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 La chronique de Francis Deltéral

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gir3347
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MessageSujet: La chronique de Francis Deltéral   Mer 10 Déc 2008 - 13:13

Journaliste, consultant rugby sur Canal +, Francis Deltéral a carte blanche. Du Bassin d'Arcachon au Super-14 en passant par le RUGBY TOP 14 Orange, la PRO D2 et d'autres envies ovales, il nous livrera tous les mois son regard de passionné.


Le blé n’est pas encore mûr


Pendant que les gros bras du RUGBY TOP 14 Orange s’escriment à s’installer durablement dans le haut de la hiérarchie, convoitent une place européenne ou luttent pour échapper à la relégation, en Pro D 2, la sélection est loin d’être faite. L’année dernière, à pareille époque, Toulon avait pris un départ canon. Impressionnants de régularité, les Toulonnais avaient connu leur premier arrêt, fin décembre, à Agen, où ils avaient pris un 33-0 sans appel. Peut-être un mal pour un bien, car cet échec leur avait remis les pieds sur terre et leur avait démontré que la montée automatique n’était pas gagnée d’avance. Nous disputions, alors, la neuvième journée seulement.

Quand on basculera sur 2009, on aura déjà joué la 14 éme journée, ce qui veut dire que nous serons à mi parcours. Mathématiquement, bien sûr, les jeux ne sont pas faits dans ce championnat, où les seize clubs présentent une carte de visite de 44 titres de champions de France, alors que les quatorze clubs du RUGBY TOP 14 Orange en comptent 52. Seuls Albi, Auch, Aurillac, Bourg-en-Bresse, Colomiers, La Rochelle et Oyonnax n’ont jamais brandi le Bouclier de Brennus.

Des seize prétendants à la montée en RUGBY TOP 14 Orange, il y a ceux qui visent uniquement le maintien. Il y a ceux qui luttent déjà pour sauver leur peau. C’est le cas de Bourg-en-Bresse, le promu, et de Béziers. Onze fois champions de France, les Biterrois sont dans une spirale infernale. Ce grand club, gloire du rugby français dans les années 70-80, risque de rejoindre un autre géant, le FC Lourdes, dans l’anonymat de la Fédérale 1.

Entre ceux qui affichent une légitime ambition, ceux qui ne cachent pas leurs prétentions et ceux qui estiment qu’ils n’ont rien à perdre mais tout à gagner, la deuxième partie du championnat s’annonce palpitante.

Comme Toulon, la saison dernière, on pensait que Le Racing-Metro allait gentiment battre la mesure. Mais on n’avait pas pris garde à Aurillac, une des meilleures attaques avec Agen, qui marque une moyenne de 25 points par match, grâce à un rugby organisé, alerte, très réactif. On raconte que du temps des frères Boniface, les Cantalous arrosaient le terrain pour que Mont-de-Marsan ne puisse pas attaquer. Espérons pour eux que l’hiver sera sec maintenant qu’ils sont portés sur l’offensive !

Tiendront-ils la distance ? On a connu des coureurs qui ont pris le maillot jaune tout à fait pas hasard et qui ont gagné le Tour. Le problème pour Aurillac, et même pour les autres, c’est que le peloton est compact et que ce sera dur de s’échapper. Car dans ce championnat aussi serré, aussi relevé, ce n’est pas évident de collectionner les victoires d’étapes. A chaque journée, la hiérarchie est remise en cause, il n’y a jamais de répit. On l’a vu lorsque le Racing-Metro a failli se faire surprendre chez lui par le promu Colomiers (9-Cool, lorsque Bordeaux-Bègles est allé s’imposer à Agen (14-17) ou qu’Albi a ramené un match nul d’Oyonnax (16-16), tandis que La Rochelle a inscrit un point de bonus défensif lors de ses quatre défaites à Agen, Albi, Aurillac et Paris.

Mais eu égard à ses ambitions déclarées, à son effectif pléthorique, à sa défense performante, et à la sérénité d’Andrew Mehrtens, c’est toujours le Racing-Metro qui continue à faire figure d’épouvantail. Est-il enfin sur les bons rails ? Pierre Berbizier, qui pilote avec clairvoyance et prudence le club parisien, appréciera le conseil de Dante à l’adresse des gens trop optimistes : « Que les hommes ne soient pas trop hardis à juger, comme fait celui qui estime le blé dans le champ avant qu’il ne soit mûr. » Effectivement, nous sommes encore loin de la moisson.

Francis DELTERAL
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Xavier
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MessageSujet: Re: La chronique de Francis Deltéral   Mer 10 Déc 2008 - 14:14

Bonne analyse de la situation actuelle en Pro D2 !

J' ai bien aimé les reserves au sujet du RCM92 !

Et le résultat du Racing contre Auch confirme un peu que rien n' est acquis pour Berbizier et ses '' boys '' mais ça , il le sait !

Ca serit bien si ler SUA devenait une menace pour eux au même titre qu ' ZAurillac , La Rochelle ou Albi !
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gir3347
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MessageSujet: Re: La chronique de Francis Deltéral   Jeu 15 Jan 2009 - 9:04

La chronique de Francis Deltéral

Journaliste, consultant rugby sur Canal +, Francis Deltéral a carte blanche. Du Bassin d'Arcachon au Super-14 en passant par le RUGBY TOP 14 Orange, la PRO D2 et d'autres envies ovales, il nous livrera tous les mois son regard de passionné.

