignement qui est celle véhiculée en France dans les sports collectifs depuis de nombreuses années. Je pense que l’on a dans ce domaine même un peu d’avance. Je ne sais pas si cette démarche est celle que suivent pour le rugby les entraîneurs néo-zélandais, mais le fait est que ce pays produit à chaque génération, des joueurs d’exception qui font rêver. Dans l’ordre : leur perception et leur analyse du jeu situationnel, la représentation mentale qu’ils ont de cette situation et les solutions motrices, donc aussi au final, et pas en amont, les habiletés techniques utilisées sont souvent au top.

Pour qu’il en soit ainsi et que ces génies du jeu existent, il faut comme c’est le cas en Nouvelle-Zélande, dans la formation initiale que les plus jeunes passent d’un apprentissage instinctif et intuitif à un apprentissage de plus en plus conscient. La liberté d’expression qui est alors donnée à la pratique est déterminante puisque ce sont les résultats des initiatives prises en terme de réussite et d’échec qui permettront aux jeunes joueurs de s’auto-construire.

C’est ce qui se passe en Nouvelle-Zélande, sans enseignant, tous les jours à l’école parce que les structures existent et que la visibilité du rugby dans ce pays suffit à engendrer cette pratique libre. Celle-ci apporte aux jeunes pratiquants un lot de perceptions-sensations qui seront particulièrement utiles dans la construction future du joueur.

Si l’activité rugbystique, par la suite, est en plus dispensée selon les principes évoqués, l’apprentissage n’en devient pas pour autant directif mais régulateur de conduites et de comportements de plus en plus conscients. Cette base de formation est essentielle surtout si elle s’effectue conjointement avec la pratique d’autres activitées. Demandons à tous ces génies comment ils ont effectué leur premier pas, on y verra que la part faite au jeu libre pour le seul plaisir de jouer est loin d’être négligeable et réinvestissable dans le jeu de haut niveau.

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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Lun 4 Jan 2010 - 21:55


Rugby - Nos Experts - 02/01/2010 - 12:51


La chronique de Pierre Villepreux


Dans sa première chronique de l'année, notre expert, l'ancien international et entraîneur du XV de France, Pierre Villepreux, fait un voeu... Il nous parle du "Boxing day", coutume anglo-saxonne qu'il verrait bien adaptée en France.

"Boxing day" : journée fériée du 26 décembre en Angleterre.
A l’origine le "Boxing Day" était un moment de fêtes où les patrons distribuaient des cadeaux, de l’argent, voire de la nourriture à leur employés. Ils utilisaient symboliquement un emballage appelé "boite de Noël". La tradition perdure même si aujourd’hui sur le "boxing day" est venu se brancher des actions diverses, culturelles, humanitaires, et, évidemment les événements sportifs sont eux aussi très prisés par le public. L’engouement populaire que génère ce lendemain de Noël ne se dément pas dans le temps. Les fans du championnat domestique du football anglais le prolongent bien au-delà de ce seul jour. Pour avoir été invité, il y a bien longtemps par un tout petit club anglais de la région de Plymouth, et participé à cette occasion à un match avec l’équipe locale, j’ai pu apprécié la teneur, la saveur, la symbolique et la mobilisation populaire générées par cette journée.

Que le rugby français puisse être un jour amener à s’approprier et utiliser, ce ne sera pas la première ni la dernière fois, la dynamique de cette tradition venue d’ailleurs n’est en soi pas gênant. Mais, en ce jour de l’an, fait de de voeux, de rêves, de bonnes intentions et d'idées, il conviendrait alors lui donner un autre sens.

Alors rêvons éveillé :

- pourquoi ne pas l’intégrer dans le calendrier du top 14 comme une date marquante, non pas le 30 décembre mais bien le 26 si l’on veut conserver la symbolique anglo-saxonne qui fait de Noël et du jour successif un moment singulier de partage et d’amitié ? Ce serait la conclusion d’une partie de la saison régulière du Top 14..

Fantasmons :

- le cadeau dans la boîte, ce serait d’un faire la "fête du rugby professionnel" en créant autour des matchs une animation mobilisatrice pour tous, jeunes et moins jeunes. Ce cadeau des plus "grands du rugby" qui accepteraient aussi de transformer une ordinaire journée de championnat en une fête où les deux équipes se mobiliseraient sur la mise en œuvre d’un jeu le plus spectaculaire possible et caractéristique des valeurs qu’il est censé développé.

Pour cette journée particulière, continuons de rêver :

- les joueurs seraient délivrés des contraintes de résultats. Ce jeu ne serait pas celui des entraîneurs replacés alors, comme avant dans les tribunes, mais bien celui des joueurs qui accepteraient de sortir du rugby programmé et exagérément structuré dans lequel ils sont trop souvent enfermés, un jeu où tous les joueurs seraient disponibles pour exploiter en toute liberté et responsabilité toutes les occasions qui se présenteraient dans le mouvement général dans le cadre de la gestion la plus pertinente possibles des rapports de force rencontrés. Traduction d’un "jeu en lecture " qui impliquerait le joueur dans des comportements et attitudes en relation avec des indices et repères pris dans les actions développées au même moment par ses partenaires et par les adversaires.
- un jeu qui ne nécessiterait donc que le strict minimum de consignes pour le lancer sur touche et mêlée et utiliserait avec pertinence et sans abus les phases de ruck et maul. Un jeu épuré qui ne serait pas soumis aux calculs qu’imposent forcement l’analyse et l’étude du jeu de l’adversaire.

Ce jeu remettrait à la mode la bonne symphonie résultant d’un jeu collectif où chacun chercherait à saisir sans crainte de l’erreur toutes les opportunités. Jeu collectif que l’on admire quand il est bien fait par les autres et, peut être, ferait-on d’une pierre deux coups éveillerait-on l’intérêt qu’il y a de mieux saisir les lacunes et bonnes acquisitions des réalisations collectives et individuelles existant dans les situations de mouvement pour les traduire en travail d’entraînement à l’adaptabilité en jeu tant offensive que défensive. Sans rien enlever aux entraîneurs, ce jeu redonnerait du pouvoir aux joueurs. Ils retrouveraient le temps d’un match l’éveil tactique et intuitif et la part de folie utile qui existaient quand ils étaient débutants. Un jeu qui se débarrasserait des comportements inutiles et superflus dont la haute compétition se passerait bien et qui permettrait de respirer les valeurs que notre sport est censé développer et sur lesquels on sait si bien s’appuyer pour le magnifier et le distinguer des autres.

Cette journée célébrerait la solidarité de type familiale propre à notre culture. Cette grande famille du rugby que l’on expose comme modèle de solidarité même si tout le monde sait que les intérêts du rugby de haut niveau actuel ne correspondent plus à cette image. Et pourquoi pas, de faire de cette journée une opération de contribution de l’élite du rugby en faveur de la base. Le partage des dividendes de toute nature générés, en plus du beau jeu recherché, vaudrait bien sans doute autant que bien d’autres stratégies de communication.

Mais j’aime bien passer pour un naïf qui décline l’infaisable surtout quand il s’agit d'entrer dans une alchimie plus que subtile qui exigerait que soient instaurés d’autres rapports humains. Alors, il faut rester dans le rêve et continuer à inciter ceux qui le souhaitent à la recherche du beau rugby et de ses formes. Même si ma "gamberge" de fin d’année n’a pas de sens mais venait à être exaucée, le classement final en serait-il fondamentalement différent.

Rugbyrama - Pierre Villepreux
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Lun 4 Jan 2010 - 23:11

Sujet intéressant qui mérite attention et réflexion!!!, mais le jour tombe le 26 décembre, pendant la phase de repos si méritée, indispensable et nécessaire aux joueurs
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Sam 9 Jan 2010 - 22:11


Rugby - Nos Experts - 08/01/2010 - 11:31


La chronique de Pierre Villepreux


Midi OlympiqueDans sa première chronique de l'année, notre expert, l'ancien international et entraîneur du XV de France, Pierre Villepreux, nous parle du poids des futures victoires qui seront cruciales pour le dernier virage du Top 14.

Le Top 14 aborde la dernière ligne droite. La plus cruciale car maintenant le poids des résultats et de chaque match s’impose à tous les acteurs et pas seulement aux joueurs. On pourrait penser que si le rugby fait recette et attire un public de plus en plus nombreux, c’est grâce à la qualité du spectacle proposé. Ce n’est pas le cas. Les bons matchs, ceux où il y a du bon rugby, sont assez rares. Si le public répond présent, c’est donc qu’il y trouve son compte. En ce sens le mot qualité peut renvoyer à des dimensions diverses qui sont très souvent affectives. Elles touchent entre autres, la communion joueur public, ce que l’on appelait l’esprit de clocher, l’image que renvoie les joueurs à grande notoriété, la combativité voire la générosité développée, mais aussi pour d’autres la beauté des gestes, la facilité technique. Autant de facettes du jeu qui s’imposent au spectateurs mais n’assurent, isolées, qu’une part du spectacle.

La prestation sportive pourrait selon le goût des uns, devenir une prestation purement artistique ou selon le goût des autres, cette prestation n’aurait de valeur que dans l’enjeu qu’elle représente, à savoir gagner le match. Dans ce cadre, la prestation du joueur et du collectif n’implique pas, en situation de jeu, la réalisation d’une œuvre, puisque il s’agit bien de gagner en marquant plus de points que l’adversaire et que la manière d’y arriver devient forcément seconde.

Combien de fois entend t-on "on ne retiendra que le résultat".

Si la prégnance de celui-ci est notoire dans notre Top 14, c’est que la formule de la compétition s’y prête et que, sans bon résultat, il devient difficile de développer des perspectives d’expansion. Le développement du beau rugby en est forcement freiné. Mais paradoxalement dans le même temps cette obligation de résultats soumet les acteurs, joueurs et entraîneurs à des principes contradictoires.

D’une part donc, le choix d’un jeu posé et prudent que cette obligation de résultats impose, explique en partie le pourquoi de formes de jeux rationnellement organisées et peu expansives. Ce jeu qui fait moins appel à la recherche d’une prestation plus spectaculaire finit par s’imposer aux joueurs qui l’ accueillent et l’acceptent comme le jeu le plus efficace pour atteindre les objectifs sportifs attendus par l’environnement .

