On m'a coupé la tete
PÉPITO ELHORCA, l'arrière agenais libéré par son club pour raisons économiques, avoue toute sa déception.
Depuis jeudi, il avait débranché son portable. Hier, l'arrière international du SU Agen, Pépito Elhorga (17 sélections), est sorti de son silence. Contraints d'alléger la masse salariale, pour répondre à un réajustement budgétaire (passage de 8,1 millions d'euros à 7,7 millions), les dirigeants lot-et-garonnais l'ont prié-d'aller voir ailleurs, comme trois autres joueurs, Peio Som, Colin Yukes et Nicolas Lafitte. Elhorga avait Résigné en mai dernier pour quatre ans (jusqu'en 2011), pour ce qui devait être son dernier contrat, un club qu'il avait rejoint durant l'été 1999. Il devait finir sa carrière à Agen. Il la terminera ailleurs. Inter-h'ew d'un homme blessé.
notre correspondant
DANS QUEL ÉTAT psychologique êtes-vous aujourd'hui, trois jours après l'annonce de votre "libération" ?
Je refais juste surface. La journée de jeudi a été terrible ; je m'attendais à tout, sauf à ça. Quand ils m'ont convoqué au siège, je pensais qu'on allait parler de mon genou qui me fait souffrir depuis la reprise des entraînements, mi-juillet. Et là, on m'annonce froidement que le club envisage de me preter, puis de me libérer...
Comment avez-vous réagi à chaud?
Le ne comprenais pas ce qui m'arrivait. C'était comme un mauvais cauchemar J'ai pris ma voiture, j'ai rejoint ma famille, et là j'ai compris que c'étaitla fin d'une belle histoire d'amour. J'en ai pleuré. Aujourd'hui, c'est fini. Je pars, je quitte Agen. Le ressort est cassé.
- Les joueurs ont proposé aux dirigeants de baisser leur salaire pour vous sauver ainsi que vos trois coéquipiers...
- Je le sais et je les en remercie mais dans ma tête ma décision est prise, elle est irrévocable. Il faut que je parte, que je quitte ce club qui m'a tout donné et avec lequel j'avais encore tant à donner. J'ai vu les joueurs samedi soir, en ville, après leur victoire devant Limoges (62-0). Ils-ont compris. On m'a poignardé, je ne peux plus rester ici. Ma femme, mes trois enfants s'y plaisaient mais je, n'ai plus le choix.
- Qu'est-ce qui vous ennuie le plus, aujourd'hui, à travers cette histoire ?
- Je trouve le procédé très brutal mais ce qui me gêne le plus, c'est qu'on ait pu me juger sur les quatre derniers mois. J'étais blessé au genou gauche, je souffrais tous les jours suite à une inflammation récurrente. Et j'ai continué à jouer, en serrant les dents. J'aurais peut-être dû l'ouvrir un peu plus ou carrément dire stop. La situation était devenue invivable. Je ne m'entraînais quasiment pas en raison des douleurs, et je jouais quand même le week-end. À la sortie, je me suis pénalisé et j'ai pénalisé toute l'équipe, j'en ai parlé avec Henry Broncan, ça ne pouvait plus continuer. D'ailleurs, je me fais opérer, demain, à Toulouse. Un nettoyage du genou qui devrait m'éloigner des terrains jusqu'à fin décembre. Si je n'ai pas été très performant depuis la reprise, j'avais quand même des circonstances atténuantes. Et là, on me coupe la tête.
« Je voulais faire remonter le club au plus vite »
- Sous prétexte que vous êtes aussi le plus gros salaire (17 000 euros mensuels)et que le club connaît des soucis financiers.
- Ça fait mal. Un choix a été fait, une décision a été prise, je ne peux que m'incliner et ne comptez pas sur moi pour polémiquer. Je regrette seulement que le président Tingaud n'ait pas compris la situation. J'ai joué blessé. Quant à mon salaire, le club a consenti de gros efforts pour me conserver dans l'effectif alors que j'étais sollicité par d'autres grands clubs. Mais, quelque part aussi, je me sentais redevable, j'avais mal vécu l'épisode de la relégation, je voulais faire remonter le club au plus vite. On a dit que je ne voulais pas jouer en Pro D 2 : ce n'est pas vrai. Les gens qui me connaissent savaient que je n'étais qu'à 30 %.
- Savez-vous déjà où vous allez rebondir ?
- J'ai une petite idée, des agents m'ont appelé, des présidents de club aussi. Croyez-moi, ça fait chaud au cœuraprès le coup de massue de jeudi. J'espère dans cette affaire que personne ne restera sur le carreau. C'est le plus important.
- On parle déjà de Bayonne comme possible destination ?
- Il est trop tôt pour parler de ça, même si j'ai envie de régler au plus vite mon avenir sportif. Aujourd'hui, je pense aussi à mon intervention chirurgicale, j'ai tellement envie de retrouver les terrains, en possession de tous mes moyens.
- Vous aurez trente ans en janvier prochain, comment voyez-vous votre avenir ?
- Je le souhaite radieux, j'ai encore au moins trois belles saisons devant moi.
- On a franchement du mal à croire que, dans cette histoire, vous n'en voulez à personne...
- Je le garde pour moi. La seule chose que je peux dire, c'est que je n'ai jamais triché. Jamais. »
CHRISTIAN DELBREL
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