Ombre et lumière


Au moment du limogeage de Jacques Delmas, zéro sélection et modeste talonneur de Narbonne, et de son remplacement comme entraîneur du Biarritz-Olympique par Jean-Michel Gonzalez, l’ancien coéquipier de ce dernier en équipe de France et dans ce même club de Biarritz, Olivier Roumat, s’est ému que l’on puisse pointer son inexpérience en matière d’entraîneur de haut niveau. Comme à son habitude, il ne l’a pas envoyé dire : « C’est un ex-international, a-t-il déclaré. Il a vingt ans de haut niveau derrière lui, dont dix de rugby pro. Il y a tellement d’escrocs dans ce milieu, qui ont très peu joué au rugby et qui t’expliquent…»

Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de rappeler à Olivier Roumat, qui a une excellente mémoire, que l’Australie a été deux fois championne du monde avec des entraîneurs qui n’avaient jamais joué à haut niveau : Bob Dwyer et Rod Macqueen. Idem pour l’Afrique du Sud, avec Kitch Kristie et Jack White. Et il sait aussi qu’un très grand joueur ne fait pas automatiquement un grand entraîneur. Pour de remarquables exemples, tels que ceux de Pierre Villepreux, Jean-Claude Skrela, Olivier Saisset, Guy Novès, Pierre Berbizier, Patrice Lagisquet, Philippe Saint-André, Fabien Galthié, on lui fera grâce de ne pas citer le nombre beaucoup plus important d’anciennes gloires de l’équipe de France qui se sont plantées en beauté avec leurs clubs. Mais là n’est pas la question.

N’y aurait-il que les grands joueurs qui puissent enseigner le rugby ? Prenons l’exemple de la musique, un art, s’il en est un, où il est essentiel d’apprendre avec un maître. Qui se souvient du professeur de Mozart, de Bach, de Beethoven, de Chopin ?... Personne ! Ces génies de la musique ont-ils à leur tour transmis leur savoir à des jeunes ?... Non !

Pour en revenir au rugby, la quasi majorité des internationaux ont commencé à l’école de rugby de leur village ou de leur ville sous la direction d’un instituteur, d’un curé, d’un professeur, d’un boucher, d’un pompier, qui n’avait aucun diplôme requis, qu’une compétence limitée, et qui, pourtant, a appris à des tas de gamins à attraper un ballon, à faire des passes, à jouer pour l’autre. La plupart n’avaient joué qu’en série inférieure, quelques-uns en Première Division.

Bien entendu, nous sommes tous d’accord pour reconnaître que le rugby a évolué, que l’enseignement, l’entraînement doit s’adapter avec le professionnalisme. Mais justement si le rugby est devenu de plus en plus complexe, exige de plus en plus en plus de connaissances, d’expertise en tout genre, il a donc besoin de plus en plus de gens compétents, qui ont beaucoup joué, pour l’expliquer. Principalement chez les jeunes. Mais à petit niveau, ça ne brille pas. Et surtout ça ne rapporte rien, si ce n’est le bonheur de transmettre à des gamins, de les former, de les préparer à une carrière. Comme le disait Chateaubriand, « les alouettes ne tombent toutes rôties qu’à ceux qui moissonnent le champ, non à ceux qui l’on semé. » Malheureusement, pour un Jean-Louis Dupont, talonneur international avec Agen, et un Max Barrau, demi de mêlée, capitaine de l’équipe de France, qui s’occupent bénévolement et en toute humilité de Beaumont-de-Lomagne, en Fédérale 3, combien d’anciens internationaux redonnent au rugby ce que celui-ci leur a donné, puisqu’ils ont un peu touché au temps de l’amateurisme marron et qu’ils ont été bien payés en tant que professionnels?

Et si les compétences se trouvent chez ceux qui ont beaucoup joué, on peut regretter qu’ils ne les mettent pas bénévolement à la disposition des écoles de rugby, des équipes de jeunes, de leurs villes et villages, étant donné qu’il n’y a pas de place pour tout le monde à la tête des clubs professionnels. Combien de gamins aimeraient, le mercredi ou le dimanche matin, apprendre le rugby avec d’anciens grands joueurs ? Il est vrai qu’avec le jeu des chaises musicales chez les entraîneurs, où chacun attend, voire espère, que l’autre se plante pour lui prendre la place, et avec l’apparition d’un nouveau métier, celui de consultant technique, qui ne manquera certainement pas de former quelques escrocs, il y a de l’ouvrage. Alors, vite, que tous ceux qui ont beaucoup joué viennent expliquer !"

Francis DELTERAL


13/1/2009 - site LNR
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MessageSujet: Re: La chronique de Francis Deltéral   Jeu 15 Jan 2009 - 9:17

Roumat me gonfle à moi aussi.
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MessageSujet: Re: La chronique de Francis Deltéral   Jeu 15 Jan 2009 - 9:54

Le parallèlle entre la musique est le Rugby est certes osé , car il y a peu de Rugbyman qui jouent '' la musique '' sur le terrain à l' inverse du Foot !
Par contre en dehors , Certains sont des musiciens de talents comme : Rives : piano
Lescarbourra : guitare
Andrieu : guitare
Gallard : saxo
Gobitcho: banjo
Laporte : pipeau

.
Par contre Mozart et Beethoven ont formé de jeunes talents puisqu' ils avaient une école de musique qui d' ailleurs a achevé certaines de leurs oeuvres notemment pour Mozart et son Requiem !
Forcemment puisqu' il était mort quand son Requiem a été achevé
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Pierre de Paris
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MessageSujet: Re: La chronique de Francis Deltéral   Jeu 15 Jan 2009 - 10:44

Xavier a écrit:
Bonne analyse de la situation actuelle en Pro D2 !