D’autre part, et en contrepartie la liberté d’initiative qui est nécessaire aux joueurs pour exploiter totalement les opportunités que proposent le choix d’un jeu plus tactique, plus en mouvement, considéré comme plus spectaculaire. Celui-ci réclame du collectif d’autres compétences mais quand il n’amène pas les résultats attendus est vite déprécié. L’efficacité semblerait en rugby ne pas nourrir de risques.

Un entraîneur qui perd sait toujours rappeler à ses joueurs qu’ils ne sont pas là pour assurer le spectacle, pour plaire, pour faire dans l’esthétisme. En ce sens le jeu programmé est forcement plus rassurant et "sérieux" puisque l’on impose à l’adversaire ce que l’on veut faire, c’est le jeu des "pragmatiques" alors que le jeu tactique, avec son lot d’incertitudes, demande pour tous une réactivité adaptative à la vitesse de l’enchaînement des actions, c’est le jeu des "créatifs" qui acceptent de jouer le jeu dans le désordre qu’il génère.

Le premier choix celui d’une stratégie trop rigoureuse impliquerait les joueurs dans une discipline collective qui ne tend pas à les libérer, et il n’est pas facile pour ceux-ci d’en sortir quand ils sont en échec. Quand on s’y lance, c’est en fin de match, quand le score est défavorable et impose la métamorphose, mais celle-ci ne se décrète pas.

Personne, quand on en parle ne doute que le spectacle soit nécessaire pour mobiliser les foules et obtenir sa fidèle présence. Mais comment dans le contexte que les résultats immédiats réclament, faire passer que le message du beau jeu, autorise aussi de gagner ? Comment sortir de la routine et placer le joueur et le collectif sur des bases d’un système de jeu qui libèrent les acteurs, d’un système générateur d’actions géniales pour ne pas dire magiques ? Cela doit être possible puisque quand ce jeu émerge, tous s’en rappellent, et les productions individuelles ou collectives sont perçues par l’environnement comme relevant du merveilleux, du sublime, du stupéfiant, presque de l’immatériel.

Mais rien ne se réalisera sans un état d’esprit différent, qui consiste d’abord à avoir le courage de dépasser dans la conjoncture les obligations de résultats.

Dans cet ordre d’idée, la pertinence des bonus tant l’offensif que le défensif relevait au départ de cet état d’esprit. Il n’est pas question de remettre en cause son intérêt, mais j’ai le sentiment que, dans certains matchs, une fois atteint, le "résultat bonus" amène les joueurs voire les entraîneurs à s’en satisfaire, ce qui freine ainsi les initiatives et limite les ambitions. Dans une équipe, l’obtention de performance passe par la recherche de l’élévation du sentiment de compétences collectives. Ce qui veut dire, dans ce contexte, en cas de bonus défensif, aller chercher une victoire, ou en cas de bonus offensif ne pas se satisfaire de trois essais de différences puisque personne ne doute pas d’avoir les moyens d’ambitions supérieures. Se satisfaire d’un bonus en préservant l’acquis diminue même si inconsciemment l’implication tant individuelle que collective, et, l’estime de soi en est forcement affectée. Transformer le bonus en atout catalyseur d’énergie tout au long d’un match doit devenir une règle qui servira aussi à entrer dans l’état d’esprit utile à la mise en oeuvre d’un jeu ambitieux indispensable pour assurer le spectacle que la haute performance quel que soit le sport se doit de proposer.

Sinon, on n’effacera rien et on continuera.

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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 13 Jan 2010 - 22:49


Rugby - Nos Experts - 13/01/2010 - 10:51

La chronique de Pierre Villepreux


Dans sa chronique hebdomadaire, Pierre Villepreux revient sur la victoire de Clermont à Toulouse dimanche pour la 18e journée du Top 14. Technicien amoureux du jeu, l'ancien entraîneur du XV de France a beaucoup apprécié la copie rendue par les deux équipes.

Il faisait froid au stadium de Toulouse, le terrain pas terrible, le ballon glissant, la victoire importante même si à des degrés divers selon que l’on était de Toulouse ou Montferrand. Tous les ingrédients pour jouer sécuritaire et cadenassé étaient présents. Rien de tout cela, nous avons eu un excellent match de rugby comme on aimerait en voir plus souvent, celui de deux équipes qui ne refusent pas le jeu, au contraire le provoquent, avec des joueurs qui prennent des initiatives quand elles se présentent et osent en prendre même quand le risque est présent. Le jeu de l’un devient, pourrait–on dire par mimétisme en terme d’intentions, le jeu de l’autre.

Dire que tout fut parfait, non. C’est tellement logique quand deux équipes osent et entreprennent que le volume de jeu produit entraîne des erreurs qui viennent nourrir mutuellement le jeu des antagonistes.

Cette envie de produire, on l’a trouvée dans les phases de lancement mais encore et plus significativement dans les nombreux turn over qui ont tous été (ou presque) utilisés pour des relances.

On eut le plaisir d’apprécier en particulier quelques séquence type échange ping-pong- pas celle que l’on a habituellement l’habitude de voir quand le deux équipes se renvoient et se rendent la balle au pied pour n’avoir pas à provoquer l’autre - mais bien celle qui permit la mise en œuvre réciproque d’actions collectives en utilisant immédiatement le contexte de jeu créé par son adversaire pour le transformer de situation favorable en défavorable. Exploiter en transformant l’avantage momentané acquis par les utilisateurs du ballon en désavantage immédiat relève de la part des heureux récupérateurs certes de savoir faire mais d’abord d’un état d’esprit celui qu’il faut pour profiter de l’aubaine quand surgit l’improbable. Exemple la balle récupérée sur la longue percée de David qui aurait dû envoyer Poitrenaud derrière la ligne et qui permit à Clermont de relancer le jeu pour un enchainement générant un gain de terrain de 50m.

Faut-il encore, pour les récupérateurs, pour que l’efficacité successive soit au rendez-vous, que le défi soit commun, ce qui implique compréhension et disponibilité immédiate pour tous et d’abord pour ceux qui sont dans la zone proche de la récupération.

Pour les deux équipes, cette volonté d’exploitation immédiate, intelligente, adaptée à la situation momentanée née des turn-over ne s’est jamais démentie. Et justement parce le momentané de la situation impose de jouer avant que la situation ne se transforme, ce que les deux équipes ont parfaitement réalisé. Dans la continuité des séquences jeu des uns puis des autres, et le défi livré on a pu apprécier combien ces moments de spectacles étaient mobilisateurs d’émotion pour les supporters qui passaient de l’espoir d’une concrétisation possible au désespoir de voir les adversaires renverser la situation en se créant les mêmes opportunités.

Sans avoir fait d’analyse précise, on peut sans trop de risques de se tromper accepter que le nombres de balles que se sont rendues directement ou indirectement les deux équipes ont été les mêmes et que les intentions de jeu ont tout autant été identiques.

Guy Novès interviewé à la mi-temps n’a pas masqué son inquiétude malgré un score favorable de deux essais à rien. Il stigmatisa la seule qualité de l’adversaire sans dire pour autant le pourquoi de cette crainte. Mais en fin stratège, il sentait bien que les initiatives ne venaient pas que de Toulouse et qu’à ce jeu Clermont avait des atouts et de l’ambition. On peut dire sans rien enlever aux vainqueurs que les capacités dans l’avancée des Toulousains étaient quand même plus grandes que celles des Auvergnats. Ces derniers malgré leurs intentions piétinaient sur la ligne d’avantage alors que Toulouse la franchissait plus souvent. Certainement que la percée de David aurait mérité une meilleure conclusion. Son choix de jeu dans une situation aussi limpide et à ce moment du match est déterminante sur le résultat. Poitrenaud serait allé dans l’en-but et aurait mis Toulouse à l’abri d’un retour toujours possible des Clermontois vu leur forte volonté de jouer et la qualité de leur jeu.

Quant à l’essai de la gagne pour l’ASM, la décision de Lavea d’attaquer la ligne par une course rentrante dans une zone habituellement de forte concentration défensive révèle une bonne lecture du jeu, puisqu'il s’agissait pour lui de prendre en compte simultanément le jeu d’avancée-fixation près du regroupement de Parra et la réaction des défenseurs toulousains relativement à son action de fixation . En tout cas l’intelligence de ce jeu à deux fut parfaite puisque l’appel de balle de Lavea fut entendu par le demi de mêlée. La défense toulousaine n’eut pas le temps de se refermer.

Que dire, que Toulouse pouvait gagner ce match. Certainement ! Même avant de bénéficier d’une dernière pénalité qui si elle était passée l’aurait conforté dans le jeu choisi. En la ratant, la défaite peut faire générer quelques doutes. Ce serait dommage. Quand on choisit un rugby d’envie, d’audace, le jeu à la main devient prioritaire, la relation intime qui unit jeu pénétrant et jeu déployé prend tout son sens et ne peut se maîtriser que si on prend l’habitude de l’impulser en toute circonstances en acceptant les risques que cela impose. Les réglages tactiques et techniques se feront progressivement de même que quelques fautes facilement évitables. Clermont et Toulouse nous ont gratifié d’une bonne production rugbystique . J’espère qu’ils feront des émules.

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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Dim 24 Jan 2010 - 23:18


Rugby - Nos Experts - 21/01/2010 - 09:50


La chronique de Pierre Villepreux


Dans sa chronique hebdomadaire, Pierre Villepreux revient sur la disparition de René Deleplace, le premier des grands théoriciens du rugby français, et lui rend hommage. "A lire doucement" selon les propres mots de l'auteur.

J’avais reçu peu de temps avant son décès un courrier de René Deleplace. Il l’avait d’ailleurs transmis comme il le faisait toujours à tous ceux qui le côtoyaient régulièrement et partageaient ses conceptions. René était de la vieille école et ne connaissait pas l’ordinateur. Stylo- papier lui convenaient mieux. La calligraphie de son écriture si particulière me permettait de l’identifier et de savourer à l’avance la teneur du contenu même s’il soumettait toujours le bien fondé de cette réflexion à notre "expertise". Quel que soit les thèmes abordés, j’étais sûr d’y trouver toujours cette analyse logique, pertinente qui apportait un nouvel éclairage et ouvrait la porte vers d’autres horizons tactiques et stratégiques. Tous les mots comptent dans la pensée Deleplacienne. C’est sans doute pour cela que pour s’en imprégner, une seule lecture ne suffit pas si l’on veut accéder à cette logique du jeu et à ses conséquences en terme de formation du joueur. Lire superficiellement voudrait dire ne pas pénétrer toute la richesse théorique indispensable pour espérer pouvoir la dispenser efficacement dans la pratique.