J' ai bien aimé les reserves au sujet du RCM92 !

Et le résultat du Racing contre Auch confirme un peu que rien n' est acquis pour Berbizier et ses '' boys '' mais ça , il le sait !

Ca serit bien si ler SUA devenait une menace pour eux au même titre qu ' ZAurillac , La Rochelle ou Albi !

Francis est un type bien. Ancien journaliste à L'Equipe.
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MessageSujet: Re: La chronique de Francis Deltéral   Lun 9 Mar 2009 - 12:45

La chronique de Francis Deltéral (IV)

Journaliste, consultant rugby sur Canal +, et ancien joueur du CA Bègles, Francis Deltéral a carte blanche. Du Bassin d'Arcachon au Super-14 en passant par le RUGBY TOP 14 Orange, la PRO D2 et d'autres envies ovales, il nous livrera tous les mois son regard de passionné.

3/3/2009-LNR-

Béziers, un héraut sans voix…

Témoin permanent de la grande épopée biterroise dans les années 70 et 80 sur tous les terrains de France, je croyais Béziers indéracinable, comme ces grands arbres, plusieurs fois centenaires, qui trônent au milieu des places de nos villages. Mais les coups de vent de ces dernières années l’ont sérieusement endommagé, le moindre zéphyr prenant des allures d’aquilon pour lui. Au point que parodiant Bossuet, dans une célèbre oraison funèbre, on se demande s’il ne reste pas « qu’à considérer de quel côté va tomber ce grand arbre, ébranlé par tant de mains et frappé de tant de coups à sa racine. » A quelques mois du dénouement du championnat de Pro D2, il semble que ce soit la seule question que l’on se pose au sujet du club héraultais, onze fois champion de France entre 1961 et 1984.

Comment éviter l’humiliation d’une descente en Fédérale 1, où son illustre rival, le grand Lourdes, huit fois champion de France entre 1948 et 1968, l’a déjà précédé depuis plusieurs années ? Pour beaucoup, Béziers a déjà un pied dans la tombe. Et c’est peut-être à un enterrement que l’on se rendra pour le dernier match de la Pro D2, à Albi, le 16 mai, 38 ans jour pour jour après un deuxième titre arraché aux Toulonnais (15-9), à Bordeaux, qui annonçait une suprématie sans égale, avec dix titres en quatorze ans.

Jamais une équipe n’a pesé autant sur le championnat de France sur une période aussi courte. Avec un entraîneur hors pair, Raoul Barrière, qui avait anticipé le rugby moderne, un capitaine Richard Astre, d’une grande intelligence tactique, des lieutenants dignes d’une armée napoléonienne tels que Martin, Vaquerin, Paco, Saisset, Cabrol. Avec Alain Estève, énorme force de dissuasion, dont le facétieux pilier toulonnais Aldo Gruarin disait que « c’était du bois dans lequel il n’y avait que des nœuds », et Jack Cantoni à l’arrière, un des joueurs les plus doués qui soit passé dans le rugby français.

Mon cher Jean-Pierre Rives, les Biterrois ne se contentaient pas de faire semblant d’avoir la bombe atomique, ils l’avaient vraiment. Jamais une équipe n’a autant fait peur. Alerte pour les talonneurs qui disputaient le ballon, pour les deuxièmes lignes qui osaient sauter en touche ou pour l’inconscient qui s’amusait à jouer les durs. A Béziers, on ne plaisantait pas avec les notions de combat et de discipline. Les tricheurs étaient interdits de séjour. Le tricheur, c’était un avant adverse, lâche au match aller, qui s’était échappé tout au long du match retour ; le « facteur » Gayraud, redoutable deuxième ligne, avait attendu les dernières minutes, face à la grande tribune, non pas pour le hacher, mais pour lui faire honte en le souffletant façon mousquetaire. Le tricheur, c’était un joueur, titulaire à part entière, qui n’avait pas été bon un dimanche, parce que lors d’un déplacement, il avait découché, pour aller retrouver une camarade de jeux. L’ayant appris, Raoul Barrière l’avait sorti pour le match suivant : « Et si ta femme te demande pourquoi tu ne joues pas, tu lui expliqueras ! »

Dans une approche professionnelle que l’on ne connaissait pas, mis à part lors des tournées des All Blacks et des Springboks, les Biterrois de Raoul Barrière avaient bien compris la priorité du collectif sur les individualités. Ce que Lucien Mias résumait par cette jolie formule : « L’abstraction du moi pour le plus grand éclat du nous. »

Béziers a dominé le rugby français, comme jamais une équipe ne l’a fait. Béziers est resté invaincu sur son terrain de Sauclières, du 5 janvier 1969 (victoire de Brive, 0-6) jusqu’au 11 octobre 1981 (victoire de La Voulte, 10-19).

De 1970 à 1984 (onzième et dernière finale, gagnée aux tirs au but contre Agen, 21-21) les Biterrois ont remporté 199 matches de championnat sur 241 (83%), concédé huit résultats nuls (3%) et subi 34 défaites (17%). Et sur les 70 matches possibles de phase finale, ils en ont disputé 63 (90%), ne perdant que quatre fois et ne manquant que trois finales en 1973, 1979 et 1982.