Son dernier courrier concernait la notion de "french Flair". C’est son avis que je vais essayer sans le dénaturer de faire partager. Entre ceux qui refusent l’existence de ce flair et n’y voit qu’un mythe et ceux qui lui accordent une réalité, le positionnement de René sur ce sujet peut apporter une clarification plutôt intéressante. D’abord il note que l’expression ne s’est pas imposée soudainement mais bien au fil du temps dans le cadre des oppositions franco anglaises, ce sont les britanniques qui lui ont donné un signification positive au regard d’actions de jeu des français "usant tactiquement de la règle, en la respectant bien sûr dans son esprit, mais en étant toujours plus attentif à saisir plus adéquatement les possibilités données par la connaissance très fine du détail de l’énoncé des règles".

Il cite pour exemple Clément Dupont demi de mêlée de l’équipe de France qui en 1920 contre l’Angleterre fait gagner la France en fin de match. Le règlement précisait à l’époque que sur une touche, "la balle devait être remise jeu de manière rectiligne au point de sortie touche, mais à n’importe quelle distance de la ligne de touche. Trompant la vigilance de tous, adversaires et partenaires, Clément Dupont exploite la règle de manière inhabituelle en remettant la balle en jeu pour lui même tout prés de la ligne de touche". Tous les participants à la touche en attente d’une remise en jeu sur tous les joueurs de l’alignement, il marque seul l’essai victorieux sans réaction, ni des adversaires et pas davantage des partenaires.

Cette exploitation intelligente du règlement fut souvent utilisée par les français et comme l’efficacité était au rendez vous, les législateurs anglais modifiaient dans la foulée les règles . En l’occurrence fut instauré sur la remise en jeu la règle des 5m.

Au delà de cet exemple bien sur très lointain dans le temps, on peut trouver pas mal de moments mémorables qui ont progressivement amener les britanniques à accorder aux français des "dons", ceux qu’ils n’avaient manifestement pas. Pour avoir beaucoup discuté avec des amis anglais de cette appellation, ils voient dans le mot flair "flairer le bon coup" et le transformer en une action favorable voire spectaculaire. L’intelligence qui y préside n’est de fait jamais clairement mentionnée.

De ces moments particulièrement mémorables, René Deplace précise que "si effectivement, le rôle des journalistes, la rivalité franco anglaise et d’autres composants d’effets d’opinion dans la vie de ce sport, participent à l’explication de la pérennité de l’appellation, ce n’est pas moins la persistance du fonds d’originalité du comportement des joueurs français qui nourrit le maintien de l’expression".

L’ exploitation du règlement n’est qu’une part du "french flair" il évoque tous ces moments de jeu à la française ou s’exprime l’intelligence tactique des joueurs. Actions lancées, on se sait d’où, sur des contre attaque, au départ pas évidentes et traduites en mouvements collectifs grandioses. Il évoque, entre autres :

France Angleterre 1962, un essai à 14 passes.

L’essai de Sadourny en nouvelle Zélande sous l’ère Berbizier pour une victoire en fin de match.

Le jeu du stade toulousain lors de la finale contre Toulon en 85 en tirant parti du jeu au pied de l’adversaire et en 89 l’essai de Denis Charvet.

L’essai de Dominici en 99 contre les blacks né d’une contreattaque de Magne dans ses 22m.

La finale de 2007 qui voit la France gagner un match ingagnable sur l’initiative de Michalak " lançant contre le cours du jeu, un mouvement à la main de ses 22m se developpant de manière décisive. Conclu par un très bel essai cette initiative acheva de désarçonner le jeu adverse". On pourrait ajouter à cette liste l’essai d’anthologie de Blanco en demi finale de la coupe du monde de 87 et celle du même Fouroux lors d’un match contre l’Irlande au Parc des princes et Sella à la finition. Il précise que la prise en compte de cet héritage est capitale pour "la sauvegarde de l’originalité de notre appréhension de l’esprit du jeu". Indispensable pour la mise en œuvre de tout notre potentiel dans le jeu et le développement des actions.

Trois points (traduits de manière synthétique) lui semblent essentiels pour faire émerger ces actions de jeu particulières :

Que les bases de développement du jeu de mouvement s’appuie sur la volonté de tout le collectif de saisir les opportunités qui se présentent. De l’initiative individuelle qui en découle et du changement d’orientation du jeu que cela implique, doit entraîner, grâce à une réponse immédiate, une exploitation collective. Que l’état mental des joueurs les prédispose à prendre des risques qui pour eux n’en seront pas puisque c’est une réponse intelligente à une situation donnée même si quelquefois singulière.

Que dans ce contexte, le score se doit d’être équilibré et que le rapport de force soit stratégiquement parlant en faveur de l’adversaire, auquel cas " le flair correspond à la capacité de faire basculer le jeu et avec lui le score". Il est précisé que "parler de flair à partir de la conception qui consiste à ne chercher à jouer le jeu dans toute sa richesse que lorsque l’on a acquis, par "le NON JEU", une avance suffisante au score, est exactement faire un faux sens total". Enfin, il donne sa définition du french flair : "Il désigne en fait la capacité de tous les joueurs d’une équipe à évaluer et exploiter aussitôt et en toute liberté, en même temps qu’en pleine responsabilité, l’opportunité de forme et d’orientation de -chaque action de l’instant- dans le développement du mouvement général". Dans le cadre de la formation du joueur "Son éveil et son épanouissement sont étroitement liés à la pratique libre du jeu pendant l’enfance ". Cette dernière remarque me permet de rebondir sur la Formation des jeunes rugbymen qui aujourd’hui sont de moins en moins confrontés, y compris dans les clubs, à cette formation à l’éveil tactique vécu en toute liberté.

Ce qui veut dire aussi que le french flair n’est pas une affaire française mais peut appartenir et appartient à tous et toutes les cultures. Il ne tire son efficacité que par l’intelligence tactique que les joueurs développent et perfectionnent. Pour qu’il en soit ainsi, le cadre de l’enseignement du jeu et de sa logique n’est pas anodin si l’on veut dans l’opposition que se livre les deux collectifs, aller vers une toujours plus grande maîtrise de la complexité des rapports de force attaque – défense et de leur mouvance.

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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Lun 1 Fév 2010 - 11:20


Rugby - Top 14 - 26/01/2010 - 10:40



Jeu de Toulousains


Pierre Villepreux a participé la semaine dernière sur un débat autour du jeu toulousain en compagnie notamment de Guy Novès. Notre chroniqueur revient sur cet échange et il en profite aussi pour revenir sur les grands principes qui guident les Rouge et Noir depuis des très nombreuses années.

Débat à Toulouse conduit par Jacques Verdier sur la spécificité du jeu toulousain. Pour y répondre Guy Noves et moi-même. Répondre à cette question de manière exhaustive prendrait beaucoup de temps. Mais au delà de la pertinence du jeu questions réponses, il était important de resituer dans le temps l’ensemble des phénomènes que le jeu a développé au fil du temps et bien sur surtout dans les périodes les plus significatives qui ont conduit le club à des résultats marquants. La manière, le style pour parvenir à ces résultats ont toujours autant compté que les résultats. Une manière de jouer et de concevoir le jeu qui a touché joueurs, entraîneurs et qui a imprégné tout un environnement dans un processus identitaire,

Personnellement, c’est cet esprit que j’ai ressenti quand je suis arrivé comme joueur au stade toulousain. Comme entraîneur, que ce soit avec Robert Bru puis jean Claude Skrela, le résultat n’avait de sens que par le comment gagner et dans ce cadre , le choix du jeu à la main s’imposait.

Le jeu toulousain c’est la recherche de la maîtrise, jamais terminée, de la relation « contradictoire mais unitaire » qui engage dans le jeu de mouvement attaquants utilisateurs et défenseurs. Les formes de jeu réalisées ne se conçoivent que dans la logique de l’opposition que le jeu génère.

Jeu offensif et défensif se conjuguent dans une même dynamique, c’est ce choix qui a fait au fil du temps une de ses forces et continue me semble t-il, de l’être.

En partant de là, il s’agissait bien dans notre esprit d’intégrer, la liberté des joueurs à un système de jeu qui a des exigences collectives. Ces deux notions ne sont, du moins en ce qui me concerne, ne sont pas contradictoires.

Dans ce cadre ,il s’agissait donc, pour jouer le jeu toulousain, de porter l’accent :

sur la connaissance des principes de développement tactiques judicieux que le joueur rencontre dans les actions de jeu , tant en attaque qu’en défense :

- d’abord prioritairement dans le plein jeu (les phases de mouvement),

- mais aussi dans les phases de fixation

- enfin dans les phases statiques.

Cet ordre n’est pas neutre et reste encore plus d’actualité dans le jeu actuel compte tenu des compétences demandées aux joueurs quelque soit leur poste.

Sur le développement des capacités de tous à "suppléer" ( déjà), c'est-à-dire de savoir jouer provisoirement dans n’importe quel rôle exigé par le jeu, en acceptant en fonction du contexte situationnel de prendre à tous moment l’initiative qui s’impose, quel que soit le type d’action et la forme de jeu dans lequel le joueur se trouve impliqué.

Pour qu’il en soit ainsi deux facteurs me semblaient significatifs pour être performant :

la volonté pour l’attaque :

- de produire, un volume de jeu à la main suffisant, à partir des balles disponibles quelle qu’en soit l’origine et appréciées comme « jouables » afin de développer des mouvement complexes efficaces. Je parle de ceux qui utilisent une avancée suffisante et indispensable pour créer un déséquilibre défensif exploitable en utilisant d’abord le jeu à la main et autant que faire se peut, sans le secours de regroupements ou du jeu au pied.

la volonté pour la défense :

- d’enrayer efficacement les mouvements collectifs adverses y compris les plus complexes

- de récupérer la balle en transformant si possible immédiatement le jeu défensif en jeu offensif .

Le joueur toulousain, c’est celui qui est capable dans le « plein jeu, en plein mouvement », de percevoir, de comprendre, les évolutions des partenaires et adversaires dans toute la complexité du rapport d’opposition existant. Il en déduira, pour défendre comme pour attaquer, les choix des actions successives et leur devenir et se déplacera en conséquence.

C’est développer avec les joueurs un consensus où chacun accepte d’avoir l’audace de le faire, de le refaire et de ne pas y renoncer dès que les premiers obstacles se présentent.

Le jeu toulousain, c’est de privilégier le jeu à la main qui ne se résume au choix d’une forme mais bien au choix de la forme qui est à même de répondre dans l’instant à l’action défensive. Il relève du porteur de balle de faire en toute liberté le choix de décider de la forme de l’action successive :

de courir en portant le ballon, de continuer le jeu en passant la balle dans la forme développée précédemment : ° soit latéralement hypothéquant momentanément l’avancer,

-soit à un joueur soutien engagée par une course rectiligne qui visera à favoriser l’avancer vers le but adverse, d’utiliser le jeu au pied.

L’importance de la passe dans ce jeu est indéniable mais son efficacité est liée au pourquoi et au quand il faut la faire. Le comment la faire prend alors tout son sens et non le contraire.

Le jeu toulousain c’est donc de faire entrer les joueurs dans une logique de comportements responsables qui n’ont de sens que par rapport à ce qu’est la base fondamentale du jeu, à savoir chercher à avancer en déjouant, contrariant, déséquilibrant, le dispositif défensif qu’oppose l’adversaire à sa progression vers leur but et donc quand c’est le cas de profiter de l’avantage pour développer le mouvement d’avancer et préserver le déséquilibre.

Autrement dit, ce que fait le porteur de balle n’a de sens que par rapport à la forme de l’obstacle défensif. La décision de ce porteur de balle n’a de chance d’être efficace que si tout en même temps , ses partenaires comprennent sa décision et adopte le soutien adéquat dans l’espace utile au moment utile et à la vitesse tout autant utile. La préservation du mouvement qui avance se fera dans la même forme ou dans une autre selon la réaction défensive. Chaque action pour les uns et les autres se réalisant en utilisant optimalement les capacités physiques et mentales qui sont les leurs dans l’instant de jeu.

Le joueur toulousain doit donc être capable de changer ce qu’il avait prévu. Les défenseurs ne sont pas des pions qui subissent. Le jeu défensif tente de reformer un barrage différent. C’est cette mouvance défensive qui va modifier la décision des utilisateurs du ballon , celle du porteur de balle et celle de ses partenaires réagissant en conséquence.

Précisons cependant qu’aujourd’hui, il convient de se pencher sur ce que doit être le jeu pénétrant et sur le comment le réaliser collectivement pour tenter d’amener la défense à se resserrer vers la zone du ballon afin que la relation logique qui unit jeu pénétrant et déployée et vice versa retrouve tout son sens, celui que ne peut pas lui donner le jeu individuel d’affrontement qui finit au sol et brise la dynamique collective.

Dans ce cadre de ce jeu adaptatif, le jeu à la main répétons le, car c’est capital, doit être une priorité et un état d’esprit commun à tous. La passe est prioritaire tant qu’elle permet l’avancée que celle-ci soit immédiate ou différée. L’alternance nécessaire, quand le rapport de force s’inverse et que le jeu à la main devient impossible, réside dans le choix entre, l’affrontement du dispositif défensif donnant lieu à un point de fixation ou jeu au pied. Il devient essentiel dans l’esprit de tous qu’il s’agit bien :

- d’avancer en préservant par le jeu de passe et les soutiens utiles à la dynamique collective.

- D’éviter, autant que faire se peut, les blocages et regroupements non imposés par l’adversaire qui doivent être considéré comme un demi échec.

Le jeu toulousain ce n’est pas la préférence du jeu offensif, mais bien la maîtrise conjointe et le plus efficacement possible du jeu offensif et défensif. Justement le jeu défensif qui vise la réorganisation constante et évolutive du barrage défensif et des couvertures utiles à des fins de récupérations du ballon est essentiel dans ce système Les situations de turn over ou de contre attaque et le changement de statut qu’elles occasionnent pour les défenseurs devenus soudainement attaquants et vice versa sont des contextes particulièrement favorables, quand on saisit immédiatement l’opportunité d’aller jouer sur la faiblesse momentanée de ceux qui ont perdu ou mal rendu le ballon.

Le jeu toulousain n’appartient pas aux Toulousains . Il est le jeu de tous, à condition de ne pas se tromper sur le « comment de la formation et du travail à faire » pour faire à la fois émerger le jeu et les joueurs capables de le mettre en œuvre. La transformation, visible, de joueurs non issus de cette culture, en est la meilleure illustration.

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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Jeu 11 Fév 2010 - 21:33


Rugby - Nos Experts - 11/02/2010 - 10:24


La chronique de Pierre Villepreux


Dans sa chronique hebdomadaire, Pierre Villepreux revient sur les cent ans du Tournoi. Pour lui "L’engouement reste identique au fil du temps et fait espérer un cru porteur d’espérance pour le rugby européen à deux ans de la Coupe du monde."

Commençons par le plus moche. Irlande/Italie a été particulièrement insipide. La faute en revient aux Italiens jamais soucieux de sortir d’un jeu qui n’en est pas un puisqu’ il consiste à ne rien entreprendre quand on est en possession du ballon. Projet de jeu simplifié au maximum qui impose de renvoyer au pied le ballon vers le camp adverse, de le sécuriser dans des regroupements nés d’un jeu sans passe, de conforter ce non jeu par une défense dont on espère qu’elle sera suffisante non pas pour gagner mais pour assurer un résultat le moins déshonorant possible. Résultat des courses, ce non jeu de "la squadra" n’a jamais permis de franchir autrement que par le jeu au pied la ligne d’avantage adverse, sauf une fois dans la dernière minute du match, une action de Mirko Bargamasco venu de son aile et dans le bon timing s’infiltrer après son ouvreur dans un mini espace pour une course inutile et terminer en solitaire vu le manque de réactivitée du soutien presque surpris par cette inattendue initiative sortant du programme. L’essai italien est anecdotique, résultat d’un cadeau irlandais, suite à un contre sur le dégagement de leur arrière. Ce jeu négatif des Italiens, a même grandement troublé la sérénité des vainqueurs du dernier Tournoi qui, surtout en seconde mi-temps ont réalisé une production contre nature. Penser perturber les italiens en répondant à leur jeu au pied par du jeu au pied fut non seulement une mauvaise stratégie mais synonyme de manque d’ambition pour une équipe qui vise un deuxième grand chelem. Cette production en demi teinte ne permet pas de préjuger de la valeur du moment de cette équipe qui n’a pas davantage convaincu lors de la Tournée automnale. Elle devra avoir plus d’ambition samedi prochain au stade de France, celle du jeu entrevu en début de match et conclu par un superbe mouvement collectif plutôt que de se préoccuper du jeu de l’adversaire.

Je dirais, dommage pour les italiens, qui avec Pierre Berbizier aux commandes avaient réalisé un rugby prometteur à la mesure du potentiel que l’on connaît de ces joueurs italiens qui avec ce type de jeu, ne sont pas utilisés comme ils devraient l’être.

Angleterre/Galles a répondu à notre attente. On attendait une confrontation musclé, elle a eu lieu. Avec Wilkinson à la baquette, le jeu anglais a retrouvé une âme et une équipe compétitive. La puissance globale des joueurs anglais est mise à la disposition d’un rugby qui ne se résume pas à utiliser leur force physique. Les intentions sont bien présentes et ils ne refusent pas de mettre tout leur collectif en mouvement mais c’est souvent quand il se crée des situations à priori faciles à jouer, celles où ils doivent sortir du jeu attendu qu’ils "mangent" les meilleurs occasions. Mais ils savent aussi s’appuyer sur leurs points forts, là ou ça fait mal, particulièrement sur les ballons portés. Leur organisation sur ces mauls qu’ils affectionnent devient usant pour l’adversaire, contraint de céder ou d'aller à la faute.

Le 9 joue beaucoup au pied, derrière un pack super protecteur qui lui permet de distiller des up and under terriblement efficaces pour des partenaires particulièrement habiles à se lancer habilement dans la reconquête en l’air où ils excellent. Il soulage aussi Wilkinson plus à même de se consacrer à la gestion du jeu à la main. Ce 9 est de plus très joueur autour des rucks où sa vivacité et ,on peut le dire, sa bonne lecture du jeu mobilise les défenses proches; ce qui ouvre des options pour les partenaires plus au large quand ce choix est fait.

Cette équipe anglaise va être dangereuse à jouer. Je sens cette victoire comme déterminante dans leur progression et leur confiance qui, on le sait, quand elle s’installe, leur permet de défier sans la moindre appréhension les meilleurs.

Les gallois ont bien répondu, quand leur adversaire leur a laissé un peu d’espace, par le jeu à la main, qu’ils savent et aiment faire. Ils ont dans cette option un meilleur sens tactique que les Anglais. Ils s’adaptent mieux et plus vite aux aléas proposés par la défense quand le jeu bouge. C’est une équipe qui accomplie parfois un jeu qui ne peut laisser indifférent pour ceux qui aiment le jeu construit dans le respect de ses principes de toujours avancer et soutenir. Un jeu qui a eu du mal à se mettre en place au départ compte tenu de la pression imposée par leur adversaire. Mais en deuxième mi-temps et fin de match quand l’avancée permis d’imposer une pression déstabilisante, les gallois se créèrent pas mal d’occasions qui pouvaient les conduire à la victoire.

La France n’a pas manqué ses débuts puisque la victoire fut au rendez-vous. Le choix de jouer à la main tous les ballons en début de match était une réponse à la demande faite par le staff. Ce fut fait plutôt bien au début et curieusement dans la pénibilité par la suite alors que le score favorable aurait pu les transcender.