25 ans plus tard, Béziers est à l’agonie. Et l’on tremble pour lui à chaque coup de vent.


Francis DELTERAL
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MessageSujet: Re: La chronique de Francis Deltéral   Dim 12 Avr 2009 - 22:46

La chronique de Francis Deltéral (V)

Journaliste, consultant rugby sur Canal +, et ancien joueur du CA Bègles, Francis Deltéral a carte blanche. Du Bassin d'Arcachon au Super-14 en passant par le RUGBY TOP 14 Orange, la PRO D2 et d'autres envies ovales, il nous livrera tous les mois son regard de passionné.


4/8/2009 - LNR -


Ces jeunes qui font peur


Plus que jamais, semble-t-il, la formation est au cœur des préoccupations de tous : de la Fédération, des clubs professionnels et amateurs et de la Ligue. C’est d’ailleurs le président de cette dernière, Pierre-Yves Revol, qui a tiré le signal d’alarme, inquiet du nombre croissant des étrangers qui meublent les effectifs des clubs professionnels du RUGBY TOP 14 Orange. Et cela au détriment des jeunes français, qui ne font même pas banquette, car ils ne peuvent pas être intégrés dans la masse salariale.

Issus des centres de formation, de plus en plus canalisés vers les sélections nationales par catégorie d’âges, ces jeunes espoirs trouvent moins de débouchés et perdent du temps, au moment où ils devraient multiplier au moins les stages ou les contrats à durée déterminée, comme cela se fait dans la vie d’un travailleur normal. Or, là, il y a un véritable danger que leur progression soit entravée entre 20 et 23 ans, qu’ils stagnent, qu’ils soient définitivement barrés, qu’ils se dégoûtent et qu’ils laissent tomber la filière professionnelle. 35% d’étrangers dans le championnat professionnel, cela réduit singulièrement le champ d’expérimentation des jeunes joueurs français. Et on ne parle même pas des excès constatés dans les divisions inférieures, à priori amateurs, à savoir la Fédérale 1, 2 et 3, où l’on recrute trop facilement à l’étranger, ce qui entraîne trop souvent des dérives financières.

Actuellement, on recense 42 joueurs âgés de 22 ans et moins dans les effectifs envoyés à la Ligue par les 14 clubs de RUGBY TOP 14 Orange. 42 sur 535 qui figurent sur les listes officielles, c’est environ 7% de l’effectif total, Biarritz et Castres n’en ayant même pas un dans cette catégorie. C’est peu. C’est trois fois moins, par rapport aux quatorze équipes de l’hémisphère sud qui constituent le Super 14. Celles-ci alignent dans leurs squads 95 joueurs de 22 ans et moins sur un total de 450, soit 21% : 43 pour l’Australie, 28 pour l’Afrique du Sud et 24 pour la Nouvelle-Zélande. Qui se déclinent de la façon suivante : 54 joueurs de 21 ans et moins, 30 de 20 ans et moins, 11 de 19 ans et moins, et un seul de 18 ans, l’australien James O’Connor, titulaire au centre à la Western Force. Et il est à noter que les Reds de Brisbane comptent 19 joueurs de moins de 22 ans sur un effectif de 32, onze d’entre eux étant régulièrement alignés sur la feuille de match.
Le décompte pour la France est le suivant : 25 joueurs de 21 ans et moins, 17 de 20 ans et moins, 6 de 19 ans et moins, et un seul de 18 ans, le trois-quart centre de Dax, Alexandre Lacroix, jamais inscrit sur la feuille de match, à un âge où son glorieux aîné Claude Dourthe débutait en équipe de France.

Faut-il en déduire que, là-bas, on prend plus de risques et que, chez nous, on ne fait pas assez confiance aux jeunes ? C’est évident. En France, on distille les temps de jeu au compte-gouttes à nos jeunes, et on les lance vraiment dans le grand bain lorsque les circonstances (blessures, suspensions) l’exigent. La plupart du temps, cela ne part pas d’un choix délibéré. On s’entoure d’un maximum de garanties. Et quand on prend le minimum de risques, c’est avec un maximum de précautions.

En guise d’argument, les clubs français mettent toujours en avant notre championnat, avec le système de montées et de descentes, qui débouche sur une réalité économique évidente ; le Super 14, lui, n’étant pas dans cette configuration. Et on se rassure comme on peut, alors que tous les matches n’ont pas la même importance. Néanmoins, où est le risque, à Clermont par exemple, d’associer de temps en temps à Pierre Mignoni, l’ouvreur de l’équipe de France des moins de 20 ans Ludovic Radosavljevic, ou à Brive de faire débuter quelquefois Jonathan Pélissié (19 ans) à la place d’Andy Goode ? Dans le même temps, Kurtley Beale (20 ans) est le titulaire au même poste, chez les Waratahs, et les Brumbies n’ont pas hésité à confier à Christian Lealiifano (20 ans) la succession de Stephen Larkham à l’ouverture. Et quand ces mêmes Brumbies alignent un match sur deux, aux côtés de Mark Chisholm, le deuxième ligne de 21 ans Sitaleki Timani (2,02m, 120 kilos), on ne voit pas où est le risque de lancer au même âge, en équipe de France, Yoann Maestri, titulaire à part entière à Toulon.

Maintenant, si on estime que certains sont encore un peu tendres pour le RUGBY TOP 14 Orange, pourquoi ne pas les laisser mûrir et s’aguerrir un peu plus dans les clubs de Pro D2, au lieu de les condamner au chômage technique au sein d’un effectif pléthorique ? On n’a pas l’impression que Maxime Machenaud, demi de mêlée de l’équipe de France des moins de 19 ans, ait fait le mauvais choix en restant jouer à Bordeaux-Bègles, où il est titulaire, ni que Fabien Barcella, devenu international au Biarritz-Olympique, ait perdu son temps à Auch !

Francis DELTERAL
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MessageSujet: Re: La chronique de Francis Deltéral   Mer 11 Nov 2009 - 22:37


11/9/2009 - par Nicolas LAVALLEE



La chronique de Francis Delteral (VII)



Journaliste, consultant rugby sur Canal +, et ancien joueur du CA Bègles, Francis Deltéral a carte blanche. Du Bassin d'Arcachon au Super-14 en passant par le RUGBY TOP 14 Orange, la PRO D2 et d'autres envies ovales, il nous livrera tous les mois son regard de passionné.



On se footballise !


« Attention, on est en train de se footballiser ! » Cette phrase, on commence à l’entendre de plus en plus dans les milieux du rugby. Et derrière ce néologisme « footballiser », chacun y met ce qu’il veut. En tout les cas, l’expression arrange tout le monde, dirigeants, entraîneurs joueurs, journalistes, dès qu’il s’agit de disserter sur le présent et l’avenir du rugby, sur ses célèbres valeurs qui foutent le camp, comme s’il était le seul à en véhiculer.

Pour mieux dénoncer les dysfonctionnements du rugby, les gens du milieu le comparent au football et assurent que l’on prend tous ses travers pervers, citant au hasard les mauvais comportements des joueurs, des entraîneurs et des dirigeants. Ils fustigent l’attitude des spectateurs du foot, qui se conduisent de façon outrancière avec les joueurs adverses, avec les arbitres, et même avec leurs propres joueurs lorsque ceux-ci perdent un match. Ils cristallisent leurs accusations sur les sommes d’argent, souvent indécentes, qui circulent.

Mais, comme disait notre regretté ami du Racing Marcel Francotte, on n’a jamais vu un joueur mettre un pistolet sur la tempe d’un président pour lui arracher des billets. L’argument était déjà valable du temps où le rugby était un sport amateur, selon la formule imagée d’Antoine Blondin, pour lequel un amateur est un joueur auquel on donne de l’argent afin de pratiquer son sport, alors qu’un professionnel est un joueur qui pratique un sport pour gagner de l’argent.

Le problème, c’est qu’en rugby aussi, la défaite est devenue suspecte. Et voilà peut-être pourquoi on constate « chez nous » ces dérives intolérables, qui nous hérissent le poil lorsque l’on regarde chez nos cousins, que l’on assiste, médusé, aux élucubrations d’un Diego Maradona, aux joutes verbales entre les entraîneurs de Manchester, Arsenal et Liverpool, enfin au refus du club Bébel Créteil de rencontrer l’équipe du Paris Foot Gay.

Grâce à Dieu, nous n’en sommes pas encore là ! Pourtant on constate par ci par là quelques signes préoccupants. On ne s’éternisera pas sur l’instauration quasi habituelle maintenant du huis clos lors des entraînements, comme si les joueurs étaient dépendants du jugement d’autrui, comme si les autres représentaient l’enfer. Autrefois invité et bienvenu, le journaliste est maintenant toléré. On n’épiloguera pas sur les bagarres sur le terrain, ainsi que sur les algarades et accrochages dans les couloirs de vestiaires. A une époque pas si lointaine, on peut vous l’assurer, le football aurait pu se moquer des agissements coupables de certains dirigeants du rugby capables de molester verbalement un arbitre, quand ils ne demandaient pas au responsable du stade d’éteindre la lumière dans le couloir des vestiaires, afin que leurs avants puissent commencer dans le noir le round d’observation à coups de poing et se lancer dans un french cancan de la godasse.

Cette saison, des arbitres ont eu des sorties difficiles, des joueurs et surtout des présidents de clubs se sont plaints des attitudes hostiles de certains publics, des nouveaux publics aux yeux de ces contempteurs de la « footballisation ». Bien sûr, nous n’en sommes pas encore aux cris « d’enculé » lorsqu’un buteur s’élance, mais Mathieu Bastareaud est régulièrement sifflé et même insulté, et ce n’est pas rare de voir maintenant quelques galeux faire des bras ou des doigts d’honneur quand le speaker égrène les noms des joueurs visiteurs. Et si l’on s’est étonné, cet été, que les joueurs de l’équipe de France aient reçu des bouteilles de bière (en plastique et vides, rassurez-vous) à l’issue du premier test gagné (22-27) contre les All Blacks à Dunedin, ce n’est pas une nouveauté. On a passé sous silence qu’en 2000, à Wellington, l’arbitre sud-africain Jonathan Kaplan est rentré aux vestiaires sous une pluie de bouteilles de bières (toujours en plastique et vides), parce qu’il avait sifflé une pénalité à la dernière seconde contre la Nouvelle-Zélande, John Eales donnant in extremis la victoire à l’Australie (23-24). Rappelez-vous qu’en 2002, à Durban, lors d’Afrique du Sud – Nouvelle-Zélande (23-30), un supporter sud-africain est venu bousculer autour d’une mêlée l’arbitre irlandais David McHugh, qui a du être remplacé par l’Anglais Chris White.