D’abord il faut mettre en exergue la capacité française à défendre ce qui est aujourd’hui une des clés de la performance. Les Français n’ont pas failli, mais il faut relativiser cette analyse quand on sait que les Ecossais ont perforé pas mal de fois le premier rideau défensif. Cependant, ce fut toujours plus individuellement que collectivement. Ils se créèrent ainsi des opportunités non exploitées par un manque de cohérence dans la cellule d’action autour du porteur de balle. Cette difficulté à jouer juste en recherchant le bon soutien sans passer par le sol pour préserver l’avancée du mouvement précèdent a généré un retard suffisant pour permettre aux Bleus, non seulement de contester le ballon sur le joueur plaqué, mais aussi de se réorganiser en position et en nombre suffisant pour compenser le jeu successif. Les mêmes situations avec les All Blacks se seraient traduites grâce à la réactivité adaptative du soutien par des essais.

Pour en finir avec les Ecossais, le volume de jeu mis en œuvre est significatif d’un choix. Aujourd’hui l’efficacité est relative. Le nombre de passes faites sans avancer devant la défense en est l’illustration. Quand ils choisirent, par défaut d’efficacité dans le jeu à la main, d’alterner par du jeu au pied, ce ne fut pas fait au bon moment et les contres français qui s’ensuivirent illustrent la carence de la lecture du jeu défensif adverse. En fin de match dans le "hourra" rugby que le score engendra, les français imposèrent un premier rideau constitué de tous les joueurs, ce qui n’eut pas pour effet d’entraîner coté Ecossais le choix logique que cette situation défensive imposait. Contre les Argentins en automne il avait rencontré les mêmes difficultés et là aussi ont échoué pour les mêmes raisons.

L’attaque française a échoué en deuxième mi-temps pour imposer non pas le jeu que souhaite les entraîneurs, mais bien "le leur" celui où il s’agit bien de s’adapter à ce que propose l’opposition adverse, ce qui implique en cours de match et d’une situation à une autre de savoir prendre en compte les faiblesses et forces globales et momentanées de leur adversaire. Ce qu’ils firent bien en mêlée en sachant que cet effort répété a un coup énergétique que l’on paie si le jeu tend à prendre une dimension qui impose des déplacements. Ce qui veut dire qu’il est utopique de toutes les pousser mais bien de faire les choix de celles qui le méritent.

Quelques excellentes actions, les deux essais bien sur, mais aussi d’autres auraient mérité une meilleure finition si la lecture spontanée du jeu par le porteur de balle avait été à la hauteur. Ces actions même si mal finies, augurent de ce que souhaitent mettre en place les entraîneurs mais que le collectif n’est pas en mesure encore de reproduire dans la continuité d’un match.

On a vu les français mal jouer devant la défense en multipliant les temps de jeu sans efficacité. Conserver le ballon est certes intéressant à condition que l’utilisation du ballon à la main quelle que soit sa forme crée les conditions d’avancer et de pressions utiles pour pouvoir enchaîner efficacement. Ce sont alors les déplacements - replacements pertinents de l’ensemble du collectif et donc l’utilité de chacun par rapport à la faiblesse défensive momentanée qui empêche la réorganisation adverse et maintient le déséquilibre.

La réorganisation collective et de fait, le jeu utile de chacun, dans le situations rencontrées successivement, devient capitale, si l’on veut dans la phase de jeu, maintenir l’adversaire en situation d’incertitude sur le jeu future. En cas de ruck concédé, c’est la vitesse de libération du ballon dans les phases de rucks concédés mais aussi le quand, comment et le où (axiale ou latérale droite ou gauche) qui entretiendra la dynamique utile, composante qui est une faiblesse française de toujours.

On peut également regretter que les lancements de jeu manquent eux aussi d’efficacité et ne crée pas plus souvent les bonnes conditions du jeu successifs.

Victoire quand même, en ce début de tournoi, c’est bon pour le mental et surtout pour travailler avec sérénité.

Tournoi du centenaire très "open". Je vois mal une équipe qui domine son sujet suffisamment pour réaliser un grand chelem. Mais dans le Tournoi d’une année sur l’autre, il n’y a aucune garanties, ce qui évite d’avoir des certitudes.

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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Jeu 25 Fév 2010 - 1:06


Rugby - Nos Experts - 22/02/2010 - 11:35


La chronique de Pierre Villepreux



Dans sa chronique hebdomadaire, Pierre Villepreux, de retour de son voyage au Canada où il était invité pour participer à une conférence sur le "jeu collectif" au rugby. Suivez le guide
.


Je n’ai pas vu le dernier match du XV de France. J’étais au canada dans la belle ville de Kingston, j’avais été convié à participer à une conférence suivie pendant deux jours d’un travail sur le terrain sur le thème du "jeu collectif". 210 coachs venus du Canada, mais aussi des Etats-Unis, participèrent à cette formation. Bien entendu la démarche d’enseignement du jeu que j’ai présenté qui part du jeu et du mouvement général continue de surprendre ce public élevé à la fois au système de formation britannique mais aussi à ce qui se fait dans le football américain, à savoir la transmission de formes sorties du contexte donc dénaturées. Ce découpage du jeu et la reproduction de ces formes sont bien sûr parfois suffisantes et logiques pour le joueur mais dissimulent le sens que le joueur doit donner à la relation complexe qui unit le jeu d’attaque et celui de la défense. En segmentant les savoir et savoir faire, il leur manque cette mise en relation, celle qui pose une problématique plus large et que seul le jeu total peut restituer. Le travail pratique qui suivit sur le terrain (gymnase aménagé) avec des joueurs d’une vingtaine d’années mit en évidence ce manque de pensée tactique. Mais sollicités autrement pendant deux jours, les entraîneurs ont pu noté que les situations d’apprentissages proposées ont amené des comportements individuels et collectifs différents en tout cas plus pertinents liés aux significations nouvelles données au jeu dans le rapport d’opposition existant.

La question de la forme donc du comment on s’entraîne devenait en l’occurrence centrale dans les questions qui suivirent. La réalisation d’un jeu adaptatif, celui où il s’agit de répondre avec pertinence et efficacité à ce que l’on rencontre en face de soi ne se décrète pas. Il fallut expliquer qu’il prenait tout son sens dans le cadre de la dynamique des interactions cohérentes touchant l’ensemble du collectif, ceux qui sont dans l’instant directement impliqués autour du ballon et ceux qui sont à la périphérie de cette cellule centrale.

Si l’on se satisfait de joueurs capables de reproduire des gestes et actions pensés en amont par l’entraîneur, on place le joueur et le collectif dans un autre cadre, celui où il s’agit de "refaire le mieux possible", mais puisqu’on ne fait qu’appliquer, on limite les initiatives et la mise en œuvre de la dimension adaptative.

Or la dynamique majeure de tout apprentissage, et pas vrai seulement en rugby, c’est de rendre transférable ce que l’on sait et sait faire dans des situations et contextes différents pour y affronter l’ imprévu. C’est l’entassement des erreurs et réussites qui amènera le joueur donc le collectif à rentrer ainsi dans ce jeu adaptatif, toujours plus abouti, cependant, jamais complètement maîtrisé mais dans lequel ils seront de plus en plus à l’aise. Ce qui veut dire que certaines formes et méthodes de travail autoriseront mieux que d’autres d’aller vers la performance en débordant sur ses limites du moment, celles du prévisible, ce que l’on maîtrise, pour aller vers celles de l’ imprévisible que l’on ne maîtrise pas encore .

On ne naît pas bon joueur de rugby. On le devient à condition que la formation reçue et entassée au fil du temps ait permis au pratiquant de développer au mieux et pas au rabais son potentiel en suscitant la mise en action de ses compétences. Tout joueur est doté de compétences d’intelligence et d’un pouvoir d’attention à même d’élever son niveau de jeu si le milieu, les contextes voire les circonstances favorisent leurs mises en œuvre. L’inégalité que l’on remarque et décèle dans les capacités des uns et des autres à "jouer juste" est souvent le fait des différences des formes et méthodes de formations rencontrées dans la continuité de leur carrière. L’empreinte laissée par celle-ci laisse des traces qui peuvent s’effacer avec un travail approprié. Justement l’appropriation d’un "jeu nouveau ne peut se construire que contre l’ancien" en acceptant d’abandonner le chemin du jeu construit pour aller vers celui du cognitif, celle des bonnes réalisations tactico- techniques qui prendront un sens différent de celui acquis par la seule application de savoir faire prescrits.

"On ne naît pas champion , on le devient" dans une continuité cohérente de formation allant du débutant au plus haut niveau sachant que le graal n’est jamais atteint et que l’action de formation si elle est bien menée est à même de générer toutes les réussites.

Une parenthèse pour préciser que ce fameux "talent", les purs dons de la nature accordés à certains resteraient en l’état si, par manque d’implication ou suffisance, le potentiel du surdoué n’était pas exploité et si on ne créait pas, à l’entraînement par la forme de travail adaptée, les conditions propres à l’émergence de "savoirs réels".

Apprendre à jouer avec pertinence efficacité, dans le mouvement existant, en négociant spontanément et avec à propos imprévu et incertitude, sera à terme accessible à condition que le cadre d’apprentissage ou de perfectionnement choisi y réponde et place la liberté d’initiative au cœur du processus décisionnel. Ce qui ne sera pas le cas si habituellement, le contexte de formation a confronté les joueurs à un cadre où tout est fixé à l’avance et ne relève plus de l’initiative personnel.

Choisir, par l’activité déployée de mobiliser les capacités adaptatives des joueurs traduites en terme d’actions intelligentes, va impliquer dans un même tempo entraîneur et joueurs. Il convient pour l’entraîneur ,en partant des compétences existantes déjà stabilisées des joueurs et du collectif de les faire entrer dans une autre logique, celle de "penser le jeu autrement" ? Ce qui nécessitera de proposer et mettre en place les conditions et situations de jeu adéquates, favorisant ainsi, en rentrant dans un autre espace de créativité, la mise en œuvre de compétences enrichies et nouvelles.

Dans cette dynamique de formation les joueurs ainsi formés deviendront , s’ils ne traînent pas des pieds pour y rentrer, capables de produire le jeu créatif et adaptatif recherché. Mais paradoxalement cet accès des joueurs à un jeu toujours mieux compris verra l’action de formation de l’entraîneur modifiée. Non seulement elle sera facilité mais elle visera en fin de parcours à "le rendre presque inutile".On dira qu’il construit avec cette méthode progressivement son inutilité.