Comme au football, l’arbitre tend à devenir le repoussoir, le bouc émissaire, la cause de tous les maux des techniciens qui tremblent pour leur poste et qui valsent dès que la spirale de la défaite s’installe durablement, la valse des entraîneurs, hélas, ayant aussi tendance à se généraliser chez nous. C’est comme ça qu’un entraîneur, Dean Richards, ancien grand troisième ligne de Leicester et de l’Angleterre, en est venu à faire simuler un saignement, afin d’opérer un changement de joueur pour essayer (sans succès) de faire gagner son équipe des Harlequins.

Alors, au rythme où vont les choses, on ose espérer qu’on n’apprendra jamais qu’on a acheté un match !

Francis DELTERAL
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MessageSujet: Re: La chronique de Francis Deltéral   Lun 4 Jan 2010 - 21:11


04/01/2010



La chronique de Francis Deltéral (VIII)


Journaliste, consultant rugby sur Canal +, et ancien joueur du CA Bègles, Francis Deltéral a carte blanche. Du Bassin d'Arcachon au Super-14 en passant par le RUGBY TOP 14 Orange, la PRO D2 et d'autres envies ovales, il nous livrera tous les mois son regard de passionné.


Voilà dix ans que le championnat de France de PRO D2 se déroule en poule unique. Et l’on peut dire que cette formule fait l’unanimité tant chez les acteurs et les supporters des clubs représentés, que chez les observateurs rivés devant leurs téléviseurs et accros à leurs journaux et magazines. Le championnat de France de PRO D2 fait recette. Agen, en tête du championnat, tourne à 9.000 spectateurs par match, Mont-de-Marsan, qui descend de première division, à 6.000, et Bordeaux-Bègles a établi un nouveau record pour la PRO D2 avec 20.158 spectateurs pour son match contre Agen (15-29) au stade Chaban-Delmas. Et sur le terrain, en l’absence d’un Toulon ou d’un Racing-Metro, qui, les deux dernières années, écrasaient les prix, cette saison, on assiste à un vrai nivellement des valeurs, toujours plus tiré vers le haut. Même si Agen s’est mis dans la peau du favori numéro un, en raison de son excellente première phase aller ponctuée de douze victoires et trois défaites, et surtout de la qualité du rugby proposé.

Et ce qui est rafraîchissant et encourageant pour la deuxième partie du championnat, et, on l’espère, pour les saisons prochaines, c’est que les autres prétendants à la montée se sont mis à l’unisson. Depuis 2000 et son organisation en poule unique, on avait tendance, à juste raison souvent, à assimiler le championnat de PRO D2 à du combat, uniquement du combat, tant les équipes ferraillaient dur, faisant fi de la notion de match à domicile ou à l’extérieur. Ce jugement très réducteur doit être nuancé cette saison, tellement les clubs aux ambitions affichées semblent placer leur destin prioritairement dans le jeu. « Ceux qui sont en tête, estime Thierry Cleda, le directeur sportif de Pau, sont ceux qui font le plus de jeu. En regardant jouer Agen, Oyonnax et Narbonne, particulièrement, on se rend compte que la prise de risques, ça paie. » La formule chère à Rudyard Kipling, qui recommandait de prendre le maximum de risques avec le maximum de précautions, passe un petit peu de mode.

Si Agen ne surprend personne, tellement on connaît la philosophie agenaise depuis très longtemps, si Mont-de-Marsan ou La Rochelle persistent dans leur style, si Lyon et Grenoble cherchent à se mettre à la page, Oyonnax, définitivement décomplexé par sa place de finaliste la saison passée, continue d’épater, et Narbonne étonne de match en match. « Regardez les Narbonnais, rajoute David Darricarrère, un des deux entraîneurs de La Rochelle. Ils ont pris le parti de s’exposer et d’occuper le terrain partout. Plus on produit du jeu, plus on prend des risques, plus le public va s’y retrouver, car il y aura des résultats à long terme. Le jeu est plus rapide, il y a plus de continuité, les avants, chose nouvelle, sont capables de faire bouger le ballon. On ne fait pas que défendre et jouer au pied. » C’est si vrai que lorsque l’on demande à Patrick Arlettaz, un des entraîneurs de Narbonne, si son équipe va revoir ses intentions de jeu à la baisse pour un match charnière contre Agen, par exemple, il vous répond : « Et pourquoi voudriez-vous qu’on le fasse ? Tout d’abord, on ne sait pas le faire, ensuite on a vocation à attaquer, enfin c’est en se mesurant aux meilleurs qu’on l’on saura si l’on progresse. »

Pourquoi cette évolution des mentalités et des comportements ? On peut y voir plusieurs raisons. La qualité des équipes techniques tout d’abord. Ils sont plus étoffés avec un directeur technique, deux entraîneurs, un préparateur physique, un analyste. D’une certaine façon, ils fonctionnent sur le même mode que les clubs du RUGBY TOP 14 Orange, puisqu’ils ont l’ambition d’y accéder. « En deux ans, a constaté le manager de Mont-de-Marsan, Eric Lamarque, on a réduit nos faiblesses d’organisation dans la préparation, le domaine offensif et défensif. On travaille mieux à plusieurs. » Pour Olivier Nier, entraîneur d’Oyonnax avec Christophe Urios, c’est la régularité du travail qui est devenue un paramètre de la performance. « Par rapport au RUGBY TOP 14 Orange, nous n’avons pas d’élément perturbateur comme la Coupe d’Europe ou l’équipe de France. On maîtrise tous les paramètres de la planification. On peut se concentrer sur un travail plus précis, plus planifié. »