Arrivé à ce stade, serait la preuve d’un pari gagné, celui d’avoir su choisir une formation par le jeu et avec le jeu où il s’agit bien d’oser faire et d’inventer avant de comprendre. Les "savoirs, savoir faire et savoir être" sont à appréhender d’abord dans la complexité du jeu total, dans cette phase mère et dans sa mouvance. Les réalisations et actions des joueurs en terme de réussites et erreurs dans ce contexte du jeu total où se posent tous les problèmes donnent alors tout son sens au travail de phases de jeu partielles. Je parle de ces séquences de travail, appelées "skills" dans le monde anglo-saxon, qui quand ils sont le cœur et la priorité du travail réalisé à l’entraînement ne sont pas suffisantes puisqu’ils ne rendent pas compte de la complexité du jeu total,de son sens et de son opérationnalité. Surtout quand leur utilisation vise le "comment faire technique". Situation où on se centre sur le comment et moins sur le pourquoi(comprendre), le premier ne s’ajuste alors pas forcement au second. Il s’agit bien de faire en sorte que ce va et vient entre le tout et les parties se fassent dans le bon sens et non le contraire, seule façon de mettre à la disposition des joueurs les routines qui constitueront le répertoire de réponses disponibles pour parvenir à la solution pertinente relativement à la situation rencontrée.

Je viens de voir France Irlande. Le jeu collectif des français prend forme même si encore tous les joueurs ne sont pas égaux pour répondre spontanément et avec justesse aux situations rencontrées. Dans le cadre de la préparation à la coupe du monde 2011, continuer à traiter ce problème tactique me semble déterminant pour que la progression de cette équipe vers un jeu toujours plus achevé continue à se faire.

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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Lun 8 Mar 2010 - 21:53


Rugby - Nos Experts - 04/03/2010 - 10:42


La chronique de Pierre Villepreux



Dans sa chronique hebdomadaire, Pierre Villepreux nous parle du rugby "total", de ce jeu amenant le corps et l'esprit à un épanouissement personnel et collectif.


C’est un chinois sage parmi les sages qui a dit "la montagne est bien haute, mais plus d’un se plaint de sa hauteur sans tenter d’y monter". S’entraîner à jouer le rugby de mouvement le plus sophistiqué du monde avec les méthodes de travail les plus pertinentes les moyens les plus sophistiqués, l’inscrire dans un projet est une chose. Mais pour les joueurs justement s’y inscrire et s’ impliquer réellement dans la durée quelles que soient les compétitions ne peut s’acquérir que si une force mentale supérieure les y pousse individuellement d’abord pour enfin s’y ancrer collectivement ensuite.

Difficile d’accéder à ce rugby total si l’on ne ressent ce jeu et ce choix aussi comme une forme d’épanouissement, de soi, de son estime et de développement de son potentiel. Ce ressenti est capital sinon on regarde la montagne, on atteindra peut être les contreforts mais on ne tentera jamais le sommet. Il s’agit bien d’une dynamique d’épanouissement d’un collectif celle qui, derrière le jeu produit va permettre de toujours mieux communiquer pour créer, négocier, développer un leadership avec des joueurs disponibles pour orchestrer, seule façon de jouer sans angoisse et d’être dans "le plus être" et non dans la recherche limitée d’un "mieux être", intéressant, atteignable de temps en temps mais insuffisant car sans consistance si inconsciemment il apparaît comme utopique et à risque .

Le match France/Galles illustre bien les deux états d’esprit avec lesquels les deux équipes ont abordés le match.

Des gallois fidèles à leur image de marque d’un rugby qui n’est pas encore certes fini, mais fait de beaucoup d’intentions, preuve de la confiance qu’ils ont dans leur jeu et dans leur capacité à le réaliser et bien sur aussi pour aller chercher la "gagne". Ce jeu ne s’est pas construit soudainement mais bien sur des dispositions durables acquises progressivement mais surtout entretenu dans la continuité par le coach et les joueurs et dans les clubs. La force de ses dispositions ne les amenant pas à changer de style, quand bien même, le score largement défavorable à la mi-temps aurait pu sinon les y contraindre du moins les y inciter. Leur performance en deuxième mi-temps est significative et va les conforter dans le style choisi. C’est quand on est plongé dans un contexte défavorable (celui du score) que l’on sent si, le collectif est animé de cette confiance dans le jeu choisi, de cette force, qui font penser, compte tenu de tout ce qui s’est passé avant (le jeu produit en première mi-temps), qu’il est urgent stratégiquement de ne rien changer, sauf des détails. C’est la preuve que l’emprise du projet de jeu fait son effet car, choisi, accepté et donc mis en œuvre par tous sans traîner des pieds.

Paradoxalement les français qui depuis le début de saison avaient gagné le droit de se faire craindre, donnèrent l’impression de ne pas se sentir à leur place et donc n’ont assuré qu’une partie du jeu, n’exploitant pas alors tout le potentiel existant au sein de cette équipe.

Il est bien difficile de cerner les raisons d’un comportement collectif qui ne s’est pas modifié d’une mi-temps à une autre. Cette option de jeu, il est vrai, a rapporté gros rapidement.

On peut même accepter de se satisfaire de la première mi-temps. En revanche la deuxième mi-temps, l’avantage acquis aurait du changer le regard des tricolores sur leur production qui aurait dù évoluer vers plus d’intentions, d’initiatives et de défi, celui que se doit de lancer une équipe qui a, à la fois, l’ambition de gagner un grand chelem et de s’affirmer comme concurrentielle lors de la prochaine Coupe du monde.

Je crois sincèrement que le match, aurait été certainement gagné et mieux. Si une des raisons de ce manque d’entreprendre est conséquente aux inquiétudes que la mise en place et l'œuvre du jeu que l’on dit vouloir jouer génère; alors effectivement il faut l’abandonner. Si c’est le jeu des Gallois et les menaces que pouvaient générer leur capacité offensive qui a imposé ce choix, alors, on leur a accordé un pouvoir qui est disproportionné par rapport à la réalité de leur possibilités relativement aux nôtres. Ces menaces existent, elles sont certes contraignantes mais se doivent d’être mentalement dépassées. En refusant le jeu, elles sont devenues réelles puisque la défense française fut dans cette deuxième période souvent mise en difficulté dont deux fois de manière cruciale.

Quelle analyse du jeu français aurait alors été faite en cas de défaite voire de match nul ?

Le résultat positif et la résistance défensive victorieuse ont permis de recentrer la performance sur ce seul secteur du jeu, ce qui a faussé en partie ’évaluation de la production française rendue de fait peu objective. La défense à bien y regardé mériterait au demeurant que l’on s’y attache davantage et pas seulement sur ce match.

Encore une fois je regrette ce manque d’initiatives, celles qui permettent à une équipe de prendre le jeu à son compte, elles sont le vivier du jeu de demain. Le potentiel du collectif français existe et permet d’avoir cette ambition, mais reste certains matchs à l’état dormant.

Cette victoire perpétue l’espoir d’un chelem mais, une fois de plus n’est pas coutume, replace le jeu espéré à la case départ. Il est plutôt bien que le staff en soit parfaitement conscient.

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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 10 Mar 2010 - 10:59


Rugby - Nos Experts - 10/03/2010 - 09:30


La chronique de Villepreux


Dans sa chronique hebdomadaire, l'ancien entraîneur du XV de France, Pierre Villepreux, revient sur les modifications des règles dans les catégories de jeunes. Il explique notamment les rasions de ces différents changements ce qu'ils vont entraîner concrétement dans le jeu.


La commission Ecole de rugby de la FFR a modifié les règles du jeu dans les catégories jeunes. La transformation, par rapport au "rugby digest" précédent, concerne entre autres, les lancements de jeu qui maintenant se feront à partir de mêlées (simulées chez les plus jeunes – réelles à partir de 14 ans). Rappelons que l’objectif des anciennes directives visait a développer le jeu adaptatif des jeunes pratiquants grâce à des lancements favorisant, y compris dans les lancements de jeu, l’émergence de la pensée tactique et en conséquence l’apprentissage de l’intelligence. Il ne s’agissait pas dans cette optique de définir un mode de lancement du jeu mais de se servir du mouvement précédent et de son arrêt pour relancer immédiatement le mouvement momentanément interrompu en laissant l’initiative aux utilisateurs du ballon de choisir dans l’instant, où et comment, ils allaient d’aller défier l’adversaire en fonction de sa faiblesse momentanée. Avec ce type de lancement, la variabilité des situations d’opposition plaçaient les utilisateurs en situation de réagir spontanément, intuitivement, et progressivement de manière consciente aux problèmes crées par le rapport de force momentané plus ou moins favorable.

Il s’agissait d’amener le collectif à la lecture la plus juste dans le cadre d’une adaptation immédiate et active même si le jeu était relancé à partir d’un arrêt du mouvement du ballon comme sur une phase statique. Le ballon étant disponible immédiatement, les défenseurs étaient placés en situation de recul, contexte forcément favorable pour les utilisateurs. On retrouvait ainsi le caractère fluctuant des situations rencontrées dans le mouvement total. Au jeu adaptatif des utilisateurs dans cette phase de lancement répondait en même temps et en réactivité la distribution la plus juste mais tout aussi adaptative des défenseurs. L’arrêt de jeu prenait tout son sens puisqu'il entrait dans la continuité du jeu précédent et projetait les antagonistes dans le successif.

Pour des raisons sécuritaires, accepter de former tous les jeunes joueurs dans la continuité à des attitudes, voire des positionnements réinvestissables dans les phases de jeu où il s’agit bien de s’affronter à l’autre (individuellement) ou aux autres(phases d’affrontement collectives) me parait juste et peut-être mis en oeuvre dans les échauffements ou dans des séances spécifiques. Ce n’est certes pas satisfaisant car effectivement passer d’une mêlée simulée à une mêlée normale réclame d’autres compétences pour les joueurs. Mais à moins de 15 ans, en pleine croissance, le risque c’est d’aller vers une spécialisation très aliénante pour des joueurs de cet âge, d’autant que dans ce rugby qui est celui des grands, le nombre de mêlées, compte tenu des normales lacunes techniques et tactiques sera beaucoup plus important. On va passer beaucoup de temps à former des spécialistes et donc moins de temps pour développer les joueurs de rugby capables de répondre aux exigences tactiques et techniques du jeu moderne, d’autant plus que l’on ne sait ce que sera le même enfant de 5 à 6 ans plus tard. La démarche de formation française du jeu et du joueur telle qu’elle est présentée aux éducateurs en formation en est forcement bousculée.

J’espère que c’est bien la dimension sécuritaire qui guide ce choix et que l’on soit enclin, pour les moins de 15, d’en passer par là. Mais pour les moins de 13 et moins de 11 ans, on a pareillement décrété de relancer le jeu avec des mêlées simulées et des touches.

Je n’y vois que peu d'intérêt et beaucoup d’effets pervers, entre autres :

Le risque de voir, dans le travail d’entraînement, les éducateurs donner la priorité à la mise en place de combinaisons de jeu sophistiquées et de programmation de temps de jeu successifs. Une copie du haut niveau qui relève de l’analytique. Il s’ensuivra un apprentissage programmé dicté par l’éducateur et appliqué par les joueurs. Les effets néfastes seront d’autant plus criards du fait de et de l’immaturité tactique et technique. On hypothéquera le développement de leur faculté d’agir par eux-mêmes et de manière consciente.

Le risque c’est de voir ce jeu trop organisé devenir prégnant. Il garantie certes un ordre et rassure mais du fait de la rigidité que ces lancements vont générer, cette organisation beaucoup trop précoce ne permettra pas l’exploitation du potentiel des joueurs, ce qui sanctionnera le collectif.

Le risque de délaisser les situations d’intelligence, celles où la lecture du jeu devient une exigence pour, dans le jeu et par le jeu, favoriser la découverte des possibilités et options diverses développant, encourageant ainsi l’esprit d’initiative en faisant émerger les références communes utiles pour maîtriser collectivement les effets d’oppositions.

Le risque de voir sur ce type de lancement, le jeu des attaquants ne pas être efficace compte tenu de l’envahissement anticipé du camp adverse par la défense (c’est vrai au plus haut niveau, ce sera encore plus accentué au niveau jeunes) rendant difficile voire impossible le franchissement de la ligne d'avantage donc ne créant pas les conditions d’avancer utiles pour favoriser la continuité du jeu. Prendre plus de profondeur ne sera pas une solution bien au contraire, les utilisateurs joueront encore plus dans leur camp, ce qui privilégiera, imposera le choix du jeu au pied.

Quand aujourd’hui on a l’avantage de pouvoir visionner dans la foulée deux matchs, un qui se joue dans le super 14 et un autre qui se déroule en Top 14, on est frappé de la différence d’intentions de jeu produits au sud relativement au Nord. L’état d’esprit est frappant, la confiance qui habite les joueurs sudistes est tout aussi exceptionnelle. Toutes ces intentions n’ont pas pour conséquence de mettre en œuvre un rugby édulcoré mais un rugby qui est bien jouée avec la rigueur physique utile dans le respect des fondamentaux de ce sport avancer soutenir et dans le choix des formes adéquates à la main ou au pied. Ce rugby ouvre l’espace à l’expression individuelle et à la cohérence de la mise en œuvre collective.

La compétition du sud devient formatrice car les joueurs sont davantage impliqués, mobilisés dans des situations où il s’agit de s’adapter à l’incertitude et à l’instabilité. Ce que notre compétition jeune justement va tempérer puisque le règlement de lancement du jeu va amener les éducateurs à se préoccuper de celui au détriment de l’essentiel, ce qui se passe après .

Nous reviendrons sur ce concept de spécialisation et d’adaptation aux exigences du jeu dans un prochain article.

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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Jeu 18 Mar 2010 - 17:59


18/03/2010 - 10:33 -
La Chronique de Pierre Villepreux


"La France a pris le jeu à son compte"


Le XV de France a bien gagné. Cette fois-ci de manière très différente puisqu’il a pris le jeu à son compte et plutôt de belle manière. On n’empêchera pas les uns et les autres de discuter sur la valeur de l’adversaire. C’est justement parce que l’on a su ne pas laisser aux Italiens le temps de prendre confiance dans un jeu qui aurait seulement privilégié l’affrontement, celui qui leur a particulièrement réussi contre les autres nations. Ce jeu français, où les intentions de jeu étaient enfin présentes, celui que l’on attendait quand même un peu, a rendu les transalpins dès le départ plus vulnérables. Ils y perdirent la confiance engrangée dans les matchs précedents et du même coup l’agressivité sans laquelle ils deviennent une équipe ordinaire.

J’ai bien aimé le jeu des tricolores et j’accorderai un plus à deux joueurs, Palisson pour la justesse de son jeu. Derrière toutes les initiatives qu’il prend, le jeu s’enchaîne logiquement et dans le bon timing. C’est la justesse de son jeu tactique qui lui permet de faire face à toutes les situations rencontrées celles de plein mouvement mais aussi les plus contraignantes, celles liées à l’affrontement, où son petit gabarit pourrait être dans le rugby actuel considéré comme un manque rédhibitoire. L’autre, c’est Poitrenaud, lui aussi pour toutes les initiatives qu’il a osé prendre y compris celles à risque, qui en fait n’en sont pas quand de manière fusionnelle tout le monde adhère à ce jeu libéré et accepte que ce type d’action puisse être prise, même quand elle part de loin. Il faut dans une équipe des joueurs déclencheurs de jeu. Ils le sont.

Les bleus se sont procurés beaucoup d’occasions, certaines ont été parfaitement exploitées, d’autres auraient mérité un meilleur sort. La marge de progression me parait encore grande, surtout justement dans la capacité de tous à agir et réagir collectivement face aux décisions individuelles prises. Quand le jeu recherché, c’était le cas, vise à faire vivre le ballon dans le respect bien sur des principes fondamentaux, particulièrement celui "d’avancer" et, qu’il s’agit de s’adapter à l’instabilité des situations et des "effets" variés produit sur la défense, il convient pour tout le collectif de réduire le plus possible le temps de réaction relativement à l’initiative prise par le porteur de balle. Cette réaction collective, de manière adaptée et juste, ne doit pas être seulement une réponse aux exigences de la seule situation de jeu. Elle est bien plus, puisque qu’il s’agira de "prédire" ce qu’elle va devenir. Cette disponibilité prédictive ne serait ce déjà que dans les situations les plus favorables est encore parfois incertaine. L’arrêt du mouvement du ballon ne s’imposait pas toujours, même si la conservation du ballon a permis une nouvelle utilisation mais sur une défense replacée. Ce qui veut dire, si l’on veut rester sur les bases de ce jeu et que l’on souhaite l’enrichir, il faut continuer à amener le collectif et chaque joueur à mieux comprendre l’activité adaptative que génère forcement ce type de rugby. Ce qui veut encore dire, qu’il faut axer le perfectionnement en créant dans les entraînements les conditions de cette adaptabilité aux exigences attendues pour rendre automatiques les réponses.

Quelques mouvements collectifs intéressants ont été stoppés alors que la bonne décision au bon moment aurait permis de préserver l’avancée donc de créer ou de préserver le déséquilibre défensif. Les caractéristiques de certaines situations qui auraient dû engendrer des réponses prévisibles de tous ne sont pas toujours clairement identifiées. On ne concilie plus initiative individuelle et cohérence de l’action des partenaires. Les intentions tactiques ne sont pas communes, car pas encore suffisamment référencées.

C’est bien sur surtout vrai dans le jeu de proximité réalisé autour du porteur de balle. Les situations en cause sont pourtant plus facilement repérables, dans cette cellule d’action de vie du ballon ou il s’agit de choisir s’il faut continuer le jeu latéral sur l’appui extérieur ou si il convient de pénétrer soi même ou de faire pénétrer le soutien profond. Les intentions de jeu à l’intérieur de cette cellule sont à appréhender par rapport aux "effets" (selon le terme Deleplacien) produit sur la défense.

Ceci dit, le jeu français a parfaitement, dans certaines situations et phases, trouvé le bon timing et la bonne option en choisissant d’utiliser avec pertinence le soutien profond. Plusieurs fois le rideau défensif a été brisé par ce joueur de ressource. Ne serait-ce qu’entre porteur de balle, décideur et soutien proche, dans le cadre de la pression existante dans l’instant, le "quand passer et à qui", "le garder et pourquoi", a quelquefois très bien fonctionné, mais c’est un domaine, qui mieux dominé, peut rapporter gros au XV de France .

Le savoir jouer ensemble dans le cadre de références communes ne se décrète pas, puisqu’il s’agit de lire, de comprendre le jeu situationnel et d’agir collectivement en conséquence.

Les joueurs doivent y faire preuve, compte tenu de la vitesse d’évolution des actions et de leur rebondissement, d’un degré d’attention et de vigilance soutenue pendant 80 minutes. Le rugby qu’ils ont produit ou ont cherché à produire contre l’Italie touche non seulement la pertinence de la lecture du jeu compris comme sens que l’on donne à l’action afin de s’y engager totalement y compris avec ses capacités techniques et physique. La lecture est essentielle puisqu’ elle se fait sous haute pression dans des situations désordonnées pour ne pas dire confuses compte tenu de la densité de joueurs dans les zones près du ballon et à la périphérie de celui-ci. Pour y performer et réduire les incertitudes, le contrôle visuel sur et dans les espaces plus larges devient capital pour négocier les effets subtils, toujours mouvants et changeants du rapport attaque-défense.

La multiplication et le vécu de ses situations pour accéder à ce mode prédictif est une conquête à laquelle il faut avoir envie d’y accéder individuellement et collectivement y compris au plus haut niveau, à la vitesse du jeu et à son intensité. La volonté d’ aborder sans crainte les problèmes rencontrés me parait déterminant dans la progression de ce groupe et ce, quelque soit l’adversaire.
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Ven 26 Mar 2010 - 15:49


25/03/2010 - 14:44 - La Chronique de Pierre Villepreux


"La France a-t-elle réussi une performance en remportant le Tournoi 2010 ?"


Pour y répondre il conviendrait de situer ce concept "performance" à différents niveaux. Nous l’aborderons seulement par le biais de deux facteurs : celui des objectifs annoncés par rapport aux résultats et celui du jeu recherché qui touche de fait sa qualité.