Enfin les effectifs, eux aussi, ont évolué. Avant, les clubs allaient puiser chez les Espoirs des clubs du RUGBY TOP 14 Orange. Avec beaucoup d’entraîneurs et de managers, qui ont dirigé auparavant des centres de formation et suivi l’évolution des jeunes joueurs, on constate souvent une meilleure harmonisation des valeurs. Avec l’arrivée massive d’étrangers à l’échelon supérieur, les joueurs français, issus de centres de formation, sont reversés en PRO D2. Olivier Nier, lui, a remarqué aussi que les joueurs partis se remettent à niveau en Fédérale 1, faute de contrat, et ne reviennent plus largués. Ainsi les effectifs, dans leur ensemble, tiennent la route. A charge pour les techniciens de mieux préparer individuellement les joueurs, d’instituer un meilleur suivi technique, physique et sanitaire, tout en leur martelant que le combat reste prioritaire, les promus Aix-en-Provence et Lannemezan, récemment, l’ayant rappelé à Pau et à Tarbes. A ce niveau, la dimension mentale n’est jamais acquise.

Francis DELTERAL
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MessageSujet: Re: La chronique de Francis Deltéral   Ven 5 Fév 2010 - 7:14


04/02/2010



La chronique de Francis Deltéral (IX)


Journaliste, consultant rugby sur Canal +, et ancien joueur du CA Bègles, Francis Deltéral a carte blanche. Du Bassin d'Arcachon au Super-14 en passant par le RUGBY TOP 14 Orange, la PRO D2 et d'autres envies ovales, il nous livrera tous les mois son regard de passionné.



Le Tournoi a 100 ans



C’est le 1er janvier 1910 que fut donné le coup d’envoi du
«Championship » qui allait devenir le Tournoi des 5 Nations, puis des 6 Nations en 2000 avec l’invitation faite à l’Italie. Ce jour-là, à Swansea, sous la pluie, sur un terrain boueux, devant 12.000 spectateurs, le Pays de Galles battit la France 49-14, l’Angleterre remportant cette première édition.

En 2010, donc, le Tournoi devient centenaire. Et en 100 ans, il s’en est passé des choses dans ce Tournoi, longtemps l’unique compétition de rugby au monde, magnifique chanson de gestes, interprétée par de formidables héros, magnifiée par d’extraordinaires conteurs, incomparable événement ayant trouvé très tôt une place de choix dans l’imagerie populaire, que ce soit dans l’establishement anglais, chez les fermiers écossais, les mineurs gallois, les cols blancs irlandais et le bon peuple français. Ce qui avait faire dire si joliment à Jean-Louis Trintignant : « Le Tournoi, c’est à la fois Fanfan la Tulipe et les Trois Mousquetaires. »

Vu du Vieux Continent, le chemin fut long parfois, souvent ardu, semé d’embûches en tout genre, avant que la France ne gagne ses titres de noblesse et ne devienne l’égale de l’Angleterre, l’Ecosse, le Pays de Galles et l’Irlande. Mais il faut en convenir, ce jeu était fait pour les Français, comme l’on s’apercevra dans plusieurs décennies que les Italiens peuvent et doivent s’en accommoder.

Dès 1911, la France remportait sa première victoire aux dépens de l’Ecosse (16-15) à Colombes, devant 8000 spectateurs, finissant du coup quatrième. Au soir de ce match, 2000 supporters s’étaient massés devant la porte des vestiaires pour entonner la Marseillaise. Et le journal L’Auto, l’ancêtre de L’Equipe, lançait une souscription pour offrir une médaille d’or aux quinze héros. Preuve de l’engouement suscité par le rugby et le Tournoi, en 1913, ces mêmes supporters faillirent mettre à mal les relations avec les Britanniques. Mécontents de l’arbitrage de l’Anglais V.W.Baxter lors de France - Ecosse (3-21), au Parc des Princes, les manifestants lancèrent des cailloux sur les joueurs écossais et il fallut que l’ailier Pierre Faillot, remplaçant ce jour-là, fasse sortir l’arbitre dans sa voiture, par une porte dérobée. Du coup, les Ecossais n’invitèrent pas les Français à jouer l’année suivante à Edimbourg.

En 1920, la France signait sa deuxième victoire, en Irlande (7-15) cette fois, en pleine révolution entre les nationalistes du Sinn Fein et les Anglais. Géo Lefèvre, l’inventeur du Tour de France avec Henri Desgrange, le directeur de L’Auto, appelait dans ses colonnes à la construction d’un stade comme Twickenham à Paris, avec 40.000 places. 90 ans plus tard, le sujet reste d’actualité !
En 1921, grâce à deux succès en Ecosse (0-3) et contre l’Irlande (20-10), sous les yeux des maréchaux Foch et Weygand, elle finissait deuxième ex aequo avec le Pays de Galles. Au retour d’Edimbourg, le capitaine René Crabos était porté en triomphe par la foule sur le quai de la gare du Nord. L’année suivante, elle faisait deux matches nuls contre l’Ecosse (3-3) et en Angleterre (11-11).