Les résultats acquis (5 matchs et 5 victoires) sont un indicateur de performance on ne peut plus objectif et dans ce sens il convient de louer le XV de France qui a atteint ce qui avait été annoncé et donc attendu. Si on s’en tient à ce seul indicateur, on doit accepter que la stratégie choisie et développée pendant 3 ans par le staff technique était la bonne et que toutes les incertitudes et remises en cause que ce même staff a subi n’était pas justifiées ne serait ce que dans sa capacité à dégager un collectif qui gagne. Il faut alors accepté que les résultats précédents en dent de scie étaient certainement nécessaires pour arriver à cette performance dans le tournoi 2010. Elle est intéressante, puisqu’elle s’inscrit chronologiquement au bon moment pour accéder au sprint final, celui qui visera à propulser cette équipe au titre de champion lors de la prochaine Coupe du monde.

La conception, la réalisation, la mise en œuvre du système de pilotage de la "performance- résultat"valide la logique de travail du staff, qui a su prendre en compte le potentiel global des joueurs disponibles du rugby français et en même temps les contraintes qui sont autour (les clubs, la compétition domestique). Contraintes avec lesquelles il s’agit, bien sur de composer sans les percevoir comme un frein. Du même coup, est validé par ces résultats, l’efficacité du jeu produit quelle qu’en soit la forme, que ce jeu plaise, déplaise, ou que l’on s’en satisfasse.

Dans le cadre de la stratégie globale allant sur 4 années (d’une coupe du monde à l’autre), ce grand chelem ne peut maintenant qu’entretenir les espoirs de voir cette équipe performer en terme de résultat dès la saison prochaine. Le défi n’est pas mince, mais dans ce contexte il est difficilement envisageable que les prochaines compétitions puissent être présentées et considérées autrement.

L’autre indicateur de performance concerne l’évaluation du projet de jeu. Celui-ci a été défini par le staff. Jouer le jeu souhaité se doit d’être mesuré différemment. En tout cas de manière plus subjective car chacun met derrière la production de terrain une connotation affective qui peut amener à voir ou ne pas voir dans le jeu, ce qui s’est réellement réalisé.

Evaluer le comment on a joué ne peut se faire que par la prise en compte des formes de jeu effectivement produites et de leur efficacité grâce à l’application de principes et références touchant, le stratégique, le tactique, le technique et en acceptant qu’il n’y ait pas eu de faille dans l’investissement du potentiel énergétique et mental de chacun. Ce qui a été le cas pour ces deux dernières dimensions. Juger le jeu produit relève de l’expertise et de l’honnêteté intellectuelle des évaluateurs. On peut s’appuyer sur des statistiques dont je ne mettrai pas en doute l’objectivité, mais qui ne sont pas pour autant suffisantes, loin s’en faut. Elles peuvent même être quelquefois trompeuses.

Autrement le jeu recherché et pour lequel l’équipe de France travaille depuis trois ans a-t-il été réalisé ?

La réponse n’est pas équivoque mais je dirais, quelquefois oui, quelquefois non. Ce tournoi, avec volonté et plutôt bien devant l’Italie, pendant des périodes ou sur certaines phases face à l’Ecosse et l’Irlande, mais très rarement, en tout cas, pas suffisamment, devant les Gallois et Anglais. La victoire dans ces deux matchs fut acquise sans risques majeurs, grâce à, une bonne défense, même si pas hermétique, avec une tendance marquée à utiliser le jeu au pied, avec une bonne conquête et enfin, facteur déterminant, le peu de fautes concédées qui fut d’ailleurs une constante dans tous les matchs.

Le jeu produit n’est pas en adéquation avec le jeu souhaité. On peut toujours argumenter que la force des français a été d’avoir su s’adapter à celles de leurs adversaires. C’est quelquefois nécessaire, mais pas de manière radicale pendant tout un match sans avoir justement essayé de tester l’adversaire sur ces capacités défensives à répondre au jeu pour lequel on passe beaucoup de temps à s’entraîner. Seul le match contre l’Italie a donné lieu à des intentions tout au long du match. Rechercher un jeu total, fait d’initiatives, d’adaptabilité de créativité, réclame d’avoir d’autres ambitions, d’autres envies et ce, devant n’importe qui.

Ceci dit, si l’on croit que le jeu gagnant c’est bien celui que l’on vu dans ces deux matchs, alors il faut continuer et tenter de l’améliorer. Mais je doute sincèrement que ce rugby limitatif sera suffisant pour aller, plus en avant, glaner des lauriers

L’équipe de France a telle les moyens et le potentiel d’un rugby plus attrayant et plus, disons le, spectaculaire qui lui permettra aussi de gagner. Ma réponse est oui. Mais cela ne peut se mettre en place que si le collectif et tous les joueurs pris individuellement acceptent qu’ils possèdent bien toutes les compétences et le potentiel pour aller vers ce rugby plus ambitieux. La variabilité de leurs différentes productions semble démontrer en partie le contraire. Rentrer dans un jeu créatif (étrange concept) dérange voire effraie. On s’en méfie, on en est forcement perturbé.

Mais si on n’ose pas ce jeu, si on ne le fait pas, on ne saura pas s’il peut, à terme et de manière pérenne, devenir gagnant. Ce qui veut dire aussi de manière prospective, qu’il est encore temps d’utiliser le succès d’aujourd’hui, pour se préparer à demain.
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MessageSujet: Re: La chronique de Pierre Villepreux   Mer 14 Avr 2010 - 22:07


30/03/2010 - 10:18

La Chronique de Villepreux


"Mes deux jours à Casablanca"


Je viens de passer deux jours à Casablanca. J’étais invité par le Lycée français Lyautey organisateur du tournoi de la Méditerranée inter-école réservée aux moins de 15 ans. Six nations étaient représentées. Les sections sportives de Massy, Hyères et le collège parisien Georges Braque honorèrent la compétition en se qualifiant pour les demi-finales. Ce sont les Parisiens du lycée Braque qui remportèrent le tournoi contre Massy, équipe à qui j’avais accordé mes faveurs et qui me paraissait difficile à battre. Il faut noter quand même la belle prestation du Lycée organisateur, le lycée Lyautey, qui atteint les demi-finales.

Mais mon propos n’est pas de valoriser un vainqueur mais bien de faire part de l’intérêt d’un tel tournoi. D’abord en terme de développement pour les joueurs car la compétition s’est révélée être de qualité, mais surtout par l’action éducative qui la sous-tend. La présence à la cérémonie d’ouverture du Ministre des sports marocain, et d’autres personnalités locales a donné à cet événement une visibilité que le président du rugby marocain ne manquera pas d’utiliser pour la promotion du rugby chez les jeunes.

Toutes les personnalités présentes, dont Jean-Louis Boujon , vice-président de la FFR, n’ont pas manqué d’évoquer les vertus et valeurs du rugby . Herve Dubes avant de prendre l’avion pour aller arbitrer Clermont-Montpellier, a animé une conférence avec les arbitres locaux sur le thème essentiel « du sens qu’il faut donner aux règles du jeu ». Son discours dépassa la conception traditionnelle de formation qui présente le règlement comme une liste de ce qui est permis et interdit. Mode de faire qui tend à oublier la logique et la cohérence qui les unirent entre elles. Léon Loppy, résidant maintenant au Maroc, est intervenu (avec l’accent de Toulon, son club de toujours) dans les écoles primaires de la ville. Lors de la cérémonie d’ouverture, en présence d’un nombreux public, de tous les joueurs et de leur encadrement, Jean François Tordo est intervenu sur « rugby et développement social » utilisant de belles et significatives images d’une action humanitaire qu’il mène à Madagascar. A la demande des organisateurs, j’ai fait part de ma réflexion sur « les valeurs humaines et éducatives du rugby ».

L’esprit souhaité par monsieur Bernard Lemasle, Proviseur de ce remarquable établissement où l’on accorde au sport et au rugby une place essentielle dans le processus éducatif, se devait de prendre tout son sens sur le terrain de jeu, ce qui fut fait et bien fait.

Toutes les équipes étaient encadrées par leurs professeurs d’EPS respectifs. Ne voyons pas dans mes propos une connotation corporatiste. Mais, je voudrais louer le professionnalisme et les compétences de ces enseignants qui surent parfaitement rentrer dans le cadre éducatif recherché. Ce fut pour moi un véritable bonheur pour l’ex-prof que j’étais il y a maintenant trop longtemps, quand, le comment du partage du jeu et des responsabilités permettait d’aider les joueurs à accroitre leur performance. Autant de comportements et attitudes qui permettent d’accompagner et de réguler le collectif, de faire passer le message sans l’imposer. Ce partage s’accompagne de véritables compétences qui ne font pas pour autant de ces prof/entraineurs des dispenseurs de morale et de citoyenneté. Ils n’oublient pas qu’ils sont là aussi pour faire gagner leur équipe contre des adversaires qui deviennent dans cet esprit des partenaires puisque sans eux, le match n’aurait pas lieu.

Cette façon de rentrer dans l’activité rugby fait émerger les valeurs du rugby et ne dissimulent pas ses contre-valeurs. La progression du joueur, d’une équipe, est indissociable de la qualité de l’enseignement. Dans son action éducative comme dans le cadre de l’accès à la meilleure performance et des résultats, le formateur sera confronté à un niveau d’exigences. Que celles-ci touchent l’éducation ou la course aux résultats, il convient de savoir gérer conjointement les deux. Dans le scolaire ou en club, le public est le même. Il n’est pas utopique de penser, pour ceux qui sont en charge de former en club les rugbymen de tous niveaux, d’entretenir cette relation éducative avec les athlètes puisque les valeurs dans la haute performance et à l’école ne me semblent pas fondamentalement différentes. Pourquoi la pratique compétitive ne donnerait elle pas l’occasion de vivre ces valeurs et de les exploiter pour aller vers une performance plus accomplie ?

Je remercie les profs, non pas de m’avoir fait découvrir un mode d’enseignement mais bien de me rappeler que le pôle éducatif ne doit pas être sous-estimé, en tout cas ne doit pas s’estomper derrière les contraintes de résultats. Ce tournoi en fut l’occasion. L’an prochain, il aura lieu en Espagne. Vu son succès, grâce aussi à l’excellente organisation des profs de Lyautey, il va prendre de plus en plus d’ampleur, il accueillera certainement d’autres pays pour de nouveaux partages et de nouvelles émotions.
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