En 1927, à Colombes, c’était la première victoire contre l’Angleterre (3-0), et, en 1928, également à Colombes, la première victoire contre le Pays de Galles (8-3), ce qui valait aux vainqueurs une ovation le soir même aux Six Jours de Paris au Vél d’Hiv. La France tenait son rang. Elle pouvait même rêver en 1930 de remporter le Tournoi. Mais devant 44.800 spectateurs, à Colombes, le rêve s’envolait face aux Gallois (0-11). E l’année suivante, c’était le désastre de Swansea (35-3), fruit d’une dissidence à l’intérieur des forces dirigeantes françaises, qui allait conduire à la rupture avec les Britanniques, malgré une deuxième et ultime victoire sur l’Angleterre (14-13), à Colombes. « Vingt cinq années d’efforts constants, d’instruction difficile sont anéantis soudain, » se lamentait Jacques Goddet dans L’Auto.

Dorénavant la France allait devoir se contenter de rencontres annuelles avec l’Allemagne, et occasionnellement avec l’Italie et la Roumanie, ces matches ayant été annulés à partir de 1939 pour des raisons bien compréhensibles.

Après la guerre, entre Alliés, il n’était plus question de boycott. En 1947, le Tournoi reprenait en même temps que le Tour de France, remporté cette année-là par Jean Robic. L’année suivante, la France s’imposait pour la première fois au Pays de Galles (3-11), dans le vieux stade en bois de Saint-Helens, où Robert Soro allait bâtir sa légende du « Lion de Swansea ». Les premières idoles commençaient à naître. La suivante sera Jean Prat, sacré par les Anglais eux-mêmes, « Monsieur Rugby ».

En 1951, c’est la première victoire à Twickenham (3-11), assortie d’un épisode tragi-comique, qui ne faisait pas honneur aux sélectionneurs. Deux heures avant le match ils expliquèrent à Jo Carabignac et Dacien Olive, déjà en tenue, qu’ils devaient céder leur place à André Alvarez et Michel Pomathios. Un coup de poker payant, mais loin, très loin de l’esprit des Mousquetaires et de Fanfan la Tulipe.

La légende était lancée. En 1954, la France terminait première, à égalité avec l’Angleterre et le Pays de Galles. Et le 26 mars 1955, à Colombes, c’était le grand jour pour l’équipe de France, qui, pour la première fois, face au Pays de Galles, jouait pour la victoire finale, seule, avec le grand chelem en ligne de mire. Mais elle perdait (11-16) devant une foule record de 62.000 spectateurs, record qui ne sera battu qu’en 1969, pour un quart de finale d’appui de Coupe d’Europe de football entre l’Ajax d’Amsterdam et le Benfica de Lisbonne, avec 63.638 spectateurs payants. Il faudra attendre 1959 avec son capitaine Lucien Mias pour que la France remporte seule le Tournoi, puis 1968 pour que l’équipe de Christian Carrère remporte son premier grand chelem. Sept autres grands chelems suivront : en 1977, avec les quinze mêmes joueurs sous les ordres de Jacques Fouroux pour les quatre matches (exploit unique), 1981, 1987, 1997, 1998, puis en 2002 et 2004 alors que le Tournoi est devenu celui des 6 Nations avec l’entrée en lice de l’Italie en 2000.

Aujourd’hui, nous sommes entrés dans une nouvelle ère. Le temps où Jules Cadenat apportait un tonnelet de vin et du jambon pour égayer le trajet en train et le voyage en ferry est bien révolu. La montée à Paris en Sud-Express, les rassemblements au Louvois, au club Shell, au château Ricard, les sorties programmées aux Folies Bergère, les arrivées avancées avec les soirées au Courrier de Lyon, à l’Auberge Basque ou encore à l’Enclos de Ninon, les banquets au Lutetia ou au Grand Hôtel, les troisièmes mi-temps monumentales chez Castel et chez Tony, rue Princesse, à l’Alcazar chez l’incomparable Jean-Marie Rivière, sont à ranger au rayon des souvenirs. Tous ces immenses joueurs ont eu leur part de gloire et de bonheur, fêtés comme des héros de cape et d’épée. Elevés au rang de dieux du stade.

Aujourd’hui, le Tournoi n’est plus seul au monde. Avec le professionnalisme, institué le 27 août 1995 à Paris, la Coupe d’Europe, le Super 14, le Tri-Nations et la Coupe du monde bien sûr, qui n’existaient pas avant les années 80, le rugby a changé de mode. « Je crois que si j’aime tant le rugby, disait Pierre Mac-Orlan en 1968, c’est qu’il n’a pas changé depuis 60 ans. Sauf que maintenant ce sont les pères qui emmènent leurs fils, alors qu’au début du siècle (le 20éme), c’était plutôt le contraire. »

Aujourd’hui, on ne sait pas qui amène qui. On réalise des opérations de marketing et de relations publiques, des voyages « people ». On vient, on joue ou on perd, on s’en va, et on passe à un chapitre nouveau. On trouve peu de temps pour parler de jeu. Un brin de magie s’est évaporé. Colombes joue le bel endormi, au Parc des Princes les clameurs se sont tues, et l’on se demande quelquefois ce que l’on vient faire dans cet univers sans âme qu’est le Stade de France. Heureusement, Cardiff, Edimbourg, Lansdowne Road et Twickenham entretiennent encore la nostalgie. Rome, la ville éternelle, est devenue la destination à la mode, ce dont on ne va pas se plaindre.
Les héros sont devenus des stars. Spielberg et Terminator ont remplacé Alexandre Dumas et Fanfan la Tulipe.

Francis DELTERAL
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